Le constructeur de véhicules récréatifs Taiga Motors semble sur la bonne voie afin d’obtenir un soutien financier gouvernemental de plusieurs millions de dollars pour l’usine d’assemblage qu’elle souhaite construire à Shawinigan, en Mauricie.

Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Des négociations sont en cours entre le gouvernement Legault et l’entreprise québécoise, qui a soumis une demande pour un prêt à remboursement conditionnel (prêt pardonnable) de 30 millions de dollars – un outil prisé par Québec pour appuyer des projets d’investissement. Parallèlement, selon nos informations, Ottawa discute également avec Taiga, même si les pourparlers semblent moins avancés.

Fondée en 2015 par Samuel Bruneau, Gabriel Bernatchez et Paul Achard, Taiga a fait son entrée à la Bourse de Toronto en avril dernier, récoltant au passage 185 millions de dollars pour financer sa croissance. La jeune pousse exploite actuellement une usine de 50 000 pi2 dans l’arrondissement montréalais de LaSalle, où elle réalise ses activités de recherche et de développement.

Au gouvernement Legault, une source au fait du dossier et qui n’est pas autorisée à s’exprimer publiquement a souligné que les ambitions de Taiga en Mauricie constituaient un projet « très intéressant ».

« Il ne manque pas grand-chose », a-t-elle expliqué, à propos des négociations, sans toutefois s’avancer sur la somme que Taiga pourrait ne pas avoir à rembourser si l’entreprise était épaulée financièrement.

À Shawinigan, l’usine sera construite sur un vaste terrain, rue Burrill. La première phase devrait être achevée en 2022. En 2025, sa superficie devrait atteindre 340 000 pi2. Shawinigan se trouve dans la circonscription fédérale de Saint-Maurice–Champlain, représentée par le ministre fédéral de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne.

Taiga n’a pas voulu confirmer la somme du prêt demandé au gouvernement Legault, mais l’information figure dans son inscription au Registre des lobbyistes diffusée le 22 juin dernier. Les sommes serviraient à « l’achat d’équipements automatisés et la construction du bâtiment », peut-on lire.

Au cours d’un entretien téléphonique, la porte-parole de Taiga, Tatiana Ramirez, s’est montrée prudente en se limitant à dire que les échanges avec Québec avançaient, en prenant soin d’ajouter qu’il n’y avait pas encore d’entente.

Projets prisés

Le thème de l’électrification a la cote auprès de Québec et d’Ottawa. Les deux ordres de gouvernement avaient offert, en mars dernier, 100 millions de dollars au constructeur d’autobus et de camions électriques Lion Électrique pour financer son usine d’assemblage de blocs-batteries à Mirabel. Environ 30 % du prêt offert par le gouvernement Legault pourrait se transformer en subvention.

Cette formule permet à l’entreprise bénéficiaire de ne pas rembourser la totalité de la somme obtenue si certaines conditions, comme le maintien ou la création d’emplois, sont respectées.

Taiga table sur une production d’environ 2000 motoneiges et motomarines électriques cette année, une cadence qui devrait atteindre 80 000 unités sur une base annuelle d’ici 2025. Elle conçoit également un véhicule tout-terrain côte à côte.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Motoneige électrique de Taiga Motors, au Salon du véhicule électrique de Montréal, en 2018

Selon le modèle, le prix des motoneiges et des motomarines varie entre 15 000 $ US et 19 000 $ US. Afin de stimuler les ventes, l’entreprise a retenu les services d’un lobbyiste pour demander au gouvernement Legault de s’inspirer du programme Roulez vert et permettre que les motomarines et les motoneiges électriques soient admissibles à un rabais à l’achat.

C’est sûr que nous aimerions que le programme [Roulez vert] soit élargi pour inclure les véhicules hors route, mais à ce stade-ci, le processus est exploratoire.

Tatiana Ramirez, porte-parole de Taiga

Pour les véhicules électriques, le programme Roulez vert offre un rabais pouvant atteindre 8000 $. Taiga n’a toutefois pas donné une idée du rabais convoité.

Dans une mise à jour effectuée la semaine dernière, le constructeur de véhicules récréatifs électriques a annoncé que les premières livraisons de ses motomarines auraient lieu en septembre. On vise le début de 2022 pour les premières motoneiges.

« Les livraisons pour les motomarines s’effectueront après les mois d’été », a souligné l’analyste Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale, dans une récente note.

L’analyste a toutefois tempéré cet échéancier en soulignant que Taiga comptait doubler sa superficie de production à Montréal en raison de la demande, ce qui est bon signe.