Il y a encore du pain sur la planche pour rentabiliser l’A220, mais trois ans après la prise de contrôle de l’ex-C Series, le programme est maintenant bien intégré chez Airbus, selon son chef des activités canadiennes, Philippe Balducchi. Sur le point de laisser sa place aux commandes, il croit que son départ doit être vu comme un signal positif pour la suite des choses.

Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Réduction des coûts, négociations avec les fournisseurs, inauguration d’une chaîne d’assemblage en Alabama, rachat de la participation restante de Bombardier dans la société en commandite et implantation d’une chaîne de préassemblage à Mirabel : le gestionnaire de 57 ans originaire de Toulouse dépêché au Québec par le géant européen en 2018 n’a pas chômé au cours du mandat de « trois ou quatre ans » qu’il avait accepté.

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Dans les Laurentides, Airbus occupe tout l’espace du site qui appartenait autrefois à Bombardier.

« Je pense que nous sommes en position pour attaquer la reprise », a expliqué M. Balducchi, dans le cadre d’une entrevue avec La Presse afin de souligner la troisième année de la prise de contrôle de l’avion développé par Bombardier et qui peut transporter de 100 à 160 passagers, selon sa configuration.

Dans les Laurentides, Airbus occupe tout l’espace du site qui appartenait autrefois à Bombardier. Le logo du géant européen est bien visible partout. Après trois ans, les changements ne s’observent pas uniquement à l’extérieur, mais aussi dans les façons de faire à l’interne.

De la planification des projets aux processus d’approvisionnement en passant par les ventes, la recette d’Airbus a été implantée « un peu partout », a expliqué M. Balducchi, en prenant soin d’ajouter que cela ne constituait pas un désaveu des méthodes de Bombardier.

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Aux commandes d’Airbus Canada depuis 2018, le président-directeur général Philippe Balducchi s’apprête à laisser sa place après une intégration de trois ans.

Airbus a un côté plus industriel en ce qui a trait à la méthode des processus par rapport à un modèle plus artisanal qu’avait Bombardier et je ne veux pas le dire d’un ton péjoratif, parce qu’il y a du bon dans les deux. On a apporté l’industrialisation dans les processus sans écraser l’agilité locale.

Philippe Balducchi, PDG d’Airbus Canada

Malgré tout, la pandémie de COVID-19, qui a paralysé le secteur de l’aviation commerciale, a eu pour effet de faire reculer le programme – détenu à 25 % par l’État québécois – d’environ deux ans en plus d’entraîner l’élimination de plus de 300 postes. Même si le ciel semble s’éclaircir et que les signes d’une reprise poignent à l’horizon, l’objectif de l’atteinte de la rentabilité a été reporté à 2026.

Pour espérer y arriver, Airbus devra continuer de réduire les coûts de production de l’A220, poursuivre l’accélération de la cadence de production et décrocher d’autres commandes. Beaucoup de progrès ont été réalisés au chapitre des coûts, selon le patron de l’A220, mais il faut en faire davantage, a-t-il expliqué, sans dévoiler de cibles précises.

Nouveau pilote

Ces tâches ont été confiées à Benoît Schultz, 48 ans, choisi pour devenir le nouveau pilote de la société en commandite le 1er septembre. M. Balducchi, lui, quittera Airbus pour retourner sur le Vieux-Continent.

Dans le giron du géant européen depuis 2002, M. Schultz, ingénieur de formation déjà établi à Mirabel, était auparavant responsable de l’approvisionnement pour le groupe. Selon l’expert en aviation et chargé de cours à l’Université McGill John Gradek, le parcours du nouveau patron de l’A220 constitue un message aux fournisseurs.

« Je pense qu’Airbus a choisi cette personne pour essayer de tout faire afin de réduire le coût des pièces, a souligné l’expert, au bout du fil. C’est un spécialiste de l’approvisionnement. Si Airbus voit que les fournisseurs ne sont pas capables de réduire les coûts, il y aura des décisions à prendre. »

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Airbus prévoit faire passer la cadence à 10 appareils par mois à son usine de Mirabel.

Il y a actuellement 490 appareils dans le carnet de commandes de l’A220. Airbus prévoit toujours faire passer la cadence à 10 appareils par mois à Mirabel et à 4 par mois à Mobile, en Alabama, pour un total annuel de 168 appareils vers 2025.

Le carnet de commandes couvre plusieurs années de production, ce qui n’empêche pas Airbus d’être à la recherche de nouveaux contrats. En avril dernier, l’A220 avait décroché sa première commande ferme d’avions commerciaux en plus d’un an. Le contrat concernait 20 A220-300, le plus grand appareil de la famille.

« Il y a de l’activité et nous sommes raisonnablement optimistes, a dit M. Balducchi. Est-ce [qu’une commande] c’est possible ? La réponse est oui. On espère qu’il y en aura. Mais les commandes, on ne sait jamais quand elles tombent. »

Plus tôt cette semaine, United Airlines a annoncé une commande – la plus importante de son histoire – pour 200 Boeing 737 MAX et 70 Airbus A321neo. L’A220 ne faisait pas partie du contrat, mais M. Balducchi a néanmoins estimé que cette annonce démontrait que les compagnies aériennes se positionnaient en vue d’une éventuelle reprise.

Quelques chiffres sur l’A220 

  • Environ 2500 employés à Mirabel
  • Carnet de commandes pour 490 appareils
  • Livraison de 159 appareils à 9 clients à ce jour
  • 16 livraisons depuis le début de l’année

Philippe Balducchi sur…

La possibilité d’une version allongée de l’A220 (A220-500) :

Est-ce qu’il y a une possibilité d’en faire une ? C’est possible. Est-ce qu’une version allongée de l’A220 entrerait dans la famille de produits d’Airbus ? Ce sont des scénarios qui seront étudiés. Pour que cela se réalise, il faudra que l’A220 soit efficace et qu’il réussisse.

Les restrictions sanitaires au Canada pour les voyages internationaux :

« Nous avons des contraintes phénoménales. Ce n’est pas ma compétence de juger si [les gouvernements] ont bien fait ou mal fait. Je fais confiance au gouvernement canadien. Est-ce que les contraintes ont un impact sur les voyages ? Oui. C’est clair que les contraintes au Canada pénalisent grandement les compagnies aériennes. »

Les chances pour Québec de récupérer son investissement de 1 milliard US dans l’A220 :

« On a un très bon avion et c’est important, parce que si ce n’était pas un bon avion, l’avenir ne serait pas assuré. Airbus continue d’investir dans le programme. L’avion est bon et il y a un marché qui l’attend. Est-ce qu’on va récupérer les sous ? Quand ? Je ne peux pas vous le dire, mais le programme a de l’avenir. » Airbus pourra racheter la participation de Québec en 2026.