La résurgence d’une autre vague de COVID-19 et des restrictions sanitaires, aux États-Unis surtout, pèsent sur les résultats et les perspectives d’affaires à court terme chez Alimentation Couche-Tard.

Publié le 1er sept. 2021
Martin Vallières
Martin Vallières La Presse

« Alors que la pandémie regagne en force dans plusieurs de nos marchés clés, aux États-Unis notamment, notre défi prioritaire pour les six prochains mois est de continuer de prendre soin de la sécurité de nos employés et de nos clients dans nos établissements », a indiqué Brian Hannasch, président et chef de la direction du géant des dépanneurs et des stations-service, lors d’un entretien avec La Presse, mercredi, à l’occasion de la publication des résultats trimestriels et de l’assemblée annuelle des actionnaires.

« Dans certaines régions, [la résurgence de la COVID-19] nous force à restreindre de nouveau certaines activités commerciales tout en rehaussant les mesures sanitaires dans nos magasins afin d’assurer la sécurité de nos employés et de nos clients. »

De plus, a expliqué M. Hannasch, les complications et les difficultés de gestion découlant de la COVID-19 varient beaucoup parmi les grands marchés de Couche-Tard en Europe du Nord, aux États-Unis et au Canada, ainsi qu’en Asie.

« Ces grandes variations entre nos principaux marchés sont étroitement liées au taux de vaccination dans la population de chacune de ces régions », a indiqué Brian Hannasch.

« En Scandinavie et à Hong Kong, par exemple, où les taux de vaccination sont très élevés, les difficultés d’opération dues à la pandémie continuent de s’atténuer. »

En revanche, dans certains États du sud-est des États-Unis où le taux de vaccination est très bas, ça demeure très difficile de gérer les fluctuations du niveau de main-d’œuvre disponible en magasin, ainsi que les perturbations dans les approvisionnements de certaines marchandises les plus en demande.

Brian Hannasch, président et chef de la direction d’Alimentation Couche-Tard

La résurgence de la COVID-19 dans certaines régions des États-Unis et du Canada a aussi un impact sur la réalisation de certains projets prioritaires au plan d’affaires de Couche-Tard.

« Aux États-Unis, le déploiement de notre plus gros projet commercial en magasins – l’expansion de l’offre d’aliments frais et prêts à manger – est affecté par les difficultés d’embauche et de formation en personnel en nombre suffisant en magasin, a indiqué le président et chef de la direction de Couche-Tard.

« En contrepartie, les préparatifs de notre nouveau système de points-bonis de fidélisation de clientèle qui regroupera l’ensemble de nos opérations commerciales continuent de progresser à un rythme accéléré en vue d’un lancement durant la seconde moitié de notre exercice 2022 [se terminant en juin 2022]. »

Bornes de recharge : le Québec servira de laboratoire

Par ailleurs, Couche-Tard a indiqué à La Presse Canadienne que le Québec servirait de laboratoire pour l’implantation de bornes de recharge électriques dans les stations-service d’Alimentation Couche-Tard en Amérique du Nord. Les premières bornes seront accessibles dès cette année.

« Le Québec est un modèle unique avec l’importance qu’a l’hydroélectricité, dit Brian Hannasch. Nous n’aurions pas pu trouver de meilleur endroit pour commencer [à tester nos bornes de recharge électriques] en Amérique du Nord. »

Pour le moment, les premiers tests auront lieu dans « un nombre limité » d’établissements dans la province et en Californie cette année. Un total de 20 bornes électriques seront installées partout au Québec.

Des résultats mitigés

Les principaux résultats trimestriels (au 13 juillet 2021) divulgués et commentés depuis mardi ont semblé satisfaire les attentes des analystes, mais décevoir celles des investisseurs boursiers.

En fin de séance à la Bourse de Toronto, mercredi, les actions (cat. B) de Couche-Tard ont terminé à 50,32 $, en recul journalier de 1,3 %.

Lors de son trimestre terminé le 18 juillet, Couche-Tard a encaissé des revenus de 13,58 milliards US, en hausse de 40 % sur un an qui est accentuée par le regain de la récession de pandémie et l’apport de récentes acquisitions.

Les ventes totales de marchandises ont augmenté de 5,4 %, même si celles des établissements ouverts depuis au moins un an ont diminué de 0,2 % aux États-Unis et de 9,6 % au Canada. Les ventes comparables ont avancé de 5,9 % en Europe et dans d’autres régions.

Du côté du carburant, les ventes des postes d’essence ouverts depuis au moins un an ont progressé de 11,8 % aux États-Unis, de 10,4 % au Canada et de 6,3 % en Europe.

En conséquence de ce regain des ventes encore très inégal parmi ses principales régions d’affaires, Couche-Tard a subi une baisse de son bénéfice trimestriel net à 764,4 millions US, comparativement à 777,1 millions US pour la même période un an plus tôt.

Le bénéfice ajusté (des frais non récurrents) a reculé de 4,7 %, à 758 millions US, par rapport à 795 millions US au premier trimestre de 2020.

Les analystes s’attendaient à ce que Couche-Tard présente un bénéfice ajusté par action de 65 cents US à partir de revenus de 13,27 milliards US, selon les prévisions recueillies par la firme de données financières Refinitiv.

Avec La Presse Canadienne

Ce qu’en disent les analystes

Peter Sklar, BMO Marchés des capitaux (Banque de Montréal)

« Les résultats trimestriels de Couche-Tard sont mitigés. Les ventes de marchandises des magasins comparables aux États-Unis ont été plus faibles que prévu et les coûts d’exploitation, plus élevés que prévu. Cependant, les bénéfices ont été soutenus par la solide marge bénéficiaire des ventes de carburant aux États-Unis.

« Pour la suite, Couche-Tard s’attend à ce que les pressions sur les coûts soient compensées par l’optimisation continue de ses activités commerciales, comme l’expansion de son programme de prix localisés en magasins et l’ajout de centaines de sites de carburant sous sa marque Circle-K aux États-Unis et au Canada. »

Vishal Shreedhar, Financière Banque Nationale (Toronto)

« Je considère ces résultats de Couche-Tard comme légèrement positifs ; les fortes marges [bénéficiaires] des ventes de carburant ont plus que compensé la rentabilité affaiblie des ventes de marchandes en magasin.

« En ce qui concerne les impacts de la COVID-19, Couche-Tard a fait état de tendances positives dans les catégories de marchandises les plus touchées [au pire de la pandémie]. Toutefois, les volumes de vente de carburant continuent d’être affectés par les tendances du travail à domicile et les changements dans les restrictions locales de déplacement. »

Chris Li, Valeurs mobilières Desjardins (Toronto)

« Ces résultats trimestriels chez Couche-Tard sont solides malgré les difficultés persistantes à comparer les chiffres de l’an dernier, en pleine pandémie. Dans l’ensemble, ces résultats renforcent mon opinion selon laquelle Couche-Tard est en bonne voie d’atteindre ses objectifs de forte croissance interne (excluant fusions & acquisitions) comme elle l’avait indiqué lors de sa récente journée des investisseurs [en juillet 2021]. »