Le local 501 du syndicat des travailleurs unis de l’alimentation et du commerce (TUAC) tire un trait sur sa campagne de syndicalisation des magasins Brault & Martineau après l’annonce de la fermeture en décembre prochain du dernier établissement syndiqué de la chaîne.

André Dubuc
André Dubuc La Presse

« C’est une décision d’affaires », explique Pierre Plante, représentant syndical des TUAC, local 501, dans un entretien. « Syndicalement parlant, on a été présent pendant six ans pour aider les travailleurs. C’est clair que la volonté chez Brault & Martineau, c’est qu’ils n’en voulaient pas [de syndicat] », dit-il, déçu.

Les TUAC ont déjà été présents dans trois magasins Brault & Martineau en 2016 : ceux de Laval, de Repentigny et de Saint-Léonard, à Montréal. Il n’en restera aucun à la fin de l’année.

Un syndicat Unifor représente les employés du centre de distribution de Montréal, qui ont connu un lock-out en 2016 et un licenciement collectif en 2018.

Le Brault & Martineau de Repentigny a fermé en 2018. Celui de Jean-Talon a choisi de retirer son accréditation syndicale en août 2020. Puis est survenue récemment l’annonce de la fermeture du magasin lavallois sur le boulevard Le Corbusier, près de l’amphithéâtre Place Bell.

Le détaillant de meubles a envoyé le mois dernier un avis de licenciement collectif au ministère du Travail. Celui-ci vise 40 employés. La fermeture est prévue pour décembre prochain. Son propriétaire, la société BMTC, a signé une lettre d’engagement afin de conclure une entente de partenariat pour faire construire sur sa propriété lavalloise plusieurs tours résidentielles locatives.

Selon le code de l’urbanisme en instance d’être adopté, il y sera bientôt autorisé d’ériger des tours de 54 mètres de haut d’un maximum de 15 étages.

Au dire du représentant, le magasin du boulevard Le Corbusier réalisait des ventes annuelles de 35 millions. Il se situait au troisième rang des plus performants des neuf magasins Brault & Martineau. BMTC détient également 11 EconoMax, 9 Ameublements Tanguay et 3 centres de liquidation. La société emploie 1388 employés. Ses revenus annuels ont atteint 650 millions au cours de l’année financière s’étant terminée le 31 janvier 2021. Ses profits frôlent les 55 millions. Ses principaux concurrents sont Brick et Meubles Léon.

Un « ballon d’essai »

M. Plante explique les objectifs qui étaient poursuivis par la campagne de syndicalisation. « On est un syndicat en croissance. On est dynamique. On essaie d’ouvrir de nouveaux marchés. Le secteur de la vente au détail est très peu syndiqué. Pour nous, ç’a servi de ballon d’essai. »

La leçon s’est avérée amère. « Ça n’a jamais été facile chez Brault & Martineau, confie-t-il. On a commencé en octobre 2015. Le syndicat a été accrédité en décembre 2015. On y a mis tellement d’énergie. [En six ans], on a eu 132 griefs, la majorité à Laval. On s’est souvent retrouvé au Tribunal du travail. L’employeur a toujours respecté ce que le Tribunal dictait, mais il n’en a jamais donné plus ! »

M. Plante dit maintenant craindre pour les indemnités de départ que toucheront les syndiqués. La convention prévoit trois semaines de paie par année de service pour un maximum de 52 semaines, moins le préavis. Or, BMTC a annoncé le 10 juin le licenciement collectif à venir en décembre, ce qui donne un préavis de 24 semaines.

On est dans la situation où un employé ayant 9 ans de service qui aurait droit à 27 semaines ne toucherait plus que trois semaines une fois retranchées les 24 semaines de préavis.

Pierre Plante, représentant syndical des TUAC, local 501

M. Plante voudrait aussi négocier un boni de rétention équivalent à cinq semaines de salaire pour les employés qui resteront en poste jusqu’à la fermeture du magasin. Il dit ne pas avoir de nouvelles de l’employeur.

« Brault & Martineau a beau être un fleuron québécois, ça s’apparente en matière de gestion à Walmart. Et ça va se terminer un peu de la même façon. »

Walmart a fermé son seul magasin syndiqué en Amérique du Nord à Jonquière en 2005, moins d’un an après que les travailleurs eurent choisi de se syndiquer.

Il a été impossible de parler à un représentant de l’employeur.