(Montréal) Pierre Karl Péladeau laisse tomber son projet d’achat du voyagiste montréalais Transat.

Richard Dufour
Richard Dufour La Presse

« Le plus important actionnaire, Letko Brosseau, a dit qu’il refuserait une proposition à 5 $ par action. À quoi ça servirait de faire une proposition si celui qui a le pouvoir de faire ou défaire une transaction est en désaccord avec l’évaluation tout à fait raisonnable que j’avais faite », a dit l’homme d’affaires jeudi sur les ondes de LCN.

L’action de Transat a terminé la séance de jeudi en baisse de plus de 4 % à 4,31 $ à la Bourse de Toronto après que la nouvelle eut été médiatisée en après-midi.

Le grand patron et actionnaire de contrôle de Québecor avait fait savoir début avril que sa proposition présentée le 22 décembre était « toujours valide » et qu’elle comportait des conditions qu’il souhaitait lever « rapidement ».

Le 22 décembre, Pierre Karl Péladeau avait soumis à titre personnel, par l’entremise de sa société de gestion MTRHP, une proposition en argent équivalente à 5 $ par action (190 millions de dollars).

Transat n’a pas souhaité commenter jeudi, mais pour Mehran Ebrahimi, professeur à l’UQAM et directeur de l’Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation civile, il ne s’agit pas d’une « mauvaise » nouvelle pour tout le monde.

Personne dans le milieu n’était favorable à l’idée de voir Pierre Karl Péladeau acheter Transat.

Mehran Ebrahimi, professeur à l’UQAM

« M. Péladeau ne connaît pas le secteur. Il ne connaît pas les particularités du transport aérien. C’est un secteur cyclique, très exigeant et particulier. On connaît les méthodes de management de Pierre Karl Péladeau. Ce n’est pas quelque chose qui convenait. D’ailleurs, à l’interne, les gens n’étaient pas favorables. Le syndicat des pilotes et du personnel de bord notamment », précise le professeur.

« À part peut-être [l’entrepreneur milliardaire] Richard Branson, peu de gens se sont improvisés dans le secteur avec succès. Ce n’est pas parce qu’on a de l’argent que ça réussit », ajoute Mehran Ebrahimi.

Un plan d’aide qui change la donne

Avec le récent plan de sauvetage du fédéral, l’argument principal de Pierre Karl Péladeau tombait un peu à l’eau, croit le professeur.

« Il voulait venir en sauveur. Aujourd’hui, ce n’est plus nécessaire d’une certaine manière. »

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Transat a annoncé plus tôt cette semaine que la suspension de ses vols était prolongée jusqu’à la fin juillet en raison des restrictions sur les voyages au Canada et à l’étranger.

Ottawa est venu au secours de Transat, il y a deux semaines, avec une entente permettant au voyagiste de disposer de 700 millions de liquidités supplémentaires. Dans le cadre du montage financier, Transat a émis au gouvernement 13 millions de bons de souscription donnant le droit d’acquérir un nombre équivalent d’actions à 4,50 $ chacune.

Pour relancer Transat, Mehran Ebrahimi affirme qu’il est maintenant important de commencer à abandonner la politique universelle pour tout le monde.

Il est plus que temps de commencer à supporter le transport aérien avec certains assouplissements. Il faut faire comme certains pays européens et évaluer par cas, période par période. Il faut se tourner vers une opération un peu chirurgicale. C’est la seule façon pour que la reprise internationale puisse émerger.

Mehran Ebrahimi

Transat a annoncé plus tôt cette semaine que la suspension de ses vols était prolongée jusqu’à la fin juillet en raison des restrictions sur les voyages au Canada et à l’étranger.

Selon Mehran Ebrahimi, il faut considérer permettre des vols avec des pays où la situation est maîtrisée et où le niveau de pandémie est très faible. « Ce n’est plus nécessaire d’imposer les mêmes restrictions. C’est la seule façon d’aider les compagnies aériennes. Pour la suite, les avions doivent commencer à voler, c’est-à-dire remplir les avions. »

Cet expert ne croit par ailleurs pas nécessaire que Transat doive absolument être vendue. « La question ne se pose pas de façon urgente. Certains actionnaires sont prêts à débloquer des capitaux pour augmenter leur participation dans l’entreprise. »

En mars, la direction de Transat avait indiqué qu’elle analysait différentes options et qu’elle se préparait à toute éventualité advenant un échec de la transaction avec Air Canada.

Air Canada et Transat avaient conclu une entente au prix de 13 $ par action en juin 2019, bonifiée deux mois plus tard à 18 $ par action, puis révisée en forte baisse à 5 $ par action en octobre dernier après que la pandémie eut plongé le secteur du transport aérien en crise.

La crise sanitaire a forcé Transat à prendre des mesures pour diminuer ses coûts et protéger sa trésorerie. L’entreprise a mis à pied temporairement jusqu’à 85 % de son effectif et a ultimement procédé à des licenciements.

Les résultats de début d’exercice de Transat présentés en mars – perte nette ajustée de 109 millions pour les mois de novembre, décembre et janvier – traduisent bien le choc causé par la pandémie.

Les prochains résultats trimestriels de Transat sont attendus le 10 juin.