La biopharmaceutique montréalaise Theratechnologies annonce aujourd’hui les progrès encourageants de son traitement contre le cancer, mais n’a toujours pas trouvé de partenaire d’affaires pour les recherches de phase 3 de son médicament novateur contre la maladie du foie gras.

Isabelle Dubé
Isabelle Dubé La Presse

Bien qu’elle n’en soit qu’à l’étude de phase 1 de son traitement destiné aux patients atteints de tumeurs pour lesquelles il n’existe aucune thérapie efficace connue, Theratechnologies se réjouit des premiers résultats qui semblent indiquer qu’il est plus efficace et mieux toléré que la chimiothérapie.

Plutôt que d’utiliser une chimiothérapie seule avec le docétaxel, la biotech montréalaise la combine avec un peptide qui a été développé par l’ancienne entreprise du DRichard Béliveau, Katana Biopharma, rachetée par Theratechnologies en 2019.

Le peptide en question amène le docétaxel vers les récepteurs de la sortiline, une protéine humaine, qui s’exprime plus lorsque les cancers sont avancés.

« Le docétaxel, c’est un médicament utilisé depuis toujours en chimiothérapie, mais qui a ses limites, parce qu’il est mal toléré », explique Paul Lévesque, président et chef de la direction de Theratechnologies, lors d’une entrevue en vidéoconférence avec La Presse.

« Si on peut faire en sorte qu’il soit mieux toléré et qu’on l’amène en plus dans les cellules cancéreuses plutôt que d’aller se frapper aux portes des cellules saines, ça va mieux se passer, poursuit Paul Lévesque, il va y avoir plus de tolérance et plus d’efficacité. »

Sur la liste prioritaire de la FDA

Cotée à la Bourse de Toronto et de New York, la biopharmaceutique montréalaise a reçu, en janvier dernier, l’autorisation de la Food and Drug Administration (FDA) aux États-Unis de poursuivre ses recherches chez les humains. L’agence fédérale américaine a même placé le traitement sur la liste prioritaire (fast-track) des approbations afin que la thérapie soit offerte plus rapidement aux patients.

« Sachant qu’on est très en amont dans le développement du médicament, c’est quand même très rare, soutient Paul Lévesque, qui a été le PDG de Pfizer Canada. Quand l’agence fédérale américaine a vu les données, elle a trouvé ça tellement spectaculaire qu’elle nous a donné un fast-track. Et le libellé du fast-track n’est pas lié à une tumeur en particulier, mais pour tous les cancers. »

Theratechnologies fera une nouvelle mise à jour de la première partie de l’essai de phase 1 quand elle aura trouvé quelle est la dose maximale tolérée du médicament. La société prévoit passer à la deuxième partie de l’essai de phase 1 au cours du premier trimestre 2022. Elle testera alors les cancers où la sortiline réagit beaucoup (cancer du sein, de l’endomètre, des ovaires, du côlon et du pancréas).

Partenaire ou pas, la phase 3 ira de l’avant en 2022

Reconnue pour avoir conçu et commercialisé un produit novateur pour soigner l’excès de gras abdominal chez les personnes vivant avec le VIH, Theratechnologies n’a pas encore trouvé de partenaire pour commencer ses recherches de phase 3 du même médicament, l’egrifta, mais destiné cette fois à une maladie du foie (le foie gras non alcoolique qui peut progresser vers une inflammation chronique du foie, le NASH).

Theratechnologies prévoit que l’étude de phase 3 coûtera plus de 160 millions de dollars américains. Le partenaire recherché, une société pharmaceutique, apporterait ses compétences avec ou sans ressources financières.

« Soit on trouve un partenaire, soit on trouve des moyens financiers par nous-mêmes pour aller de l’avant. Ma préférence, c’est d’avoir un partenaire, mais je ne peux pas rester assis avec un protocole de phase 3 très longtemps. On ne peut pas faire ça. C’est incroyable, l’endroit où on est déjà arrivés, il faut y aller. »

Partenaire ou pas, l’étude va commencer dans la première portion de 2022, affirme le président de Theratechnologies, avec l’espérance d’obtenir une approbation dans cinq ans.