Le Grand Prix de Formule 1 du Canada a un nouveau promoteur : Bell.

Vincent Brousseau-Pouliot
Vincent Brousseau-Pouliot La Presse
Tommy Chouinard
Tommy Chouinard La Presse

Bell, plus importante entreprise de télécoms et de médias au pays, fait l’acquisition du Groupe de course Octane, de l’entrepreneur François Dumontier. Bell a aussi conclu avec la F1 une prolongation de contrat de deux ans pour demeurer le promoteur local du Grand Prix du Canada jusqu’en 2031. Bell et le Groupe de course Octane ont confirmé par communiqué de presse la transaction, d’abord révélée dans La Presse+ vendredi. Le montant de la transaction n’a pas été dévoilé.

Il s’agit d’une nouvelle importante sur la scène sportive québécoise. Avec cette transaction, Bell met la main sur l’un des évènements sportifs les plus importants et les plus prestigieux au pays. Et le Grand Prix — plus important évènement touristique au Canada avec des retombées économiques de 63 millions — bénéficiera de l’appui du plus grand conglomérat canadien de médias et de télécoms.

Depuis 2010, l’entrepreneur François Dumontier, propriétaire unique du Groupe de course Octane, était le promoteur local du Grand Prix du Canada. Il n’était toutefois associé à aucun grand conglomérat médiatique.

« Cette transaction confirme l’engagement de Bell à offrir le contenu le plus captivant sur toutes les plateformes tout en augmentant sa présence dans le paysage médiatique québécois par des investissements importants dans la culture, les sports et le divertissement. En tant qu’entreprise montréalaise et principal fournisseur de contenu sportif au Canada, Bell a hâte de voir le Grand Prix de retour à Montréal en 2022. Nous souhaitons la bienvenue à l’équipe du Groupe de course Octane, et nous avons hâte d’amplifier cet évènement emblématique de Montréal à long terme grâce au réseau de premier plan de Bell et à ses actifs de diffusion et numériques », a indiqué Karine Moses, présidente de Bell au Québec, par voie de communiqué.

« Il nous semblait naturel d’unir nos forces à Bell afin que l’évènement puisse atteindre son plein potentiel. Grâce aux actifs de Bell et à son engagement à développer l’évènement, l’avenir de la manche montréalaise du Championnat du monde de Formule 1 est encore plus radieux. Je suis reconnaissant d’avoir l’occasion de poursuivre ma passion avec la Formule 1 », a indiqué François Dumontier, par voie de communiqué.

Bell s’intéresse depuis longtemps à l’univers de la F1 et le connaît bien : l’entreprise détient déjà depuis des décennies les droits de télé de la F1 au Canada. Ses chaînes RDS et TSN diffusent la F1 respectivement depuis 1994 et 1992. En 2020, RDS et TSN ont renouvelé l’entente leur donnant les droits de diffusion exclusifs de la F1 au Canada jusqu’à la fin de la saison 2024.

« La nouvelle d’aujourd’hui à propos de l’investissement de Bell est très positive et assurera la croissance à long terme du Grand Prix, ce qui profitera au sport et à la ville de Montréal, parallèlement à l’excellent travail que François et son équipe accomplissent et continueront d’accomplir », a indiqué Stefano Domenicalli, président et chef de la direction de la F1.

La ministre du Tourisme du Québec Caroline Proulx s’est aussi réjouie de l’arrivée d’un « nouveau partenaire privé d’envergure comme Bell ».

François Dumontier reste en poste à long terme

Le promoteur François Dumontier suivra son entreprise chez Bell. En pratique, celui qui connaît bien les rouages et l’univers de la F1 depuis des décennies continuera à long terme son travail de promoteur local du Grand Prix du Canada. Tous les employés du Groupe de course Octane conservent leur emploi.

