La Banque Laurentienne a reçu une dose d’amour jeudi sur Bay Street, qui a fait bondir son action à la Bourse de Toronto.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Le titre de l’institution financière du Québec a touché jeudi son plus haut niveau des 52 dernières semaines après avoir gagné l’appui de RBC Marchés des capitaux.

L’action de la Laurentienne s’est appréciée de 5,6 %, à 42,48 $.

Darko Mihelic, de RBC, devient le premier analyste depuis longtemps à recommander l’achat de l’action de la Laurentienne. Les neuf autres analystes qui assurent une couverture officielle de la banque suggèrent toujours de se défaire du titre ou de le conserver.

Darko Mihelic soutient que la révocation de l’accréditation syndicale est un « élément déclencheur » qui devrait mener à une réévaluation supérieure de l’action de la banque.

« La décertification du syndicat rend la transformation de la banque plus facile, souligne Darko Mihelic. Le syndicat avait amené plusieurs défis à relever à la banque. Les négociations avec le syndicat accaparaient beaucoup le temps de la haute direction et les menaces passées de conflit de travail ont nui aux activités de la banque. »

Cet expert indique aussi que la banque avait l’intention d’apporter des modifications à certains postes et que le syndicat semblait moins flexible ou disposé à accepter ces changements.

« La nouvelle PDG, Rania Llewellyn, peut maintenant travailler avec plus de liberté que ses prédécesseurs, et la direction peut se concentrer davantage sur les activités et moins sur les questions syndicales. »

Une cible d’acquisition

De plus, dit-il, l’absence d’un syndicat à la banque risque d’augmenter les probabilités de voir la Laurentienne achetée. Aucun acquéreur n’aurait voulu faire une offre d’achat dans le passé en raison de la présence d’un syndicat, précise-t-il.

Selon lui, d’autres banques ou entreprises de services financiers pourraient vouloir l’acquérir en raison de la taille plus petite de la Laurentienne et des possibles synergies à réaliser.

Il ajoute que la valeur actuelle de la Laurentienne, inférieure à la valeur de ses actifs tangibles, est un autre facteur qui rend une transaction intéressante. Darko Mihelic s’attend d’ailleurs à ce que l’évaluation boursière de la banque reflète éventuellement cette possibilité.

Voilà pourquoi il recommande désormais à ses clients d’acheter l’action de la Laurentienne. Il fixe son cours cible à 49 $ parce que, selon lui, l’action de la banque devrait au minimum s’échanger en ligne avec la valeur de ses actifs tangibles en l’absence d’un syndicat au sein de l’organisation.

Après avoir perdu 30 % de sa valeur en 2020, l’action de la Laurentienne a rebondi d’environ 36 % depuis le 1er janvier. Même avant le bond enregistré jeudi, l’action était en forte hausse cette année pour plusieurs raisons.

D’abord, le secteur bancaire dans son ensemble a été tiré vers le haut en février avec la présentation de résultats trimestriels intéressants par les grandes banques canadiennes. Et sans être extraordinaires, les résultats présentés par la Laurentienne ont été plutôt bien accueillis par les investisseurs. Il y a aussi eu le vote des syndiqués le mois dernier pour la désyndicalisation. Et finalement, la couverture de positions à découvert par des spéculateurs a également pu contribuer à alimenter la progression du titre.

La Laurentienne est dirigée depuis octobre par Rania Llewellyn, qui travaillait auparavant à la Scotia. Elle a pris la relève de François Desjardins, qui est parti en milieu d’année l’an passé après avoir lancé un ambitieux plan de transformation il y a six ans. Ce plan oriente la Laurentienne vers le conseil financier et les services numériques. Le nombre de succursales est passé de 150 il y a six ans à une soixantaine aujourd’hui.

Rania Llewellyn a déjà annoncé plusieurs changements organisationnels, mais n’a toujours pas précisé quelle orientation stratégique elle souhaitait donner à l’institution financière.