(Laval) Alimentation Couche-Tard parvient à trouver les employés nécessaires pour maintenir ses magasins ouverts, mais son opération de séduction amène une hausse des coûts pour la société lavalloise.

Stéphane Rolland La Presse Canadienne

À son deuxième trimestre (terminé le 10 octobre), l’exploitant de dépanneurs et de stations-service a rapporté que ses mesures de rétention avaient coûté 24 millions $ US. Ses frais d’exploitation sont d’ailleurs 7,7 % plus élevés que l’an dernier. Il s’agit de la plus forte hausse en cinq ans pour les activités existantes, souligne Martin Landry, de Stifel GMP.

« La société doit composer avec un marché du travail difficile, particulièrement aux États-Unis, constate l’analyste. Cela se traduit par le paiement de temps supplémentaire, par des bonus de rétention, des dépenses plus élevées destinées à la formation, sans compter l’augmentation du salaire minimum dans certaines régions. »

Malgré ce contexte difficile, Couche-Tard tire bien son épingle du jeu, a dit son chef de la direction, Brian Hannasch, lors d’une conférence visant à discuter des résultats du deuxième trimestre, mercredi. « Je suis fier de dire que nous sommes ouverts. Le nombre de sites où nous avons adopté des heures d’ouverture réduites en raison de la pénurie de main-d’œuvre est restreint. Quand je me compare à d’autres détaillants aux États-Unis, je pense qu’on peut dire que notre équipe a fait du bon travail. »

Couche-Tard a atteint son objectif de recruter 20 000 employés en magasin au cours de l’été. La société a augmenté le nombre de ses recruteurs et a accéléré le processus d’embauche. Elle a aussi offert des bonus et des activités de formation.

« Nous voyons une stabilisation, ajoute le dirigeant. Même si le taux de roulement est supérieur à la moyenne, nous sommes parvenus à embaucher plus de gens que nous en avons perdus dans les derniers mois. »

En excluant les primes de rétention, la hausse des frais d’exploitation est de 2,2 %. Un seuil que Michael Van Aelst, de Valeurs mobilières TD, juge « raisonnable ». « La pénurie de main-d’œuvre est un enjeu, commente l’analyste. Couche-Tard parvient mieux que les autres à attirer les employés, mais cela à un coût. »

Questionné par un analyste, M. Hannasch a assuré que la pénurie de main-d’œuvre n’entravait pas les projets de l’entreprise, notamment dans la bonification de son offre de produits frais.

Le dirigeant a aussi fait le point sur l’avancement du déploiement de son réseau de bornes de recharge rapides au Québec. Une vingtaine sont installées au Canada, dont 12 au Québec, considéré comme une région laboratoire en Amérique du Nord.

Résultats inférieurs aux attentes

L’augmentation des coûts d’exploitation a toutefois été plus élevée qu’anticipé. Les résultats du deuxième trimestre ont ainsi été légèrement inférieurs aux attentes des analystes, malgré des ventes plus élevées que prévu.

Le bénéfice ajusté par action s’établit à 0,65 $US par rapport à 0,66 $US à la même période l’an dernier. Les revenus, pour leur part, ont grimpé de 33,5 % à 14,22 milliards US, essentiellement grâce à la hausse des prix de l’essence.

Les analystes s’attendaient à ce que Couche-Tard réalise un bénéfice ajusté de 66 cents US à partir de revenus totalisant 14 milliards US, selon les prévisions recueillies par la firme de données financières Refinitiv.

Le bénéfice net de 694,8 millions $ US, ou 65 cents US par action, est en baisse par rapport à celui de 757 millions $ US, ou 68 cents US par action, de la même période l’an dernier.

En avant-midi, l’action perdait 2,51 $, ou 4,95 %, à 48,01 $, à la Bourse de Toronto.

Malgré la déception des investisseurs, Irene Nattel, de RBC Marchés des capitaux, salue le travail de la direction. « Couche-Tard accorde une grande attention à l’exécution de sa stratégie pour améliorer ses ventes comparables, son offre de produits et ses marges afin d’atteindre un bénéfice avant impôts, intérêts et amortissement de 5,1 milliards US au cours de son exercice 2023. »

Les revenus tirés du carburant ont progressé de 48 % à 10,1 milliards US. Les volumes d’essence vendus dans les établissements ouverts depuis au moins un an ont grimpé de 3,3 % aux États-Unis et de 2,8 % au Canada, mais ils ont diminué de 0,3 % en Europe et dans d’autres régions.

Les revenus des marchandises ont grimpé de 5,8 % à 4 milliards US, notamment grâce à une croissance de 1,4 % des ventes dans les magasins ouverts depuis au moins un an aux États-Unis. En Europe et dans les autres régions, cette croissance a été de 3,9 %, tandis que les ventes comparables ont diminué de 2,1 % au Canada.

La société a également annoncé une augmentation de près de 26 % de son dividende. La société lavalloise versera désormais un dividende de 11 cents par action, plutôt que 8,75 cents par action.