(Ottawa) Après des mois de négociations, le gouvernement fédéral a conclu une entente d’aide financière de près de 6 milliards avec le transporteur Air Canada, en grande partie sous forme de prêts. En vertu de cet accord, les clients dont les vols ont été annulés en raison de la pandémie pourront obtenir un remboursement.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
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Selon cette entente, Air Canada obtient d’Ottawa un prêt remboursable de quatre milliards de dollars par l’entremise de la Corporation de financement d’urgence d’entreprises du Canada (CFUEC). En outre, le gouvernement fédéral, toujours par l’entremise de la CFUEC, achète des actions totalisant 500 millions de dollars avec droit de vote de catégorie B qui viennent d’être émises par Air Canada à un taux d’escompte de 15 % par rapport à leur cours de négociation récent.

Finalement, la CFUEC fournira un prêt supplémentaire de 1,4 milliard de dollars afin d’aider Air Canada à rembourser les voyageurs. Les agents de voyage pourront participer au traitement des remboursements de billets qu’ils ont vendus, mais ils ne seront pas tenus de rembourser leur commission à Air Canada. Les remboursements des billets devraient se mettre en branle à partir du 30 avril.

Les remboursements seront offerts aux voyageurs qui ont acheté un billet le 22 mars 2020 ou avant pour des vols prévus après le 1er février 2020 si le vol a été annulé par les clients ou par la compagnie. Des remboursements seront aussi offerts à ceux qui ont acheté des billets après le 22 mars 2020 si le vol a été annulé par la compagnie.

Les détails de cette entente « historique » ont été annoncés lundi soir par la ministre des Finances Chrystia Freeland et le ministre des Transports Omar Alghabra.

« C’est une bonne entente pour le Canada. Et c’est une bonne entente pour les Canadiens aussi », a avancé la ministre Freeland en conférence de presse.

Le plan d’aide s’articule autour de quatre « conditions strictes » afin de protéger les voyageurs, les contribuables, et les employés d’Air Canada, a tenu à souligner la ministre.

Ainsi, le transporteur devra s’assurer :

1. Que les liaisons aériennes entre les communautés régionales et le reste du pays qui ont été suspendues soient rétablies au plus tard le 1er juin ;

2. Que tout client d’Air Canada qui demande un remboursement soit remboursé pour certaines annulations liées à la pandémie ;

3. Que les emplois du secteur aérien, les pensions et les conventions collectives soient protégés ;

4. Qu’Air Canada demeure un client du secteur aérospatial canadien.

En outre, les émoluments de l’ensemble des dirigeants d’Air Canada, y compris le président, seront plafonnés à un million de dollars par année, et cela tant que la compagnie n’aura pas remboursé son prêt.

Il est essentiel que nous maintenions des liens entre les gens et nos communautés, petites ou grandes. Il est important de protéger les clients canadiens. Notre priorité consiste à assurer la compétitivité du secteur aérien canadien et des compagnies aériennes canadiennes ainsi qu’à protéger des milliers de bons emplois de ce secteur.

Chrystia Freeland, ministre des Finances, dans un communiqué

Le programme procurera au transporteur « un niveau de protection important », lui permettra de « résoudre le remboursement aux clients de billets non remboursables », de maintenir ses effectifs et « revenir sur les marchés régionaux », a déclaré dans un communiqué Michael Rousseau, PDG d’Air Canada.

De plus, le coup de pouce fédéral fournit « les liquidités supplémentaires dont nous pourrions avoir besoin pour rebâtir notre entreprise dans l’intérêt de toutes les parties prenantes et pour continuer à contribuer largement à l’économie canadienne durant la reprise et à long terme », a-t-il ajouté.

« À l’heure où la campagne de vaccination s’accélère, nous continuons de travailler avec le gouvernement du Canada à l’évolution de mesures de dépistage et d’atténuation de la quarantaine sûres et fondées sur des données scientifiques dans l’optique de relancer notre secteur en toute sécurité », a indiqué M. Rousseau.

L’entente a eu un effet immédiat sur le secteur aéronautique : Air Canada entend maintenir sa commande restante d’A220 d’Airbus assemblés à Mirabel. En novembre dernier, Air Canada avait annulé 12 des 45 commandes fermes d’A220 d’Airbus. Ces 12 commandes ne seront pas réactivées. Des 33 autres, 19 avaient déjà été livrés à la fin mars.

Le PDG Airbus Canada, Philippe Balducchi, s’est félicité de l’entente.

Nous saluons ce geste du gouvernement du Canada pour son industrie du transport aérien. À plusieurs reprises, nous avons demandé de telles actions. Nous espérons que ce n’est pas la fin de l’effort pour soutenir le secteur qui est profondément touché par la pandémie de la COVID-19.

Philippe Balducchi, PDG Airbus Canada

Et les autres compagnies dans tout ça ? Des négociations sont en cours avec d’autres transporteurs canadiens, notamment WestJet, pour déterminer le soutien financier qu’ils pourraient recevoir, a-t-on souligné au cabinet de la ministre Freeland.

« Toute entente conclue comprendra une exigence stipulant que la compagnie aérienne devra également rembourser les passagers pour des annulations liées à la pandémie. Dans l’éventualité où la compagnie n’aurait pas besoin d’un soutien à la liquidité du gouvernement, le gouvernement demeure prêt à aider toutes les compagnies aériennes à rembourser les bons de voyage de leurs clients », est-il précisé.

Cela fait des mois que le gouvernement Trudeau planche sur une stratégie pour voler au secours du secteur aérien canadien. Le Canada demeurait, jusqu’à lundi, le seul pays du G7 à ne pas avoir débloqué une aide spécifique pour l’industrie aérienne.

En janvier dernier, alors que le fédéral resserrait les mesures de quarantaine pour les voyageurs aériens, les transporteurs avaient suspendu certains vols vers les destinations soleil.

Plusieurs dizaines de milliers de licenciements ont eu lieu chez les principaux transporteurs depuis le début de la crise sanitaire à la suite de l’imposition de restrictions visant à limiter la propagation du nouveau coronavirus, ce qui a fait plonger la demande.