Sameh Fahmy a fait partie de la haute direction de KCS et a passé plus de 20 ans auparavant au CN

Publié le 6 déc. 2021
Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Le nom d’un autre candidat francophone circule alors que la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN) se cherche un nouveau conducteur. Sameh Fahmy, qui a roulé sa bosse presque trois décennies des deux côtés de la frontière, est catégorique : selon lui, le dirigeant du plus important chemin de fer du pays doit être capable de s’exprimer dans les deux langues officielles.

Arrivé au Québec vers l’âge de 17 ans et d’origine égyptienne, M. Fahmy vient de terminer un mandat d’environ trois ans au Kansas City Southern (KCS) – convoité par l’entreprise montréalaise et son rival le Canadien Pacifique –, où on lui a confié la tâche d’améliorer l’efficacité des activités ferroviaires.

En entrevue téléphonique avec La Presse, qui s’est déroulée en français, le gestionnaire de 70 ans, qui a passé plus de 20 ans au CN, notamment à titre de premier vice-président, ingénierie, mécanique et gestion, n’a pas caché qu’il aimerait rentrer au bercail à titre de grand patron.

PHOTO TIRÉE DU PROFIL LINKEDIN DE SAMEH FAHMY

Sameh Fahmy

Au-delà de son intérêt pour le poste, M. Fahmy se dit interpellé par la question de la maîtrise du français chez les chefs d’entreprise – une question de retour au premier plan depuis la tempête linguistique déclenchée par le président et chef de la direction d’Air Canada, Michael Rousseau.

« Cela n’a pas de bon sens d’avoir quelqu’un qui est unilingue alors que [le CN] est le chemin de fer le plus important du pays. Si la personne [choisie] ne maîtrise pas la langue, il faudrait qu’elle prenne un engagement de faire l’effort d’essayer de le faire. »

Assujetti à la Loi sur les langues officielles, le CN cherche son prochain patron « à l’échelle mondiale ». Son actuel président-directeur général, Jean-Jacques Ruest, 67 ans et bilingue, doit en principe tirer sa révérence d’ici la fin de janvier. Le chef des finances, Ghislain Houle, est l’autre candidat francophone dont le nom est mentionné par des analystes.

PHOTO TIRÉE DU SITE DU CN

Ghislain Houle, chef des finances du CN

Peu de détails

Toutefois, rien ne garantit que le successeur de M. Ruest maîtrisera le français et l’anglais. L’entreprise refuse de dire si la maîtrise de la langue de Molière est prise en compte dans l’évaluation de ses candidats.

Parallèlement, le CN est engagé dans un bras de fer avec TCI Fund Management, son deuxième actionnaire (5,2 %), qui propose son propre candidat, Jim Vena. Le fonds londonien a demandé la tenue d’une assemblée extraordinaire le 22 mars pour remplacer 4 des 11 administrateurs par des candidats qu’il a choisis.

« Le conseil pourrait nommer un nouveau président-directeur général d’ici cette date, par exemple M. Vena, ou un candidat comme Sameh Fahmy […] qui a redressé un chemin de fer de classe 1 », soulignait Ken Hoexter, de Bank of America, dans un rapport diffusé le 30 novembre dernier.

Chose certaine, ajoute l’analyste, la personne choisie sera spécialisée dans l’amélioration de la performance, ce qui cadre avec le profil de M. Fahmy.

Un redressement

Chez KCS, M. Fahmy a implanté le chemin de fer de précision, qui minimise le nombre de fois qu’un wagon fait l’objet d’un triage lors d’un trajet, ce qui améliore l’efficacité.

Selon le transporteur américain, qui a annulé son mariage avec le CN pour accepter l’offre d’achat du CP, cette méthode a permis de réduire d’environ 20 % le temps d’arrêt de ses trains de marchandises en plus de générer des économies annuelles d’environ 150 millions US.

Puisque les trains de KCS circulent jusqu’au Mexique, M. Fahmy a pu constater que la question de la langue était également importante dans ce pays.

Quand j’allais au Mexique, je faisais un effort pour parler aux employés en espagnol. Je ne parle pas l’espagnol aussi bien que le français, mais je faisais un effort et les employés l’appréciaient.

Sameh Fahmy

M. Fahmy a travaillé avec Hunter Harrison (2002-2010), seul président unilingue anglophone de l’entreprise depuis 1995, année où le CN est arrivé en Bourse.

« Il fallait faire affaire avec des anglophones et des francophones au ministère fédéral des Transports, raconte-t-il. Sur ces aspects, [M. Harrison] déléguait beaucoup. Cela pouvait froisser certains interlocuteurs. Quand on maîtrise la langue de son interlocuteur, ça crée automatiquement un lien. »

Chez ABH Consulting, à New York, Anthony Hatch ne s’est pas prononcé sur le résultat des recherches du CN. L’analyste a eu de bons mots pour M. Fahmy, soulignant que la pandémie l’avait empêché de rayonner.

« Les meilleurs moments de sa carrière sont survenus quand nous étions confinés, a expliqué l’analyste. C’était plus difficile à remarquer, car nous n’avions pas l’occasion d’avoir des rencontres en personne. »

M. Hatch est au fait de la controverse provoquée par le grand patron d’Air Canada. L’analyste estime que le CN devrait choisir le « meilleur candidat disponible ». Il « espère » toutefois que cette personne tentera d’apprendre le français.

1

Sur les 11 membres actuels du conseil d’administration du CN, Jean-Jacques Ruest est le seul originaire du Québec.