« Je préfère qu’on se cannibalise plutôt que de se faire cannibaliser. » C’est ainsi que le PDG de BRP présente le raisonnement derrière l’investissement de 300 millions devant permettre l’électrification de tous les produits récréatifs de l’entreprise de Valcourt d’ici cinq ans.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

José Boisjoli ne veut cependant pas préciser quel sera le premier produit ou modèle électrique à faire son apparition sur le marché d’ici deux ans. « On ne veut pas le télégraphier tout de suite à nos concurrents », dit-il.

« On est le seul manufacturier dans notre industrie à avoir annoncé l’électrification de toutes ses gammes de produits. Tout va y passer, dit José Boisjoli. Que ce soit la motoneige, la motomarine, les véhicules tout-terrain, les véhicules côte à côte, les véhicules trois roues, les bateaux et les pontons. »

Sur les 300 millions débloqués sur cinq ans pour l’électrification, 180 millions seront investis au Québec, soutient le PDG. « Nous allons ainsi créer 160 emplois qualifiés d’ici 18 mois, dont 110 au Québec. »

BRP a décidé de concevoir sa propre technologie de propulsion électrique, et même si tous les produits seront électrifiés, José Boisjoli soutient qu’il y aura toujours de la place pour les modèles à combustion. « Beaucoup de chasseurs utilisent nos VTT et nos côte à côte pour aller passer une semaine très loin en forêt, où il est impensable de trouver des bornes de recharge », explique-t-il.

La stratégie vise à élargir le marché. « On veut créer des véhicules qui vont plaire à nos clients actuels, mais aussi à de nouveaux clients parce qu’il y a un attrait à conduire un véhicule électrique. »

Pour les motomarines, par exemple, José Boisjoli souligne que la réglementation empêche les moteurs à combustion sur plusieurs lacs. La motomarine électrique permettra donc l’accès à de nouveaux espaces.

La mise à jour de la stratégie de BRP est dévoilée alors que l’électrification des transports est un thème à la mode et que le constructeur montréalais de véhicules récréatifs 100 % électriques Taiga Motors annoncera vendredi matin qu’il ouvrira une usine de production à Shawinigan.

Prévisions robustes

BRP a par ailleurs présenté jeudi une performance financière de fin d’exercice épatante et des prévisions robustes pour les prochains mois. Le bénéfice par action de 1,82 $ pour les mois de novembre, décembre et janvier a surpassé le consensus des analystes, qui s’élevait à 1,67 $.

José Boisjoli qualifie de « sans précédent » la demande pour les produits BRP et s’attend à ce que le contexte demeure favorable. BRP prévoit une croissance des revenus de 25 % à 30 % pour l’exercice financier qui débute et une croissance de ses profits par action de 35 % à 48 %.

Signe de la force de la demande, le PDG soutient que plus de 50 % de la production des motomarines BRP pour cette année en Amérique du Nord est déjà vendue. « C’est du jamais vu. C’est un record », dit-il.

La reprise éventuelle des voyages une fois la pandémie terminée ne semble pas trop préoccuper José Boisjoli. « Si j’écoute les experts, tout le monde parle de deux à quatre ans avant un retour à la normale. Beaucoup de gens voient ça comme un élément négatif et disent que les gens vont voyager au lieu d’acheter des véhicules récréatifs. On voit ça différemment. Notre travail est de fidéliser les nouveaux clients des derniers mois qui ont épuisé les stocks des concessionnaires et des manufacturiers », dit-il.

« On a la chance comme industrie de repenser nos façons de faire et de mieux servir nos clients. Si la personne qui vient de se procurer une motomarine est satisfaite de son achat, elle va peut-être acheter une motoneige, un VTT et un trois-roues. On encourage un nouveau client à faire l’essai d’autres produits et on tente de le renseigner sur les randonnées qu’il peut faire. »

L’action de BRP s’est appréciée de 3 % à 102,27 $, jeudi à Toronto. Le titre a maintenant gagné 22 % depuis le début de l’année. Il valait 22 $ il y a un an.