Accroître de 35 % l’entrepreneuriat féminin d’ici 10 ans
aurait des avantages économiques considérables pour le Québec, révèle une étude présentée mercredi par Femmessor et la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

Si le nombre d’entreprises détenues par des femmes au Québec passait de 33 500 à 45 200, une augmentation de 35 % en 10 ans, cela permettrait de générer de 21 000 à 45 000 emplois supplémentaires. L’impact sur la masse salariale se chiffrerait de 911,2 millions à 1955 millions, selon le rapport.

L’étude présentée par Femmessor et la Chambre de commerce du Montréal métropolitain est costaude. Elle regroupe des données du milieu des affaires, d’organismes de soutien, des résultats de l’étude de Saba & Cachat-Rosset (2021), ceux d’une enquête réalisée par Femmessor et la Chaire en diversité et gouvernance de l’Université de Montréal auprès de 642 personnes entrepreneures et une revue de la littérature internationale.

« À ma connaissance, il n’y a pas eu d’études faites de cette nature-là au cours des dernières années », a déclaré au cours d’une conférence de presse Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

32 % plus de femmes propriétaires d’entreprise en trois ans

Actuellement au Québec, les femmes ne détiennent que 25,2 % des entreprises constituées en société avec employés. Toutefois, ce nombre a été atteint avec le grand engouement des femmes pour l’entrepreneuriat au cours des trois dernières années, qui a connu une croissance de 32 % de 2017 à 2019 – contre 3,7 % chez les hommes.

Ce qu’on retient de toute cette étude, ce sont les avancées importantes que les femmes ont faites dans les dernières années. Elles sont trois fois plus nombreuses qu’il y a 10 ans à avoir l’intention de se lancer en affaires.

Sévrine Labelle, PDG de Femmessor, lors de la conférence de presse

Les experts qui ont réalisé l’étude ont élaboré une modélisation économique pour évaluer les impacts d’un plus grand nombre de femmes entrepreneures.

Si le Québec voulait avoir la parité dans 10 ans, il y aurait des défis majeurs presque impossibles à surmonter, note le rapport, à cause du nombre d’employés qu’il faudrait pour répondre aux besoins de main-d’œuvre de 66 200 entreprises. « Ce qui veut donc dire qu’il y aurait soit de la destruction d’entreprises masculines, parce qu’il n’y aurait pas assez de main-d’œuvre, ou bien il y aurait simplement impossibilité mathématique », explique Michel Leblanc.

Le rapport indique que « cette augmentation provoquerait un bouleversement sur le plan des salaires et des chaînes d’approvisionnement, surtout si les entreprises créées sont concentrées au sein de certains secteurs ».

Ce qui amène à la conclusion qu’il faut fixer des objectifs ambitieux, mais atteignables, croient Femmessor et la Chambre. Le scénario le plus réaliste serait d’atteindre 34 % d’entreprises à propriété féminine dans 10 ans, un accroissement de 35 %, et la zone paritaire seulement dans 15 ans.

L’étude révèle aussi que les entreprises détenues par les immigrants sont plus susceptibles d’afficher un fort taux de croissance. De plus, si elles étaient réparties dans des secteurs à plus haute valeur ajoutée, leur chiffre d’affaires serait plus élevé de 558 500 $ en moyenne, ce qui générerait davantage d’emplois pour les membres de minorités ethnoculturelles, conclut le rapport.