(Paris) Les déboires financiers de WeWork et son entrée en Bourse avortée ont défrayé la chronique en 2019. Deux ans plus tard, le géant américain des bureaux partagés, qui a cherché à se renouveler à la faveur de la pandémie, revient à Wall Street.

Daniel HOFFMAN Agence France-Presse

La fusion de WeWork avec BowX, véhicule (ou SPAC) déjà coté à New York, a été actée mardi, et la nouvelle entité, valorisée environ neuf milliards de dollars, sera cotée dès jeudi sous le symbole « WE ».

En franchissant ce cap, WeWork souhaite tourner la page de l’ère Adam Neumann, son ex-patron et co-fondateur, dont les frasques et le caractère tempétueux avaient conduit l’entreprise au bord de la faillite.

Valorisée 47 milliards de dollars début 2019 par le groupe japonais SoftBank, l’un de ses plus gros investisseurs, WeWork avait senti le sol se dérober sous ses pieds quand le gouffre financier où se trouvait l’entreprise avait été révélé au grand jour.

Cure d’austérité

Pour redresser la barre et assainir les finances, WeWork a nommé à sa tête en février 2020 Sandeep Mathrani, un vétéran du secteur immobilier au profil plus consensuel que celui de M. Neumann, poussé vers la sortie avec une grosse indemnité de départ.

M. Mathrani et la nouvelle équipe dirigeante ont procédé à une cure d’austérité, supprimant plusieurs milliers de postes dans le monde et réduisant le nombre de leurs contrats de location.

« WeWork s’est transformé grâce à la restructuration de ses activités et de sa structure financière, au réajustement de son portefeuille immobilier et, surtout, au recadrage de son produit de référence », a indiqué à l’AFP Anthony Yazbeck, directeur des opérations du groupe.

Connue à ses débuts pour viser un public jeune, constitué en grande partie de travailleurs indépendants, la start-up s’est d’avantage tournée vers des entreprises de plus de 500 salariés à la recherche d’espaces de travail au cœur des métropoles, où se situent généralement les bureaux WeWork.

Elles représentent aujourd’hui un peu plus de la moitié de la clientèle de WeWork, contre 42 % fin 2019.

C’est le cas à Paris de l’agence de communication Dentsu qui a quitté début septembre son siège de Courbevoie pour s’installer dans un immeuble avenue de Wagram, dans le 17e arrondissement.

« On voulait des bureaux plus sympas avec plus d’espace collaboratif qu’avant », explique Pierre Calmard, le PDG de Dentsu France. « L’idée c’est d’aller au travail pour y trouver un vrai plaisir et y rencontrer ses collègues plutôt que ce soit un passage obligé ou un rituel du lundi matin 9 h au vendredi 19 h. »

Flexibilité

La pandémie et la plus grande flexibilité des lieux de travail ont accéléré ce mouvement.

Dentsu permet par exemple à ses collaborateurs de venir au bureau autant de jours qu’ils le souhaitent dans la semaine en alternance avec le télétravail.

« À ma grande surprise, les employés reviennent massivement, voire plus que ce qu’ils pourraient le faire avec le nouveau système. Il n’est pas rare qu’on soit à jauge pleine », assure M. Calmard.

WeWork a également lancé pendant la pandémie un abonnement mensuel, donnant accès aux espaces communs de n’importe quel immeuble du groupe dans le monde, ainsi qu’un service de paiement à la demande dans plusieurs pays (dont les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie), permettant de louer des salles à l’heure ou à la journée.

Certains clients se sont toutefois plaints des conditions contractuelles imposées par WeWork au plus fort des confinements.

En mai 2020, des membres new-yorkais, représentés par l’avocat Jim Walden, ont ainsi réclamé à l’entreprise de cesser de leur facturer leurs frais d’adhésion tant que les restrictions sanitaires ne seraient pas levées et ont menacé de saisir la justice.

Contacté par l’AFP, le cabinet de M. Walden n’a pas souhaité faire de commentaires sur la procédure.

Niche

WeWork a dégagé 658 millions de dollars de revenus entre juillet et septembre, mais continue de perdre de l’argent.

Le groupe, qui dispose de 762 espaces de travail dans 38 pays et 150 villes, espère devenir rentable au premier trimestre de l’an prochain.

Il mise sur la pérennisation des nouveaux modes d’organisation du travail dans le monde post-pandémique.

Cette vision convainc Evgeniy Antoshkin, un entrepreneur russe basé à New York qui a loué des espaces WeWork aux États-Unis, au Brésil et en Colombie.  

« Je suis prêt à acheter leur action en Bourse », assure le jeune homme. « Ils ont découvert une niche qui consiste à réunir des gens autour de ce qu’ils font dans la vie. Je ne pense pas que ce besoin va disparaître. »