En fait, le Groupe de course Octane continuera d’être exploité comme une entreprise indépendante. Un peu comme Bell est déjà propriétaire minoritaire des studios MTL Grandé à Montréal, de MLSE (propriétaire des Maple Leafs et des Raptors de Toronto), des studios de cinéma Pinewood à Toronto et du Groupe Juste pour rire – toutes ces entreprises sont exploitées de façon indépendante. La seule différence : Bell a acquis 100 % du Groupe de course Octane.

Remboursement des billets

Avec l’annulation du Grand Prix en 2020 et en 2021 en raison de la pandémie, le Groupe de course Octane n’a pu tirer de revenus de la course de F1 depuis deux ans. Les détenteurs de billets pour l’édition 2020 pourront les conserver pour l’édition 2022, ou encore être remboursés s’ils préfèrent cette option.

Quand la F1 est revenue à Montréal en 2010 après un an d’absence, c’est François Dumontier, longtemps l’un des lieutenants du promoteur Normand Legault, qui est devenu le promoteur local du Grand Prix.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

François Dumontier, propriétaire du Groupe de course Octane

Le Groupe de course Octane a organisé la course de 2010 à 2019. Il avait un contrat avec la F1, distinct de celui liant les différents ordres de gouvernement, pour être le promoteur local jusqu’en 2029. Bell et le Groupe de course Octane annonceront ce vendredi avoir obtenu une prolongation de deux ans.

Comme promoteur du Grand Prix, Bell/Groupe de course Octane couvre les dépenses d’organisation du Grand Prix et touche les revenus locaux de l’évènement (par exemple, les revenus des billets et ceux de la vente de nourriture et de boissons sur le site). Il doit partager un certain pourcentage de ses revenus locaux avec la F1. Il ne touche rien des revenus mondiaux (comme les droits télé).

Le promoteur local n’est pas partie prenante du contrat entre la F1 et les gouvernements, qui paient des droits annuels à la F1 pour pouvoir présenter un Grand Prix à Montréal. Ce contrat entre la F1 et les gouvernements vient d’être prolongé cette semaine pour une période de deux ans lui aussi : Ottawa, Québec et Montréal paieront à la F1 (Liberty Media) 25 millions en 2030 et 26 millions en 2031. Le promoteur local ne touche pas cet argent.

Rivalité avec Québecor

En faisant l’acquisition du Groupe de course Octane, Bell fait d’une pierre deux coups : l’entreprise met la main sur un évènement sportif majeur et dame le pion en F1 à son grand rival Québecor.

Au Québec, Bell et Québecor se livrent une concurrence féroce dans le milieu des médias, des télécoms et de l’industrie du divertissement. Québecor a une valeur en Bourse de 8,3 milliards, comparativement à 52,5 milliards pour Bell. Les activités de l’entreprise dirigée par Pierre Karl Péladeau sont concentrées presque uniquement au Québec, alors que Bell fait des affaires partout au Canada.

Depuis un an, Bell a une chaîne de télé généraliste francophone, Noovo, pour faire concurrence à Québecor, plus important groupe de médias au Québec, tant au petit écran (Groupe TVA) que dans les médias d’information (Le Journal de Montréal, par exemple).

Bell est aussi actionnaire minoritaire du Groupe CH, géant du divertissement au Québec. Le Groupe CH est propriétaire de l’équipe de hockey du Canadien de Montréal, du Centre Bell, de l’Équipe Spectra et du promoteur de spectacles evenko. Il gère nombre de salles de spectacle et de festivals (dont le Festival international de jazz de Montréal) et détient aussi des festivals (comme Osheaga). Ensemble, Bell et le Groupe CH possèdent aussi 51 % du Groupe Juste pour rire.

Autant le Groupe CH et Bell sont importants dans le milieu du divertissement à Montréal, autant Québecor l’est à Québec, en exploitant le Centre Vidéotron, la Baie de Beauport et Le Capitole. Québecor est aussi un acteur majeur en musique (Musicor) et détient deux équipes de hockey junior et un promoteur de spectacles, Gestev, établi à Québec.