Après le Massachusetts, Hydro-Québec a séduit l’État de New York qui l’a choisi comme fournisseur d’énergie propre pour les 25 prochaines années, ce qui deviendra le plus important contrat d’exportation conclu par la société d’État.

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

La décision a été annoncée lundi matin par la gouverneure de l’État, Kathy Hochul, à l’occasion de la Climate Week de New York. La gouverneure, qui a succédé à Andrew Cuomo il y a tout juste quatre semaines, a souligné que deux déluges s’étaient abattus sur New York pendant cette courte période. Il y a urgence d’agir contre les changements climatiques, a-t-elle dit.

Hydro-Québec fera partie de la solution de la métropole américaine. Hydro-Québec fournira 10,5 térawattheures d’électricité qui transitera par un lien de 545 kilomètres qui passera sous le lac Champlain et le fleuve Hudson pour relier le Québec et le poste d’Astoria, dans le Queens. Ce lien connu sous le nom de Champlain Hudson Power Express est piloté par Transmission Developpers, une entreprise de la firme d’investissement Blackstone, a déjà tous les permis requis, et sa construction pourrait commencer dès l’année prochaine. Le courant devrait rejoindre New York en 2025.

Le contrat d’une durée de 25 ans rapportera des milliards de dollars à Hydro-Québec. « Je ressens une fierté énorme », a commenté lundi le premier ministre François Legault, qui précise qu’Hydro-Québec en tirera des revenus de plus de 20 milliards.

La société d’État, de son côté, ne fournit aucun chiffre. « C’est un contrat qui sera rentable pour les deux parties », a fait savoir son porte-parole Serge Abergel.

L’électricité québécoise aidera New York à atteindre ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre. Elle remplacera l’énergie fossile qui fournit de l’énergie à plus de 1 million de foyers.

Les termes du contrat restent encore à négocier, mais ils devraient être comparables à ceux de l’entente conclue avec le Massachusetts, qui porte sur un volume d’électricité légèrement inférieur (9,45 térawattheures) et sur une période plus courte, soit 20 ans.

Hydro-Québec prévoit que les négociations avec New York seront moins compliquées que celles avec le Maine, qui bloque la ligne qui doit rejoindre le Massachusetts. « On n’est pas à l’abri des compétiteurs qui pourraient nous barrer la route », a toutefois signalé son porte-parole.

Assez d’électricité ?

La société d’État assure avoir suffisamment d’électricité pour remplir ses obligations envers le Massachusetts et New York et pour répondre à l’augmentation de la demande au Québec et aux besoins accrus liés à l’électrification des transports.

Hydro-Québec n’écarte toutefois pas la possibilité de devoir construire de nouvelles centrales. « La question va se poser éventuellement, on ne peut pas l’exclure, fait remarquer Serge Abergel. Il faut y réfléchir. »

Si de nouvelles installations s’avèrent nécessaires, la facture des Québécois augmentera. « Tout nouvel approvisionnement a un impact tarifaire, c’est le cas pour l’éolien et ce serait le cas pour une nouvelle centrale », dit son porte-parole.

Selon Jean-Thomas Bernard, la question des nouveaux approvisionnements ne se posera pas avant cinq ou huit ans. Les deux contrats conclus par Hydro-Québec transformeront les exportations sur le marché spot en ventes fermes, explique-t-il. « Ça ne changera pas grand-chose, sinon qu’Hydro va obtenir un meilleur prix. »

Il rappelle que le contrat avec le Massachusetts prévoit un prix de départ autour de 5 cents américains le kilowattheure.

Les grands clients industriels d’Hydro-Québec ont l’intention de poser des questions sur le prix offert par Hydro-Québec aux Américains. « Est-ce qu’elle vend moins cher aux États-Unis, à des entreprises qui sont nos compétiteurs ? On ne le sait pas », déplore Jocelyn Allard, président de l’Association québécoise des consommateurs industriels d’électricité.

De même, les clients industriels estiment que les clients québécois ne devraient pas payer pour la portion des lignes de transport qui seront construites au Québec pour rejoindre le réseau américain.

Un partenariat avec les Mohawks

Au Québec, une portion de ligne de 60 kilomètres devra être construite pour connecter le réseau québécois à celui de l’État de New York. Pour la première fois de son histoire, Hydro-Québec s’associe avec une communauté autochtone pour construire la ligne et en partager les bénéfices.

Le Conseil des Mohawks de Kahnawake et Hydro-Québec seront copropriétaires de la ligne de transport qui sera construite en partie sur le territoire autochtone pour rejoindre Champlain Hudson Power Express de l’autre côté de la frontière. La communauté recevra des revenus du transit d’électricité pour une période de 40 ans.

Il n’est pas question pour Hydro-Québec de revenir en arrière et de conclure de telles ententes avec d’autres communautés autochtones pour les lignes de transport existantes, a précisé la société d’État.

Deux propositions, un choix

Hydro-Québec avait soumis deux propositions en réponse à l’appel d’offres de New York. La première était un approvisionnement 100 % en hydroélectricité produite au Québec, et la deuxième, un mélange d’hydroélectricité québécoise et d’énergie solaire produite dans le nord de l’État de New York.

C’est la première proposition, composée à 100 % d’électricité québécoise, qui a été retenue. Le contrat qui sera conclu entre les deux parties sera soumis à la New York Public Service Commission pour analyse et approbation.

De son côté, le promoteur du projet, Champlain Hudson Power Express, a l’intention de consacrer 40 millions US à la formation des travailleurs pour les emplois offerts par la transition énergétique et de financer au coût de 117 millions US l’amélioration de l’état de santé du lac Champlain, du fleuve Hudson et de la rivière Harlem.