La firme d’ingénierie SNC-Lavalin est désormais soulagée de la sanction d’exclusion de la Banque mondiale qui pesait sur elle depuis 2013, à la suite d’affaires de corruption survenues au Bangladesh et au Cambodge.

Martin Vallières
Martin Vallières La Presse

Cette décision de la plus grande institution internationale de financement de projets d’envergure dans les pays en développement survient avec deux ans d’avance sur l’échéancier initial de 10 ans pour la sanction d’exclusion qui avait été imposée à SNC-Lavalin.

Avec l’abrogation de cette sanction, la multinationale dont le siège est à Montréal pourra recommencer à soumissionner dans le marché multimilliardaire des projets d’infrastructures et des grands travaux publics dans les pays en développement.

« C’est une bonne nouvelle pour le processus de rédemption de SNC-Lavalin, tant sur les marchés internationaux qu’à l’interne pour le moral des employés. Toutefois, il ne s’agit que d’un bloc additionnel dans la reconstruction de la réputation d’affaires de SNC-Lavalin », a commenté Louis Hébert, professeur de stratégie d’entreprise et directeur des programmes MBA à HEC Montréal.

« Avec cette décision de la Banque mondiale, poursuit le professeur, SNC-Lavalin pourrait évoluer d’une situation de réputation entachée vers une situation de réputation neutre sur l’avis d’une institution internationale reconnue. Il n’empêche que SNC-Lavalin aura encore beaucoup à démontrer afin de retrouver une situation de réputation positive dans les milieux d’affaires et gouvernementaux, ainsi que dans l’opinion publique. »

Peu d’enthousiasme sur les marchés

En Bourse, mardi, les investisseurs en actions de SNC-Lavalin ont accueilli sans grand enthousiasme l’annonce de la levée des sanctions de la Banque mondiale.

Après avoir été en repli durant plusieurs heures, la valeur boursière de SNC-Lavalin a terminé la journée en très faible hausse de 0,3 %, à 27,30 $ par action.

En contexte, cette valeur d’actions pour SNC-Lavalin demeure inférieure de moitié à son niveau d’il y a trois ans, en avril 2018, ainsi qu’à sa valeur moyenne des années antérieures.

De l’avis de l’analyste Sabahat Khan, de RBC Marchés des capitaux, l’annonce de la Banque mondiale à l’égard de SNC-Lavalin témoigne favorablement des progrès réalisés par la multinationale en matière d’intégrité.

L’effet financier de cette décision sur les perspectives d’affaires de SNC-Lavalin s’annonce relativement faible.

Dans une note à ses clients investisseurs, l’analyste de RBC rappelle qu’avant sa radiation en 2013, les revenus générés par des projets financés par la Banque mondiale ne représentaient qu’environ 1 % de l’ensemble du chiffre d’affaires annuel de SNC-Lavalin.

Une question d’image

Interrogé par La Presse Canadienne, le directeur général de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP), François Dauphin, a indiqué que la décision de la Banque mondiale aura un plus grand effet sur l’image de marque de SNC-Lavalin que sur sa situation financière.

« L’entreprise a souffert énormément dans les dernières années. Elle avait récupéré une partie de sa réputation, mais pas partout. À certains endroits au pays, il faut encore la rétablir », selon M. Dauphin.

Au moment de sévir contre SNC-Lavalin et une centaine de ses filiales, en 2013, la Banque mondiale avait souligné que la radiation de 10 ans constituait la « plus longue période d’exclusion jamais fixée ».

Cette période de radiation a finalement été réduite à huit ans puisque la firme a répondu aux exigences de l’institution internationale en matière de conformité.

Selon un porte-parole de la Banque mondiale, l’évaluation du Bureau indépendant de conformité de l’institution a établi que « SNC-Lavalin a rempli ses obligations en vertu de l’accord [de 2013] et les sanctions imposées ont été levées le 17 avril ».

Pour le PDG, l’occasion d’une « réflexion honnête »

De l’avis du président et chef de la direction de SNC-Lavalin, Ian L. Edwards, l’entreprise a « fait ses devoirs » depuis 10 ans pour s’extirper de cette situation embarrassante.

« Sur une période de près de 10 ans, notre évolution a pris la forme d’une réflexion honnête, d’un travail acharné et d’un engagement soutenu par et envers tous nos employés menant à l’intégration de pratiques exemplaires en matière d’intégrité », indique M. Edwards dans le communiqué annonçant la levée des sanctions de la Banque mondiale.

Rappelons que parallèlement à ses démêlés avec la Banque mondiale, SNC-Lavalin avait écopé au Canada d’une amende de 280 millions après que l’une de ses divisions eut plaidé coupable à une accusation de fraude pour des gestes faits en Libye entre 2001 et 2011.

En échange, il y avait eu un arrêt du processus judiciaire à l’égard d’autres divisions de SNC-Lavalin relativement aux accusations déposées en 2015 par la Gendarmerie royale du Canada. Cette entente permettait d’éviter à l’entreprise d’être écartée des contrats du gouvernement fédéral pour une période pouvant aller jusqu’à 10 ans.

Elle a été abrogée après cinq ans, en décembre dernier, après qu’un contrôleur indépendant nommé par le gouvernement fédéral a constaté la bonne conformité de SNC-Lavalin.

— Avec Refinitiv et La Presse Canadienne