La Banque Nationale injecte 103 millions dans Flinks, une entreprise de technologie financière (fintech) du quartier Saint-Henri, à Montréal, spécialisée dans le transfert de données financières.

Richard Dufour
Richard Dufour La Presse

La transaction, dont la clôture est prévue le mois prochain, permet à la banque de devenir actionnaire de contrôle de la fintech avec une participation d’environ 80 %. Le chiffre d’affaires de Flinks n’est pas divulgué, mais l’investissement que réalise la Banque Nationale cet été valorise dorénavant la fintech montréalaise à près de 200 millions de dollars.

Actionnaire de Flinks depuis 2018, où son investissement initial lui avait donné 7 % de l’entreprise, la banque avait haussé l’an passé sa participation à 28 %. Flinks est maintenant le plus important investissement dans le portefeuille de capital de risque de l’institution financière québécoise.

La Banque Nationale a dans le passé bonifié des investissements stratégiques dans des entreprises prometteuses lorsque la direction percevait une occasion, souligne le PDG Louis Vachon. On peut notamment penser à Credigy (une fintech qui offre du financement à d’autres fintechs aux États-Unis), à ABA Bank (au Cambodge) et même à Lévesque Beaubien Geoffrion (aujourd’hui devenue la Financière Banque Nationale).

De la somme de 103 millions de dollars débloquée cet été par la Banque Nationale, 73 millions sont utilisés pour racheter les actions d’investisseurs institutionnels comme iNovia, Panache et Luge, de même qu’une partie des actions des dirigeants fondateurs de Flinks. Le reste de l’investissement, c’est-à-dire 30 millions, servira à soutenir l’expansion des activités de Flinks aux États-Unis.

La technologie développée par Flinks permet d’envoyer les données financières d’une institution bancaire à une autre institution dans le cas, par exemple, d’un consommateur qui demande un prêt hypothécaire dans une institution financière autre que celle où il détient son compte bancaire. C’est une technologie qui s’apparente à de l’« open banking » (système bancaire ouvert), dit le PDG de l’entreprise, Yves-Gabriel Lebœuf.

Flinks est en mode croissance, notamment sur le marché américain, où elle a lancé son produit l’année dernière. « L’opportunité est incroyable là-bas. La taille du marché y est évidemment beaucoup plus importante. Il est environ 10 fois plus gros. Et en termes d’adoption de plateforme technologique financière, le marché est plus évolué, ce qui fait que notre croissance est exponentielle mois après mois », indique Yves-Gabriel Lebœuf.

L’utilisation des millions injectés cet été par la Banque Nationale servira à soutenir cette croissance au sud de la frontière. Flinks travaille autant avec des banques qu’avec des entreprises technologiques, ce qui veut dire concrètement que la fintech montréalaise tentera d’accélérer la signature d’ententes avec des institutions financières américaines ainsi qu’avec des plateformes technologiques américaines qui ont besoin d’accéder à des données financières, comme Robinhood, Acorns et PayPal.

Pour appuyer son développement, la direction de l’entreprise n’écarte par ailleurs pas la possibilité de procéder à une éventuellement acquisition.

Flinks a été fondée en 2017 par Frédérick Lavoie, Julien Cousineau et Yves-Gabriel Lebœuf.

Le modèle « 80-20 » – comme le qualifie le grand patron de la Banque Nationale – a historiquement donné de bons résultats pour l’organisation. « Prendre le contrôle et laisser une partie de l’actionnariat à des partenaires minoritaires nous a bien servis », a dit Louis Vachon lors d’une entrevue en marge de la présentation de la plus récente performance trimestrielle de la banque. « Notre filiale Credigy sert déjà bien l’industrie des fintechs puisqu’on finance des fintechs en achetant des portefeuilles d’actifs générés par des fintechs. On offre maintenant un autre service aux fintechs avec l’agrégation des données. On regarde les fintechs en Amérique du Nord comme une catégorie de filiales. Au lieu de les voir comme des concurrents, on les voit plus comme des fournisseurs de services et des clients potentiels. »

Louis Vachon à propos de...

... la hausse du taux d’imposition suggérée par les libéraux

Pas de commentaires. Ce n’est pas notre place de commenter des propositions durant une campagne électorale », dit le PDG au sujet de la promesse de Justin Trudeau d’augmenter le taux d’imposition des grandes institutions financières de 3 % pour qu’il se situe à 18 %. Et lorsqu’on lui demande quels sont les principaux enjeux de la campagne, Louis Vachon prêche par la sagesse. « C’est une excellente question pour un politicien, pas pour un président de banque qui s’en va [à la retraite]. »

... l’inflation

« C’est le mandat de la Banque du Canada de limiter l’inflation. La politique monétaire est le levier le plus important. Sur le plan des salaires, un des facteurs ayant contribué à la pression à la hausse est le fait qu’il n’y a pas eu beaucoup d’immigration dans les deux dernières années, en particulier dans les grandes villes, en raison des restrictions sanitaires. Ça a diminué la disponibilité de nouvelle main-d’œuvre au pays. »