Les changements ne sont pas terminés à la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN), puisque son président-directeur général Jean-Jacques Ruest descendra du train en janvier alors que sa démission est réclamée par un important actionnaire – qui veut voir son candidat s’installer aux commandes.

Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Malgré ce nouvel appel lancé par TCI Fund Management peu de temps après l’annonce du « départ à la retraite planifié » de M. Ruest, le chemin de fer montréalais a signalé que c’est un processus en bonne et due forme mené par un comité spécial qui serait mis de l’avant, ce qui risque de prendre un certain temps.

« Il y a au moins un candidat disponible, mais nous croyons qu’il y a plus que cela, a dit l’homme de 67 ans, au cours d’une conférence téléphonique avec les analystes visant également à discuter des résultats du troisième trimestre terminé le 30 septembre. Nous voulons [que le processus] soit très, très minutieux. »

M. Ruest, qui n’était pas disponible pour accorder des entrevues, n’a pas expliqué pourquoi il allait tirer sa révérence. Interrogé par un analyste sur les pressions de TCI exercées à son endroit, le principal intéressé n’a pas répondu.

Le candidat en question est Jim Vena, ex-haut dirigeant du CN qui a piloté, jusqu’à la fin de 2020, le transporteur ferroviaire américain Union Pacific. Deuxième actionnaire en importance du CN avec une participation de 5,2 %, TCI souhaite voir le sexagénaire succéder à M. Ruest et veut remplacer le président du conseil d’administration, Robert Pace, dont le départ est prévu au printemps.

Ce fonds londonien, qui traîne une réputation de militant et qui demande un grand ménage au sein de la haute direction du CN, souhaite remplacer 4 des 11 membres du conseil d’administration de la société par des candidats qu’il choisit. Une assemblée extraordinaire des actionnaires à cet effet est prévue le 22 mars.

« L’annonce [de la retraite de M. Ruest] constitue une admission, par le conseil d’administration, qu’un changement est nécessaire », a souligné dans une déclaration le milliardaire Christopher Horn, fondateur de TCI, en exhortant le CN à s’asseoir avec M. Vena.

Un autre changement

Le changement de garde qui surviendra à la tête du plus important transporteur ferroviaire au pays sera le quatrième du genre depuis 2016. M. Ruest avait été nommé par intérim en mars 2018. On lui avait retiré l’étiquette un peu plus de quatre mois plus tard.

Anthony Hatch, analyste du secteur ferroviaire au sein de la firme new-yorkaise ABH Consulting, ne s’attendait pas à voir M. Ruest annoncer qu’il tirait sa révérence. À son avis, il s’agit d’une « bombe » qui soulève des questions dans le cadre du bras de fer avec TCI.

« Ce que je me demande, c’est comment on peut se battre [contre un actionnaire] sans son général, a écrit M. Hatch dans une note. Je suis confus. Est-ce qu’on agite le drapeau blanc ? »

TCI s’opposait à l’offensive du CN depuis mai dernier avant d’officialiser ses demandes le mois dernier, lorsque le chemin de fer avait vu le Kansas City Southern (KCS) lui filer entre les doigts. L’entreprise américaine avait annulé son mariage avec le chemin de fer montréalais en optant pour l’offre d’achat de 31 milliards US de son rival Canadien Pacifique (CP), jugée moins risquée d’un point de vue réglementaire aux États-Unis. Comme prix de consolation, le CN a pu empocher 700 millions US en frais de résiliation.

La firme londonienne, qui est également le plus important actionnaire du CP, jugeait que le CN aurait dû privilégier l’amélioration de son efficacité plutôt que de tenter une acquisition coûteuse (33,6 milliards US).

Pour tenter de calmer le jeu, M. Ruest avait présenté, le mois dernier, un plan stratégique visant à gonfler le bénéfice d’exploitation du CN de 700 millions en 2022 en réduisant les dépenses, notamment en éliminant quelque 1050 postes et en vendant des actifs jugés non essentiels.

Peu impressionné, TCI avait diffusé son plan de 102 pages, lundi, sans toutefois évoquer des cibles précises comme l’avait fait le CN. Cette sortie avait laissé les analystes sur leur faim et M. Ruest n’a pas raté l’occasion de saisir la balle au bond.

« C’était une présentation un peu vague et sans cible claire, a-t-il souligné aux analystes. Leur communiqué de presse n’était pas un plan en soi. »

S’il prépare sa sortie, M. Ruest a tenté de rassurer les analystes en affirmant qu’il ne s’en allait « nulle part » et qu’il continuerait à s’assurer que les initiatives du plan stratégique continueraient d’être déployées.

À la Bourse de Toronto, mardi, le titre du CN a clôturé à 153,52, en hausse de 52 cents, ou 0,3 %.

Résultats du CN au 3trimestre

Bénéfice net : 1,7 milliard (+72 %)

Profit ajusté : 1,08 milliard (+9,5 %)

Revenus : 3,6 milliards (+5,3 %)