En tant que directeur de la rémunération, Éric Simoneau a toujours vanté aux grandes entreprises qui l’embauchaient l’importance du salaire pour attirer, motiver et retenir les talents. Et s’il s’était trompé ? Avec son site « Une job pour un don », où il sollicite des contrats enthousiasmants en communication, l’ex-spécialiste en ressources humaines souhaite démontrer que l’argent n’est pas le facteur déterminant qu’il prêchait.

Isabelle Dubé
Isabelle Dubé La Presse

Sur son site unejobpourundon.ca, Éric Simoneau propose ce projet audacieux de faire un don à l’organisme de bienfaisance de votre choix en échange d’un contrat « vraiment le fun » dans les communications. « Si la vie est un jeu, alors je veux m’amuser ! Et pas seulement les week-ends ou à ma retraite… », écrit-il sur le site pour décrire cette prise de conscience sur l’essence du travail et le courage du changement de carrière.

En plus d’une campagne sur les réseaux sociaux, Éric Simoneau est allé distribuer physiquement ses boîtes de dons avec son CV dans des maisons de production de télévision et de documentaires. Le but de cet ex-spécialiste des stratégies de salaires et d’avantages sociaux est de s’éloigner le plus possible de son logiciel Excel pour utiliser Word tout en aidant des organismes. Et peut-être inspirer au passage d’autres travailleurs à faire le saut dans un autre domaine avant qu’il soit trop tard.

« Le deuxième diagnostic de cancer de ma conjointe a été l’élément déclencheur, raconte-t-il lors d’un entretien. J’ai demandé à travailler quatre jours/semaine, puis en songeant que j’aspirais même à trois jours, je me suis dit que mon bonheur était ailleurs. »

L’argent et le bonheur au travail

Heureusement, le diagnostic de cancer s’est avéré négatif, mais le résultat de sa réflexion, définitif.

Car cette réflexion avait fait son chemin depuis qu’il avait croisé le professeur de l’UQAM Jacques Forest, psychologue et professionnel des ressources humaines. Ses recherches sur la relation entre l’argent, la motivation et le bonheur au travail l’avaient sidéré. Par exemple, les résultats de son enquête Rémunération : quelles sont les meilleures pratiques pour vous motiver ? allaient à l’encontre de la croyance populaire. Ils indiquaient que le salaire, comme les bonis, n’a pas toujours d’impacts sur la performance et que travailler par intérêt et vocation rend plus heureux que de travailler pour l’argent.

Ça fait 20 ans que je suis un spécialiste de la rémunération et que je dis : l’argent, c’est important, c’est ce qui motive les gens. Avec unejobpourundon.ca, je viens dire l’inverse et je suis prêt à démontrer que la rémunération n’est pas un facteur décisionnel.

Éric Simoneau

En faisant ses recherches sur le changement de carrière, qu’il fait partager dans son magazine offert gratuitement à ericsimoneau.ca, l’ex-spécialiste a constaté que l’essentiel du message est souvent le même.

« Si je n’avais rien à perdre, s’il ne me restait qu’une année à vivre, qu’est-ce que je ferais ? », relate-t-il.

« Dans mon calcul de la recherche du bonheur, le risque est plus grand de ne pas l’essayer que de l’essayer », conclut celui qui ne peut s’empêcher de porter un regard cartésien sur un projet émotif.

Une certaine indépendance financière pour oser

Éric Simoneau est conscient qu’il faut une certaine préparation en amont pour oser changer de vie professionnelle sans véritable rétribution.

En lisant les derniers livres sur l’indépendance financière, Les millionnaires ne sont pas ceux que vous croyez, Liberté 45 et La retraite à 40 ans – Comment déjouer le système pour atteindre la liberté financière, le père de famille s’est rendu compte qu’il était déjà un « disciple », comme il dit, de cette façon de vivre en dessous de ses moyens.

« J’ai fait un travail préparatoire inconscient, constate-t-il. Ce qui fait qu’à 45 ans, comme le titre du livre, je suis dans le siège du conducteur et j’ai la possibilité de faire des choix de vie que je n’aurais pas eus avec une approche différente pour ce qui est de ma consommation. »

Sur son site internet, il nous invite à réfléchir aussi : « Êtes-vous en train “d’avancer”, même si c’est à contre-courant… ou avez-vous plutôt le sentiment étrange dereculer vers l’avant” ? », questionne-t-il. Parions qu’il ne fait plus partie de la deuxième catégorie.

> Consultez le site unejobpourundon.ca

> Consultez le magazine dÉric Simoneau