(Belœil) L’ambulance 100 % électrique est la plus récente déclinaison de la filière québécoise de l’électrification. Fruit d’une collaboration entre Demers Ambulances et la Compagnie électrique Lion, ce véhicule d’urgence commencera à être livré l’an prochain. Les deux entreprises souhaitent maintenant voir le gouvernement Legault offrir des subventions, afin d’amortir les coûts d’acquisitions.

Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Développée depuis 2018 avec le soutien financier de Québec et Ottawa, qui ont consenti un total d’environ 5 millions aux deux compagnies, l’ambulance Demers eFX se distingue sur deux aspects : un châssis développé par Lion, qui s’est également chargé de l’aspect de l’électrification, et un habitacle réaménagé par Demers.

Avec son modèle électrique, l’entreprise établie à Belœil, en banlieue sud de Montréal, pourra réduire sa dépendance aux châssis des fourgonnettes commerciales américaines qu’elle achète pour y intégrer de l’équipement médical – le procédé en vigueur depuis plusieurs décennies.

« L’ambulance a été construite autour du châssis », a expliqué

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Alain Brunelle, président de Demers Ambulances, au cours d’une entrevue avec La Presse, en compagnie du président et chef de la direction de Lion, Marc Bédard, en marge du dévoilement.

Selon le grand patron du constructeur d’ambulances, ce nouveau véhicule d’urgence a été conçu « avec des paramédicaux pour des paramédicaux ». Le compartiment médical a été repensé.

En plus de circuler plus facilement à l’intérieur du compartiment médical, les paramédicaux pourront prodiguer des manœuvres d’urgence à l’intérieur tout en portant une ceinture de sécurité, ce qui n’est pas le cas actuellement.

« Le châssis, le système de propulsion et batteries sont réalisés pour Demers, a expliqué M. Bédard. C’est eux qui vendent les véhicules à leurs clients. Ils ajoutent le fourgon. »

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Marc Bédard, président et chef de la direction de Lion Électrique.

Ces châssis seront assemblés dans les installations de Lion à Saint-Jérôme, dans les Laurentides, où l’entreprise québécoise construit ses autobus et camions électriques. Les deux partenaires croient pouvoir déployer au moins 1500 véhicules d’urgence entièrement électriques au cours des cinq prochaines années au Canada ainsi qu’aux États-Unis, où les barrières à l’entrée sont moins contraignantes pour les ambulances.

Beaucoup plus cher

Le prix d’une ambulance traditionnelle coûte entre 150 000 $ et 175 000 $. Le modèle proposé par Demers est plus de 500 000 $, mais sa durée de vie est de 10 ans, comparativement à cinq années pour les véhicules alimentés par du carburant, a expliqué M. Brunelle.

Le prix d’acquisition est plus élevé, mais l’ambulance électrique deviendrait plus rentable avec le temps, selon le patron de Demers Ambulances. La facture énergétique pourrait fondre d’environ 80 % par unité alors que la baisse serait de l’ordre de 60 % du côté des coûts d’entretien.

Au Québec, le gouvernement Legault offre jusqu’à 125 000 $ pour l’acquisition d’un autobus électrique en plus d’autres incitatifs pour la mise en place de bornes de recharge. Même s’ils ont bénéficié d’appuis gouvernementaux pour développer le modèle eFX, les deux entreprises estiment qu’un coup de pouce supplémentaire est nécessaire.

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Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux. Marc Bédard, président et chef de la direction de Lion Électrique, François-Philippe Champagne, ministre fédéral sortant de l’Innovation, Alain Brunelle, président de Demers Ambulances et Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et de l’Innovation.

« Pour accélérer le rythme de croissance et atteindre les normes (de réduction d’émissions de gaz à effet de serre) il faut aider les opérateurs à assumer les coûts de départ, a dit M. Brunelle, qui estime que les demandes des partenaires sont raisonnables. Dans toute nouvelle technologie, il faut du soutien pour acquérir le véhicule et les bornes de recharge. »

Des discussions avec le gouvernement Legault sont en cours. Demers Ambulances s’est également inscrite au Registre des lobbyistes pour effectuer des représentations auprès de Québec.

Le succès de la commercialisation sera également tributaire du réseau de bornes de recharge. L’autonomie du véhicule d’urgence est d’environ 200 kilomètres. Les ambulances devront être rechargées dans la journée, souvent à l’extérieur des stationnements des hôpitaux.

Demers n’a pas encore enregistré de commandes pour son premier modèle électrique. En marge de l’annonce, M. Fitzgibbon n’a pas caché qu’il souhaitait une conversion du parc ambulancier au cours des prochaines années.

Selon la Corporation des entreprises de services paramédicaux du Québec, on recense environ 1000 ambulances, ce qui tient compte des véhicules de rechange et de formation.

Si le ministre s’est félicité de voir qu’un nouveau type de véhicule serait construit au Québec, il ne croit pas toutefois que la province accueillera un constructeur automobile.

« Je considère que l’Ontario va faire des voitures, ils le font bien, a affirmé M. Fitzgibbon. Nous, on va faire tout ce qui entoure les véhicules commerciaux. Je pense qu’il faut se concentrer où on peut être des champions. »

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Le ministre Pierre Fitzgibbon.

Rivale de Demers Ambulances dans le marché nord-américain, REV Group avait annoncé, en avril dernier, un partenariat avec Lightning eMotors pour le développement d’une ambulance électrique. L’entreprise québécoise dispose d’une longueur d’avance.

En plus d’avoir développé une version électrique du véhicule d’urgence, Demers a réalisé trois transactions d’envergure au cours des quatre dernières années afin de gonfler sa taille. Sa plus récente prise a été réalisée en avril dernier, lorsque la société a mis la main sur le constructeur américain Medix Specialty Vehicules, établi en Indiana.

Le chiffre d’affaires de Demers oscille aux alentours de 350 millions par année. L’entreprise compte 12 usines et centres de services de véhicules ambulanciers au Canada ainsi qu’aux États-Unis.