(Gatineau) Rogers Communications a profité de la dernière journée des audiences du CRTC, qui se penchent sur son projet de prise de contrôle de Shaw Communications, pour rejeter les critiques de ses principaux rivaux tout en offrant certaines concessions aux producteurs et distributeurs indépendants.

Mis à jour le 26 nov. 2021
La Presse Canadienne

Le vice-président principal des affaires réglementaires chez Rogers, Ted Woodhead, a estimé vendredi que la société mère de Bell Canada, BCE, et Telus parlaient dans leur intérêt personnel plutôt que dans l’intérêt public lorsqu’elles ont soulevé des inquiétudes quant à la taille de Rogers une fois l’accord conclu.

« Pendant des décennies, ces deux sociétés ont constamment défendu la notion d’envergure pour elles-mêmes, mais elles ont maintenant décidé que l’envergure était une mauvaise chose en ce qui concerne Rogers et Shaw. »

M. Woodhead a affirmé que la taille de l’entreprise se traduirait par une concurrence plus forte dans l’Ouest canadien, et souligné qu’un plus grand nombre de garanties réglementaires étaient en place que lorsque le CRTC a forcé Bell à faire des concessions dans le cadre de son acquisition d’Astral Media, en 2012.

Il a aussi noté que Bell avait également tenu des pourparlers pour acquérir des actifs de Shaw, ce qui aurait permis à BCE d’atteindre la même taille que Rogers cherche à obtenir avec la transaction.

Les deux concurrents, ainsi que d’autres acteurs, ont présenté leurs arguments tout au long de la semaine, dans le cadre des audiences du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). Ils se sont notamment inquiétés du fait que Rogers exercerait trop d’influence sur le marché en contrôlant environ 47 % de la base d’abonnés de langue anglaise grâce à l’accord avec Shaw.

La plupart des producteurs et distributeurs indépendants qui ont participé aux audiences cette semaine ne se sont pas catégoriquement opposés à l’accord, mais ont plutôt demandé des concessions et des garanties pour maintenir le statu quo et leur donner plus de temps pour s’adapter à l’évolution rapide du monde de la radiodiffusion.

Plusieurs se sont dits préoccupés par le fait que l’aide que Rogers leur offrait pour passer à l’espace en ligne non réglementé était en fait un effort pour leur faire abandonner les services existants, mais Rogers a répondu que ses offres de financement pour leur permettre de développer des applications pour la télévision sur l’internet visaient à les aider à s’adapter aux conditions actuelles du marché, puisqu’il est estimé qu’entre 40 % et 50 % des Canadiens ont déjà abandonné leur abonnement au câble.

« Plusieurs participants à cette procédure préféreraient ignorer la réalité actuelle », a affirmé M. Woodhead.

Nouvelles concessions pour les indépendants

La vice-présidente de la réglementation chez Rogers Câble, Pam Dinsmore, a pour sa part estimé que la demande d’Ethnic Channels Group d’obtenir la garantie que ses revenus ne baisseront pas pendant cinq ans était « totalement déraisonnable », mais elle s’est engagée à augmenter à 45 le nombre minimum de chaînes indépendantes qui seront maintenues par Rogers, par rapport aux 40 proposées au début de la la semaine.

Elle a ajouté que Rogers soumettrait l’entreprise de service de relais par satellite qu’elle obtiendrait par l’intermédiaire de Shaw aux mêmes options de règlement des différends disponibles pour la radiodiffusion conventionnelle. Certains distributeurs ont soulevé des inquiétudes à ce sujet, lors de l’audience, craignant d’être privés du service.

D’autres participants aux audiences se sont inquiétés des plans de Rogers visant à reprendre les 13 millions $ par an que Shaw donne à Global News pour réaliser une expansion de son propre réseau CityNews.

Selon eux, ce changement entraînerait probablement une réduction de la couverture pour les plus petits marchés, puisque l’expansion de CityNews se limiterait à Vancouver, Edmonton, Calgary et Winnipeg. Rogers a aussi été vague sur les éventuels bienfaits de cette expansion, notamment au chapitre du nombre de journalistes qui seraient ajoutés à l’équipe de l’entreprise.

Rogers a précisé vendredi que l’engagement de financement dépendait de revenus qui sont actuellement en baisse, de sorte que le financement pourrait être réduit, et a ajouté qu’il fournirait plus de détails sur ses projets de journalisme par écrit au régulateur.

Les audiences du CRTC se concentrent sur les implications de l’accord pour le secteur de la radiodiffusion. Les autres questions soulevées par la transaction, comme celles qui ont trait aux services de communications sans fil, seront examinées par le Bureau de la concurrence et par Innovation, Sciences et Développement économique Canada.