Telus a exhorté mardi le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) à rejeter la prise de contrôle proposée par Rogers Communications de Shaw Communications parce que le regroupement des deux entreprises créerait un acteur trop dominant au pays dans son secteur d’activités.

Ian Bickis La Presse Canadienne

Rogers avait plaidé lundi, lors de la première journée des audiences du CRTC qui se déroulent à Gatineau, avoir besoin d’accroître son envergure pour pouvoir rivaliser avec la concurrence d’entreprises comme Netflix et Amazon.

Telus a fait valoir mardi que la fusion donnerait à Rogers la taille nécessaire pour s’emparer de droits exclusifs sur du contenu international et lui permettrait d’agir comme une sorte de gardien de la programmation canadienne.

« Cette fusion réduira considérablement la concurrence et le choix des consommateurs, et appauvrira la diversité des voix dans le système de radiodiffusion », a affirmé le vice-président de la politique des télécommunications et conseiller juridique en chef de la réglementation chez Telus, Stephen Schmidt.

« Cette envergure sans précédent fera également de Rogers un gardien des services de programmation canadiens, car ces services dépendront de Rogers pour leur survie. »

Telus, établie à Vancouver, a calculé que si la fusion avait lieu, Rogers compterait environ 47 % des abonnés à la radiodiffusion de langue anglaise et que son réseau rejoindrait 80 % des Canadiens.

Cette envergure, combinée à l’intégration verticale de la création et de la distribution d’émissions de Rogers, lui donnerait un énorme potentiel de contrôle du contenu exclusif, a-t-il soutenu.

M. Schmidt a estimé que les garanties réglementaires ne suffiraient pas pour contrebalancer l’avantage concurrentiel de cette échelle, et a exhorté le régulateur à rejeter l’accord.

Il a également contesté l’argument de Rogers voulant que l’accord soit nécessaire pour stimuler les investissements dans les infrastructures, notant que les montants prévus de 1,0 milliard pour l’infrastructure rurale et de 2,5 milliards pour les réseaux 5G auxquels Rogers s’était engagé faisaient piètre figure par rapport aux 27,5 milliards que Telus a engagés pour la fibre et la 5G en Colombie-Britannique et en Alberta, sans aucun projet de fusion. En outre, ces dépenses seraient probablement engagées de toute façon, même sans la fusion.

« Les avantages ne sont absolument pas significatifs », a-t-il affirmé.

Rogers a indiqué lundi que l’accord augmenterait la concurrence, notamment en s’installant dans des zones rurales qui ne sont actuellement desservies que par Telus.

Rogers ne garantit pas que les clients de Shaw ne verront pas d’augmentations tarifaires, mais a souligné que la concurrence de Telus aurait un effet de contrôle sur les prix.

M. Schmidt a pour sa part indiqué que Telus ne serait pas en mesure de livrer une concurrence, cependant, si elle n’avait pas accès au contenu que Rogers serait en mesure d’offrir.

Les audiences du CRTC sont axées sur les aspects de radiodiffusion de la fusion, tandis que d’autres questions telles que les services sans fil mobiles seront examinées par le Bureau de la concurrence et par Innovation, Sciences et Développement économique Canada.

Plusieurs autres intervenants, dont BCE et des groupes de défense des consommateurs, devraient également prendre la parole lors des audiences qui se poursuivront tout au long de la semaine. Rogers devrait répondre aux commentaires vendredi.