La possibilité d’une surenchère des offres d’achat pour le transporteur ferroviaire américain Kansas City Southern (KCS) entre les rivaux Canadien National et Canadien Pacifique a de quoi préoccuper leurs actionnaires, de l’avis d’analystes.

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

Le Canadien National (CN) a dévoilé mardi une offre d’achat en espèces et en actions évaluée à 33,7 milliards de dollars américains pour acquérir KCS, dépassant ainsi une première offre faite le mois dernier par le Canadien Pacifique (CP), évaluée à 25 milliards US.

En réaction à l’ampleur de cette offre, mardi, les investisseurs en actions du CN avaient laissé choir leur valeur boursière de 6 %, à 138,85 $. Cette tension baissière s’est poursuivie mercredi avec un repli additionnel de 0,2 %, à 138,59 $.

Pendant ce temps, du côté des investisseurs en actions du CP, le repli de 2,2 % en Bourse déclenché mardi par l’annonce de l’offre concurrente du CN pour KCS s’est poursuivi mercredi avec un repli additionnel de 0,8 %, à 444 $ par action.

En deux séances, les investisseurs en actions du CN et du CP rendus nerveux par le risque d’une surenchère coûteuse ont retranché l’équivalent de 8 milliards de dollars à la capitalisation boursière combinée des deux géants ferroviaires canadiens.

Mais du point de vue d’analystes, cette appréhension des investisseurs est-elle justifiée ?

« Je m’attends à ce que le CP réponde à l’offre du CN, après quoi je m’attendrais à ce que le CN réplique avec une offre encore plus élevée », indique l’analyste Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale, dans une note à ses clients investisseurs.

« Si le CP devait égaler la valeur totale de l’offre du CN, avec un ajout de 4,7 milliards US en espèces et en actions du CP, j’estime que l’apport de cette acquisition aux profits futurs du CP serait réduit de 15 % à 10 % environ, explique l’analyste. Par contre, même si le CP augmentait son offre pour KCS, les dirigeants du CN ont déjà laissé entendre qu’ils étaient prêts à payer un prix encore plus élevé, si nécessaire. »

Entre-temps, ajoute M. Doerksen, « bien que je voie la justification stratégique pour le CN d’acquérir KCS, je crois également que le CN est désireux d’empêcher le CP d’acquérir KCS parce qu’une éventuelle combinaison du CP avec KCS représenterait une plus grande menace concurrentielle pour le CN, en particulier pour le trafic intermodal nord-sud. »

« Le CP peut-il égaler l’offre [du Canadien National] pour KCS ? En tout cas, c’est ce que suggère mon analyse de l’apport de cette acquisition aux futurs résultats du CP », signale pour sa part l’analyste Benoit Poirier, de Desjardins Marché des capitaux, dans un rapport à ses clients investisseurs.

En supposant que le CP réponde à l’offre actuelle du CN de 316,70 $ US par action de KCS en augmentant la partie en espèces de son offre de 52 $ US par action, j’estime que l’accroissement du bénéfice par action ajusté diminuerait à 11 % d’ici 2025, contre 14 % prévus dans l’offre initiale.

Benoit Poirier, analyste chez Desjardins Marché des capitaux

Par conséquent, poursuit l’analyste montréalais, « bien qu’il soit encore difficile d’évaluer si le CP devra répliquer pleinement à l’offre du CN pour que sa proposition soit considérée comme supérieure, mon analyse de rentabilité future démontre qu’il serait toujours logique que le CP le fasse ».

De l’avis de l’analyste Konark Gupta, de Scotia Capital à Toronto, « le CP pourrait être limité dans sa capacité à soutenir une éventuelle guerre d’enchères avec le CN pour l’achat de KCS, à moins que le CP accepte de compromettre ses objectifs en matière d’apport à ses profits futurs et de gestion de son endettement ».

Néanmoins, estime M. Gupta, « le CP a une chance équitable de gagner la guerre des offres pour KCS si les actionnaires de ce dernier privilégient le potentiel supérieur d’ajout de valeur à long terme plutôt qu’un gain à court terme encaissé en espèces ».