(Londres) Le géant des hydrocarbures Royal Dutch Shell a déçu jeudi avec une perte au troisième trimestre à cause d’une charge comptable massive, malgré l’envolée des cours du pétrole et du gaz.

Véronique DUPONT Agence France-Presse

Il a par ailleurs publié de nouveaux objectifs de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre, mais qui restent en deçà de ses obligations en vertu d’un jugement de la justice néerlandaise.

Au troisième trimestre, le groupe passe une perte de 447 millions de dollars contre un bénéfice net part du groupe de 489 millions un an plus tôt.

Hors charge comptable de 5,2 milliards de dollars et éléments exceptionnels, le bénéfice net ajusté au troisième trimestre ressort à 4,1 milliards de dollars, quadruplé sur un an.

Le chiffre d’affaires a progressé de plus d’un tiers à 61,6 milliards de dollars, notamment grâce à la hausse du cours des hydrocarbures, qui atteignent des records de plusieurs années alors qu’ils s’étaient effondrés au plus fort de la pandémie.

En outre, les recettes bénéficient d’une demande saisonnière en hausse et de la reprise de l’activité mondiale après les confinements liés à la COVID-19.

La production a pâti de l’impact de l’ouragan Ida et d’effets saisonniers défavorables, commente Shell dans son communiqué.

Le groupe anglo-néerlandais souligne aussi avoir réduit sa dette nette à 57,5 milliards de livres à la fin du troisième trimestre contre 65,7 milliards à la fin du deuxième trimestre.

« Ce trimestre, nous avons généré des flux de trésorerie record, maintenu une discipline sur notre capital et annoncé notre intention de distribuer 7 milliards de livres à nos actionnaires », grâce à la cession à ConocoPhillips d’actifs dans le bassin permien américain, a commenté le directeur général Ben van Beurden.

L’action du groupe anglo-néerlandais chutait de 2,6 % à 1722,40 pence vers 6 h, en queue de l’indice FTSE-100.

« Cela aurait dû être un grand trimestre pour Shell vu l’envolée des prix du gaz et pétrole ces derniers mois. Malheureusement il a manqué les prévisions des analystes », commente Russ Mould, analyste chez AJ Bell.

Désaccords stratégiques

L’action faiblissait notamment au lendemain de l’annonce qu’une société d’investissement « activiste », Third Point, demande son démantèlement, faisant état d’une stratégie jugée contradictoire entre hydrocarbures et transition énergétique.

D’après Third Point, Shell doit se scinder en deux entreprises : l’une regroupant les activités historiques d’exploration, raffinage et produits chimiques qui donnerait la priorité au retour sur capital, l’autre focalisée sur les énergies à bas carbone.

Lors d’une conférence de presse en ligne, les dirigeants ont défendu leur stratégie, affirmant que garder des activités intégrées entre l’extraction d’hydrocarbures et la distribution était essentiel pour agir rapidement et avec une ampleur nécessaire pour la transition énergétique.

La directrice financière Jessica Uhl s’est contentée de dire que Shell discutait avec Third Point « comme avec tous nos actionnaires » et attend de voir leurs propositions précises.

Ben van Beurden a insisté sur le fait que la « transition sera financée par les activités historiques » du groupe et que son intégration « nous a servi incroyablement bien ».

Le groupe se fixe un objectif de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de moitié d’ici 2030 comparé à ses niveaux de 2016, sur ses sites ainsi que pour l’énergie qu’il achète ailleurs.

Une décision prise notamment suite au jugement en mai d’un tribunal néerlandais intimant à la « major » pétrolière de couper ses émissions de 45 % d’ici 2030 et dont Shell fait appel.

Le groupe met notamment en avant son engagement à « éliminer le torchage (flaring) de gaz de ses activités d’extractions dès 2025 », à savoir de brûler sur les sites d’extraction le gaz qui s’échappe de la production de pétrole. Une activité polluante et d’utilité énergétique nulle.

Peter McNally, analyste de la maison de recherche Third Bridge, remarque que Shell a choisi de rémunérer les actionnaires et de réduire sa dette plutôt que d’investir dans ses opérations et notamment les renouvelables.

Ces résultats sont publiés alors que les patrons de majors dont Shell mais aussi Exxonmobil BP et Chevron seront entendus au Congrès américain après les révélations de documents indiquant que ces groupes ont sciemment minimisé voire masqué l’impact de leurs opérations sur le réchauffement climatique.