(Toronto) Les deux plus grands chemins de fer du Canada pourraient manquer de céréales à transporter et connaître des problèmes de revenus dans l’année à venir, puisque la récolte nationale de céréales devrait diminuer de 37 % en raison de la sécheresse dans les Prairies, malgré une légère amélioration en août.

Ross Marowits La Presse Canadienne

Statistique Canada a indiqué vendredi que 3,07 millions de tonnes de céréales avaient été livrées en août. Cela représente une augmentation de 4,5 % par rapport au creux de quatre ans enregistré en juillet, mais les livraisons restaient malgré tout inférieures de 31 % à celles d’août 2020.

La culture de blé, la plus importante culture au Canada pour les céréales, était 4 % plus élevée en août qu’en juillet, mais en baisse de 25,6 % sur un an.

L’avoine, l’orge, le seigle, le lin et le canola ont enregistré des performances variables. Les livraisons de canola et de graines de lin étaient en forte baisse tant sur une base mensuelle qu’annuelle, les livraisons d’orge étaient fortes, tandis que celles de seigle et d’avoine étaient mitigées.

La prévision de mauvaise récolte pour l’année à venir sera particulièrement difficile pour le Chemin de fer Canadien Pacifique, puisque 24 % de ses revenus totaux de fret en 2020 provenaient du transport céréalier, son segment le plus important, comparativement à seulement 15 % pour le Canadien National, a souligné l’analyste Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale, dans un rapport.

Les céréales canadiennes représentaient 72 % de tous les revenus céréaliers l’an dernier pour les deux chemins de fer, le grain américain représentant le reste.

Selon M. Doerksen, le résultat net serait une baisse des revenus d’environ 6 % au cours des 12 prochains mois pour le CP, et une d’environ 4 % pour la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN).

Production totale en forte baisse

Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) et Statistique Canada estiment que la production totale des principales cultures céréalières chutera à 49,3 millions de tonnes en 2021-2022, par rapport au record de 78,5 millions de tonnes de l’an dernier.

La récolte de blé devrait baisser de 38,3 % à 21,7 millions de tonnes en raison d’une réduction de 32,6 % des rendements et d’une superficie récoltée de 8,5 % en moins.

Le canola devrait diminuer de 34,4 % pour atteindre 12,8 millions de tonnes, ce qui serait son niveau le plus bas depuis 2010.

L’orge devrait chuter de 33,5 % pour s’établir à 7,1 millions de tonnes, la plus grande superficie récoltée ne devant pas compenser une baisse de 38 % des rendements.

Bien que plus petites, les récoltes d’avoine et de pois seront encore plus durement touchées, chutant respectivement de 43,6 % et 45 %.

Des niveaux de production aussi bas n’ont pas été observés depuis plus d’une décennie et les exportations de céréales chuteront de 41 %, atteignant leur total le fiable depuis 2006-2007.

Le gouvernement fédéral a indiqué que 99 % de toutes les terres agricoles de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba, qui représentent l’écrasante majorité de la production de blé, de canola, d’avoine et d’orge, étaient en période de sécheresse.

Le CN en meilleure posture que le CP

Le réseau ferroviaire du CN se concentre dans les régions du nord des Prairies, où les conditions de croissance étaient légèrement meilleures, tandis que celui du CP est plus exposé aux régions du sud.

Alors que la sécheresse a également affecté la culture des céréales aux États-Unis, le département américain de l’Agriculture prévoit une production presque record de maïs et de soja, les deux cultures américaines les plus importantes pour le CN et le CP, en raison de l’augmentation du nombre d’hectares ensemencés.

La production de maïs et de soja devrait approcher des niveaux record. La production de maïs devrait augmenter de 4 % pour atteindre 14,7 milliards de boisseaux, tandis que celle du soja devrait augmenter de 4,9 % pour atteindre 4,34 milliards de boisseaux.

Au Canada, l’augmentation de la production en Ontario et au Québec fera grimper la production de maïs de 5,9 % à 14,4 millions de tonnes, tandis que celle du soja devrait diminuer de 7,4 % à 5,9 millions de tonnes.

Le CN est plus exposé aux céréales dans l’Illinois, tandis que le CP est plus exposé dans les Dakotas, le Minnesota et l’Iowa, des régions qui devraient connaître une diminution de production de céréales.

« En tant que tel, le CN semble être en meilleure posture que le CP pour le grain américain cette année », a observé M. Doerksen.

Il a ajouté que les volumes de céréales aux États-Unis pourraient être davantage liés aux prix et aux exportations qu’à la production, car il y a beaucoup plus d’espace de stockage aux États-Unis qu’au Canada.

Le CN et le CP ont reconnu le défi posé par la sécheresse, avertissant les investisseurs le mois dernier qu’il était peu probable qu’ils répètent les livraisons record de céréales enregistrées en 2020, alors qu’ils transportaient chacun environ 31 millions de tonnes.