Alors que les gouvernements déploient des incitatifs financiers afin d’accélérer l’électrification dans le transport scolaire, la Compagnie Électrique Lion décroche sa plus importante commande d’autobus électriques : 260 véhicules qui seront construits à son usine de Saint-Jérôme.

Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Le constructeur de camions et d’autobus électriques, dont les actions sont négociées à la Bourse de Toronto et à Wall Street depuis le 7 mai dernier, en a fait l’annonce lundi, parallèlement au dévoilement de ses résultats du premier trimestre terminé le 31 mars et qui s’est soldé par une perte nette de 16 millions US, ou 15 cents US par action.

« Il y a beaucoup de fournisseurs qui veulent électrifier leur flotte », a expliqué le président-directeur général et cofondateur de Lion, Marc Bédard, dans le cadre d’une entrevue téléphonique où il n’a pas voulu dévoiler la valeur du contrat. « Il va y avoir un effet d’entraînement, c’est certain. »

Un autobus scolaire électrique coûte environ 300 000 $ avant l’octroi des différents incitatifs financiers. Cela signifie que la valeur de la commande oscillerait aux alentours de 78 millions.

L’annonce a été accueillie favorablement par les investisseurs. À Toronto, le titre de Lion a terminé à 20,00 $ en hausse de 1,68 $ ou 9,2 %. Du côté de la Bourse de New York, l’action cotait à 16,28 $ US, en progression de 9,9 %, ou 1,49 $ US.

Cette commande d’envergure émane du fournisseur de transport scolaire First Student, qui est établi à Cincinnati, en Ohio. Les autobus circuleront toutefois sur les routes de la province puisqu’ils seront exploités par sa filiale québécoise Transco, qui exploite un parc de 735 véhicules dans la grande région métropolitaine. L’entreprise exploite déjà 16 autobus électriques.

Les livraisons devraient débuter au cours de la deuxième moitié de l’année et s’échelonner jusqu’en 2023.

Après avoir participé à sa première conférence téléphonique avec les analystes financiers, M. Bédard a affirmé que la commande sera admissible au programme de 250 millions de dollars annoncé en avril dernier par le gouvernement Legault afin d’accélérer la conversion du parc québécois d’autobus scolaires et de réduire le coût d’acquisition des véhicules et des bornes de recharge, notamment.

À la suite d’une année au cours de laquelle la pandémie de COVID-19 a eu une incidence négative sur les livraisons d’autobus scolaires en raison de la fermeture de nombreuses écoles des deux côtés de la frontière, le grand patron de Lion estime que le vent est en train de tourner.

En territoire américain, où elle vient d’annoncer qu’elle implantera son usine de fabrication d’une superficie d’environ 900 000 pieds carrés en banlieue de Chicago, dans l’Illinois, l’entreprise québécoise s’attend à profiter des politiques de l’administration Biden, qui souhaite notamment retirer 500 000 autobus scolaires au diesel pour les remplacer par des véhicules électriques d’ici 2030.

« Il y a des programmes intéressants également en Californie ainsi que dans d’autres États, comme à New York, a dit M. Bédard. Il y a vraiment quelque chose d’important qui se passe. »

Cela s’ajoute à l’intérêt de nombreuses entreprises dans le secteur du transport routier. Lion, qui compte des entreprises comme la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada, Ikea et Hydro-Québec parmi ses clients, a également livré, peu de temps après le premier trimestre, ses 10 premiers camions de classe 6 à Amazon. En vertu de son entente avec l’entreprise québécoise, le géant du commerce en ligne pourrait lui acheter plusieurs milliers de véhicules d’ici la fin de la décennie.

Perte plus importante

En ce qui a trait à sa performance financière pour les trois premiers mois de son exercice financier, Lion a creusé sa perte en raison d’une hausse de ses charges administratives, des frais de vente ainsi que des charges financières, notamment. Au premier trimestre l’an dernier, la perte nette de la société s’était chiffrée à 5,7 millions US, ou 5 cents US par action.

De son côté, le chiffre d’affaires s’est établi à 6,2 millions US comparativement à 1,2 million US au premier trimestre de l’exercice précédent. La perte d’exploitation ajustée a été de 5,9 millions US contre 3,0 millions US il y a un an.

Entre janvier et mars, Lion a livré 24 véhicules – 18 autobus scolaires et 6 camions – comparativement à 2 il y a un an, lorsque la crise sanitaire avait perturbé les activités de bon nombre d’entreprises.

À certains égards, les résultats du constructeur de camions et d’autobus électriques ont dépassé les attentes de Benoit Poirier, de Valeurs mobilières Desjardins, qui anticipait des revenus de 5,4 millions US ainsi que 21 livraisons.

« Plus important encore, Lion a annoncé sa plus grosse commande d’autobus scolaires, a écrit l’analyste dans une note envoyée par courriel. Dans l’ensemble, nous sommes satisfaits de la mise à jour effectuée par Lion, qui confirme un intérêt pour ses produits. »

En date du 14 mai, Lion avait reçu 817 commandes, soit 209 pour des camions et 608 pour des autobus. La valeur totale des commandes était estimée à plus de 225 millions US, et elles devraient être livrées au cours des 12 prochains mois.

Parallèlement à son usine d’assemblage à Saint-Jérôme, dont la capacité de production est estimée à 2500 véhicules par année, l’entreprise doit également bientôt dire où elle construira son usine de batteries. Saint-Jérôme et Mirabel sont sur les rangs.

Interrogé, M. Bédard s’est montré prudent, affirmant être « très avancé » dans l’analyse du dossier et en réitérant qu’une décision serait annoncée dans les prochaines semaines.

La facture de ce projet est évaluée à 185 millions, et Québec et Ottawa ont offert un soutien financier de 100 millions. Une partie des prêts consentis par les deux ordres de gouvernement n’aura pas à être remboursée si certains seuils sont atteints en matière d’emplois.