Contrer la désinformation liée à la COVID-19. Promouvoir la participation aux élections. Signaler les pannes de courant par du crowdsourcing.

Karim Benessaieh
Karim Benessaieh La Presse

À première vue, les activités dans 30 pays de Viamo, cofondée par le Québécois Louis Dorval, pourraient tout aussi bien se dérouler au Québec. L’énorme différence, dans des régions souvent reculées en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie où on ne peut compter sur l’internet, c’est que toutes ces activités de communication reposent sur le bon vieux téléphone cellulaire.

« On essaie d’offrir tous les avantages et les bénéfices de l’internet à des gens qui n’ont pas l’internet, résume M. Dorval en entrevue téléphonique. On rejoint beaucoup des populations illettrées. C’est exclusivement par le téléphone, presque exclusivement par la voix, qu’on travaille. »

Top 40 en 2021

C’est en Nouvelle-Zélande, où sa conjointe clinicienne Lara Vogel a été appelée en renfort pour lutter contre une hausse des cas de COVID-19, que M. Dorval a eu l’agréable surprise d’apprendre cette semaine qu’il fait partie de la cuvée 2021 des prestigieux Top 40 under 40 canadiens. Ce programme fondé en 1995 honore les entrepreneurs de moins de 40 ans visionnaires et innovants. M. Dorval, un ingénieur diplômé de l’Université McGill, à Montréal, partage cet honneur avec le cofondateur de Viamo en 2013, Mark Boots. Ce dernier est directeur de la technologie de l’entreprise sociale établie à Saskatoon, en Saskatchewan, tandis que M. Dorval en est le directeur des opérations.

Un mot résume la mission de Viamo, que ce soit pour des États, des organisations non gouvernementales ou des agences comme l’UNICEF : « communications ».

Mais Viamo n’a rien d’une agence de marketing. Elle récolte dans un premier temps les données dans des pays en voie de développement sur l’économie, la santé, la violence domestique ou l’impact de la COVID-19 sur l’accès aux soins. L’entreprise sociale, avec ses 300 employés généralement originaires du pays où ils œuvrent, hérite également de mandats pour joindre, informer et sensibiliser les populations.

Éducation, démocratie, vaccination, finances, crises humanitaires, prévisions météo, consignes sanitaires, ce sont des milliers de mandats que s’est vu confier Viamo depuis huit ans. L’essentiel des communications est vocal, avec une portion de messages textes. « C’est toujours de la communication mobile à grande échelle », explique M. Dorval. Un des services les plus utilisés en Afrique est le 3-2-1, l’équivalent d’Info-Santé au Québec, que Viamo a déployé et qui a été utilisé par 12 millions de personnes en 2019.

C’est au Ghana, où il a œuvré pour Ingénieurs sans frontières de 2005 à 2009, qu’il a constaté l’explosion de l’utilisation du téléphone cellulaire. On estime aujourd’hui que quatre Africains sur cinq disposent d’un tel appareil.

« Google vocal »

Un exemple plutôt émouvant de ce qu’on peut faire avec peu de moyens technologiques en temps de pandémie : en Afghanistan, les enseignants mettaient des piles de documents scolaires sur leur balcon tous les lundis matin. Les élèves passaient les prendre et retournaient chez eux, où leur enseignant passait une heure au téléphone pour les aider.

Un banal répondeur automatisé peut devenir l’équivalent d’un « Google vocal », précise M. Dorval. « Si vous êtes un fermier en Afghanistan, vous voulez savoir ce qui se passe avec votre production de raisins, donne en exemple Louis Dorval. Vous appelez notre plateforme, vous avez un menu pour savoir à quelle étape vous devez être rendu pour l’engrais, les pesticides, la récolte. »

Si les services offerts par Viamo semblent à première vue très peu technologiques, ils reposent sur une plateforme qui, elle, est très sophistiquée. Recueillir, coordonner et analyser les données et les communications de dizaines de millions de personnes n’est clairement « pas du low-tech », souligne le cofondateur. La prochaine ambition : remplacer les commandes manuelles du système de réponse automatique par de la reconnaissance vocale. Bref, dire son choix de vive voix plutôt que d’appuyer sur le 1 ou le 2. « Mais on n’est pas rendu là, il faut faire ça dans 70 langues… », précise M. Dorval.