(Toronto) Les entreprises faisant appel à du capital de risque ont recueilli des milliards de dollars de plus au premier semestre de 2021 qu’au cours des années précédentes.

Tara Deschamps La Presse Canadienne

Selon un nouveau rapport de la société d’analyse commerciale CB Insights, les entreprises canadiennes ont récolté 6,2 milliards US au cours du premier semestre, soit plus du double du financement obtenu pour l’ensemble de l’année dernière.

Elles avaient récolté 4,3 milliards en 2019 et 3,4 milliards en 2018.

Au premier trimestre, environ 2,1 milliards avaient été obtenus dans le cadre de 197 transactions. Cette somme a bondi à 4,1 milliards dans le cadre de 217 transactions au deuxième trimestre.

Les experts en capital-risque attribuent cet essor à un marché mondial robuste et à un intérêt croissant pour la technologie et les talents d’ici.

Un grand nombre d’entreprises multinationales, comme Microsoft, DoorDash, Amazon, Google, Wayfair, Twitter, Pinterest, Reddit et Netflix, ont ouvert des bureaux au pays et accru leur main-d’œuvre canadienne au cours de la pandémie.

Il existe « un effet de réseau » pour les entrepreneurs canadiens, souligne Janet Bannister, associée directrice de Real Ventures, une société de capital-risque.

« Le succès engendre le succès dans les communautés des entreprises en démarrage. Plus un écosystème réussit, plus on comptera d’entrepreneurs expérimentés, d’équipes fondatrices et de cadres qui savent ce que c’est la croissance. »

Autre signe de vitalité : il y a eu 128 fusions ou acquisitions d’entreprises et sept introductions en bourse au premier trimestre de 2021. On en a recensé 102 et huit au deuxième trimestre, selon le rapport de CB Insights.

Il y a quatre ans, au cours des deux premiers trimestres, on avait dénombré 121 fusions ou acquisition et 10 introductions en bourse.

Bryn Jones, le cofondateur de PartnerStack, une entreprise torontoise, dit que les sociétés canadiennes sont depuis devenues encore plus attrayantes. La pandémie a contribué à cette situation.

« Il n’y a plus aucune excuse pour ne pas rencontrer des Canadiens parce que tout le monde est passé à Zoom », lance-t-il.

Son entreprise a obtenu 29 millions en financement de série B en mai. Plutôt que rencontrer deux ou trois sociétés de capital-risque par jour, la technologie l’a aidé à parler quotidiennement jusqu’à une dizaine.

« Cela a créé beaucoup de concurrence entre les investisseurs en capital-risque. Cela a donné un très bon résultat, fait valoir M. Jones. Cela nous a également permis de rencontrer des personnes avec lesquelles nous n’aurions pas pu parler auparavant. Celles-ci ont généré une tonne de valeur absolue, qu’elles aient investi dans notre entreprise ou non. »

Le rapport de CB Insights indique qu’un peu de plus de la moitié du financement a été accordé à des entreprises en démarrage.

Des entreprises en technologie financière, souvent appelées fintech, en ont été les plus grandes bénéficiaires. Celles-ci suscitent un intérêt croissant au moment où le Canada étudie l’idée d’un système bancaire ouvert et de plus en plus de personnes font leurs transactions par internet.

« Je n’ai jamais vu un environnement aussi propice pour obtenir des fonds en tant qu’entrepreneur en technologie financière », reconnaît Raphael Bouskila, président des Technologies financières Mako, une entreprise montréalaise ayant créé des outils d’automatisation des tâches administratives et de conformité.

Le financement mondial des fintechs a atteint un nouveau sommet au deuxième trimestre de 2021, s’élevant à 33,7 milliards, une hausse de 191 $ par rapport à l’an dernier, constate CB Insights.

Son rapport souligne que 22 % du financement mondial du capital-risque au deuxième trimestre 2021 a été accordé à des fintechs.

« La pandémie de COVID a fait énormément grossir l’appétit des banques et des gestionnaires pour travailler avec les fintechs, et de même pour les investisseurs en capital-risque, dit M. Bouskila. Les requins reniflent le sang, alors ils recherchent des accords à financer dans cet espace. »

Mme Bannister ne s’attend pas à un recul de cette croissance.

« Nous ne faisons que commencer. Je suis extrêmement optimiste, lance-t-elle. Nous pensons vraiment que l’avenir est extrêmement brillant et ne l’a jamais autant été. »