Transat devra annoncer jeudi matin des mesures lui permettant d’éviter de se trouver en défaut de ses obligations.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

La direction en profitera pour faire le point sur la situation du financement alors qu’elle poursuit ses efforts visant à redémarrer les activités et à rebâtir l’entreprise.

Transat aura attendu à la toute dernière minute pour annoncer de nouvelles mesures, car la suspension temporaire de l’application de certains ratios financiers sur sa facilité de crédit rotatif et sur sa nouvelle facilité de crédit à court terme prend fin jeudi, après quoi, en l’absence d’une prolongation, Transat peut se retrouver en défaut et être confrontée à la déchéance du terme de ses emprunts.

Ces mesures sont d’autant plus importantes qu’avec la campagne de vaccination qui progresse, l’entreprise se prépare à la période de reprise pour l’été, et surtout l’hiver prochain.

Transat, qui soutient avoir besoin d’au moins un demi-milliard de dollars pour terminer l’année, se réjouissait il y a deux semaines de l’aide de près de six milliards accordée à Air Canada par Ottawa, et disait être près d’une entente avec le gouvernement fédéral.

Le plan d’aide annoncé prévoyait notamment l’achat par Ottawa de 21,5 millions d’actions d’Air Canada – l’équivalent d’une participation de 6 % dans le transporteur aérien montréalais – et l’émission par Air Canada de 14,6 millions de bons de souscription pouvant hausser la participation du fédéral dans Air Canada à plus de 10 %.

Ce montage financier laissait croire que le fédéral pourrait également prendre une participation en actions dans Transat.

L’annonce de jeudi matin arrive alors que le voyagiste montréalais tiendra le jour même l’assemblée annuelle de ses actionnaires. Ces derniers pourront interroger les dirigeants pour obtenir des réponses à leurs questions.

Des commentaires sur l’intérêt porté par Pierre Karl Péladeau ou d’autres investisseurs potentiels seront formulés. Rappelons que Pierre Karl Péladeau, par l’entremise de sa société de gestion personnelle, a présenté à Transat cet hiver une proposition d’achat à un prix de 5 $ par action.

Les seuls actionnaires détenteurs de 10 % ou plus des actions de Transat sont le gestionnaire d’actifs montréalais Letko Brosseau, avec 12,7 % des actions, et le Fonds de solidarité FTQ, avec une participation de 11,6 %.

Peter Letko souhaite d’abord et avant tout que Transat trouve du financement et demeure inscrite en Bourse. « Si c’est nécessaire de mettre encore de l’argent dans la compagnie, nous serons heureux de le faire. Dans le cadre, par exemple, d’une émission de droits où tous les actionnaires peuvent participer au même prix », dit-il.

Au début du mois, Transat et Air Canada ont annoncé la résiliation de leur convention d’arrangement en disant avoir conclu que l’approbation de la Commission européenne ne serait pas obtenue.

En réaction, l’analyste Benoit Poirier, de Valeurs mobilières Desjardins, soulignait que WestJet (propriété du conglomérat ontarien Onex) pourrait être un candidat approprié pour acquérir Transat compte tenu de la complémentarité de ses activités.

La pandémie, lourde en conséquences

La pandémie a un effet dévastateur sur Transat. À la suite des mesures annoncées par le fédéral, les activités du voyagiste demeurent suspendues.

Jusqu’au début de mars 2020, Transat était sur la voie d’un retour à la rentabilité, ou à tout le moins à l’équilibre pour la saison d’hiver, après de nombreuses pertes pendant cette période.

Selon le grand patron Jean-Marc Eustache, les changements mis en œuvre (coûts, flotte, gestion du revenu) semblaient commencer à porter leurs fruits.

La crise sanitaire a forcé Transat à prendre des mesures pour diminuer ses coûts et protéger sa trésorerie. L’entreprise a mis à pied temporairement jusqu’à 85 % de son effectif et a ultimement procédé à des licenciements.

Les résultats de début d’exercice de Transat présentés le mois dernier – perte nette ajustée de 109 millions pour les mois de novembre, décembre et janvier – traduisent bien le choc causé par la pandémie.

Les prochains résultats trimestriels de Transat sont attendus le 10 juin.

L’action de Transat est restée stable mercredi pour clôturer à 4,53 $ à la Bourse de Toronto. Le titre affiche un recul de 18 % jusqu’ici cette année et accuse une baisse d’environ 75 % depuis son sommet de 17 $ atteint il y a deux ans.