(Calgary) Les expéditeurs de chemins de fer ont une opinion beaucoup plus négative de l’offre de la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN) pour acquérir Kansas City Southern que de l’offre concurrente du Chemin de fer Canadien Pacifique (CP), selon les résultats d’un « sondage éclair » publiés vendredi par un analyste financier américain.

Dan Healing
La Presse Canadienne

« Notre sondage éclair mené auprès des expéditeurs de chemins de fer montre que le CN aura probablement plus de difficultés à faire appuyer son projet d’acquisition de KCS par ses expéditeurs », a affirmé l’analyste Jason Seidl, de la banque d’affaires Cowen, dans un rapport.

« Cela se compare à une opinion plus favorable des expéditeurs pour une acquisition de KCS par le CP dans notre dernière enquête. Vingt pour cent des expéditeurs interrogés ont indiqué qu’un regroupement CN-KCS leur ferait perdre une option de transport ferroviaire, un nombre plus élevé que nous ne l’aurions pensé. »

L’enquête menée auprès de plus de 100 expéditeurs sur une période de 24 heures a montré que 25 % avaient une opinion positive de la transaction CN, tandis que 45 % avaient une opinion négative et que 30 % n’avaient pas d’opinion sur le sujet, note le rapport.

Une enquête antérieure similaire avait révélé que 44 % des répondants avaient une opinion positive de l’accord conclu entre le CP et KCS, tandis que 18 % avaient une opinion négative.

Dans le plus récent sondage, les expéditeurs se sont prononcés à 36 % en faveur du CP, mais presque autant de répondants, soit 34 % d’entre eux, ont affirmé que la meilleure option serait que KCS poursuive ses activités en tant que transporteur ferroviaire indépendant. Seulement 16 % voulaient voir le CN réussir son projet d’acquisition.

Nouvelle lettre du CN au STB

Pendant ce temps, le ton continue de monter entre le Canadien National, établi à Montréal, et le Canadien Pacifique, de Calgary. Le CN a annoncé mardi qu’il présentait une offre d’achat en espèces et en actions évaluée à 33,7 milliards US pour acquérir KCS, établie à Kansas City, dans le Missouri. Sa proposition s’oppose à celle présentée le mois dernier par le CP, évaluée à 25 milliards US.

Le CN a annoncé vendredi avoir déposé une lettre auprès de l’organisme de réglementation américain qui régit les fusions de chemins de fer, dans laquelle elle fait valoir que son offre pour KCS est « bénéfique pour la concurrence » et qu’elle représente l’intérêt de ses clients.

Le CN a également affirmé que sa missive visait à « corriger les déclarations trompeuses » contenues dans une lettre que son rival, le Chemin de fer Canadien Pacifique (CP), a envoyée jeudi au Surface Transportation Board (STB) des États-Unis, dans laquelle il a de nouveau reproché à l’offre du CN d’être « illusoire » et « anticoncurrentielle ».

« Le CN est convaincu que KCS reconnaîtra la valeur de la proposition du CN et choisira de s’associer au CN », dit la lettre du CN.

« Cette décision appartient au KCS et à ses actionnaires. En vertu des modalités de l’entente de fusion KCS-CP, le CP peut présenter une contre-offre concurrentielle s’il le désire et exposer au KCS les raisons pour lesquelles cette contre-offre est plus avantageuse. »

Le CP insiste sur le fait qu’une fusion CN-KCS ne peut pas être approuvée parce que le CN est beaucoup plus grand que le CP, et que son réseau se chevauche davantage avec celui de KCS. De son côté, le CN assure que son offre est « supérieure » tant pour les investisseurs que pour les expéditeurs, et qu’elle représente ainsi l’intérêt général.

Le CP a indiqué vendredi dans un communiqué que 416 expéditeurs et parties prenantes avaient signifié leur appui à son offre auprès du STB.

Dans sa lettre de vendredi, le CN dit avoir parlé à de nombreux clients et autres intervenants depuis l’annonce de son offre et affirme que plusieurs d’entre eux veulent écrire des lettres d’appui que le CN partagera avec le STB « au cours des prochains jours ».

Les deux chemins de fer ne s’entendent même pas sur la taille d’un éventuel regroupement entre le CN et KCS. Le CN dit que cette transaction ferait de lui le cinquième plus grand chemin de fer de classe 1 (en ne comptant que les activités américaines régies par le STB), tandis que le CP dit que le CN deviendrait plutôt le troisième plus grand en comptant les revenus de tous les actifs au Canada, au Mexique et aux États-Unis.

Les actifs ferroviaires de KCS au Mexique en font depuis longtemps une cible de rachat convoitée.