(Montréal) L’entreprise sherbrookoise Immune Biosolutions lance ces jours-ci en Afrique du Sud les premiers essais cliniques d’une nouvelle thérapie qui attaque le SRAS-CoV-2 directement dans les poumons et que son patron compare à un « extincteur viral ».

Jean-Benoit Legault La Presse Canadienne

L’immunothérapie IBIO123 est administrée par inhalation. Elle est composée de trois anticorps à l’action « synergique » qui pourraient empêcher le coronavirus de se répliquer dans les poumons du patient, a expliqué en primeur à La Presse Canadienne le chef de la direction d’Immune Biosolutions, Frédéric Leduc.

« La meilleure image que je peux vous donner est celle d’un extincteur viral, a dit M. Leduc. On vient livrer directement dans le site d’infection du virus COVID-19 un mélange d’anticorps qui ont trois modes d’action synergiques pour vraiment (neutraliser) cette infection. »

Essentiellement, on espère que les anticorps empêcheront le virus de se lier aux cellules humaines et de lancer sa reproduction. La présence des anticorps pourrait aussi appeler le système immunitaire du patient en renfort.

En plus d’envoyer les anticorps attaquer le virus directement dans les poumons, l’administration par inhalation simplifie grandement le traitement, qui ne prend que quelques minutes et qui n’a pas besoin de se dérouler dans un contexte hospitalier comme lors d’une administration d’anticorps par voie intraveineuse, ajoute M. Leduc.

Cela pourrait aussi éventuellement faciliter le déploiement mondial de la thérapie.

Les anticorps utilisés dans l’immunothérapie IBIO123 proviennent de deux patients humains infectés par la COVID-19 et rétablis.

« Les anticorps dans la circulation sanguine ne se rendent pas facilement dans les poumons, là où le virus se réplique, a-t-il expliqué. Donc notre stratégie à nous, c’est de livrer directement les anticorps. Ça permet de donner une plus petite dose très ciblée aux poumons et ça prend quelques minutes pour administrer les anticorps. »

L’essai clinique de phase I est une étude randomisée, en double aveugle, contrôlée par placebo, et menée sur un seul site. Elle est conçue pour évaluer l’innocuité et l’efficacité préliminaire d’IBIO123 chez les patients symptomatiques de la COVID-19, ainsi que leur capacité à tolérer le traitement. Le recrutement de 24 volontaires se déroule actuellement.

L’essai se déroule en Afrique du Sud parce qu’il aurait été difficile de trouver au Québec suffisamment de participants malades, en raison de la couverture vaccinale importante, selon M. Leduc. Les normes sud-africaines seraient aussi très comparables à celles de Santé Canada.

L’immunothérapie par inhalation devrait être administrée le plus tôt possible après l’apparition des premiers symptômes, avant que le virus n’ait fait trop de dommages dans les poumons, pour avoir un maximum d’efficacité, a dit M. Leduc. On pourrait aussi envisager de l’utiliser en prophylaxie pour protéger les patients qui ont été exposés au virus.

« C’est une immunothérapie de deuxième génération, a-t-il indiqué. On a la chance d’avoir appris beaucoup de choses dans les derniers mois, dans les dernières années, et on a constitué un cocktail d’anticorps pour faire face à tout, tous les variants actuels et les variants futurs. Donc notre médicament, ce n’est pas un médicament qui va durer pour les trois ou six prochains mois. On pense qu’il a tous les éléments pour être un outil permanent pour les professionnels de soins de santé, pour d’éventuels variants ou même de nouvelles vagues ou de nouvelles infections de cette famille de virus. »

Cette découverte est le fruit d’une collaboration avec plusieurs organisations canadiennes privées et publiques sur plus d’un an. Au printemps 2021, Immune Biosolutions avait reçu un financement de 13,4 millions $ CAN de la part du Fonds stratégique pour l’innovation du gouvernement du Canada pour développer et valider son immunothérapie.