Gros printemps en vue pour les quincailliers, qui doivent jouer des coudes avec leurs compétiteurs sur deux fronts : le garnissage de leurs tablettes et le recrutement d’employés.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

« Tout le monde voit les prix augmenter, les tablettes vides. C’est extrêmement difficile », lance sans détour Alexandre Lefebvre, nouvellement nommé à titre de chef de la direction de Groupe BMR et vice-président directeur chez Sollio Groupe coopératif. « L’un des enjeux majeurs, c’est d’avoir le matériel cette année », a-t-il expliqué au cours d’une entrevue accordée à La Presse, vendredi. « Il faut se battre, utiliser nos relations pour convaincre les fournisseurs de nous vendre, à nous, et un peu moins à nos compétiteurs. »

En plus du bois et de l’acier, d’autres produits difficiles à obtenir s’ajoutent sur la liste des quincailliers. « On se bat pour l’approvisionnement, admet Alexandre Lefebvre. Il y a des pénuries de gypse. Il n’y a pas assez de gypse dans le marché du Québec actuellement. La peinture, ça va être difficile. Il y a beaucoup d’usines de peinture en Amérique du Nord qui sont arrêtées à cause d’une pénurie de produits chimiques [nécessaires à sa fabrication]. »

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Alexandre Lefebvre, nouvellement nommé à titre de chef de la direction de Groupe BMR et vice-président directeur chez Sollio Groupe coopératif

Si tu passes une commande de panneaux ou de gypse aujourd’hui chez certains fournisseurs, la livraison va être en juillet et en août.

Alexandre Lefebvre, nouvellement nommé à titre de chef de la direction de Groupe BMR et vice-président directeur chez Sollio groupe coopératif

L’engouement pour la rénovation et la hausse des mises en chantier dans la construction résidentielle engendrent une hausse de la demande. Or, on peine à répondre aux besoins puisque de nombreuses usines ont dû fermer temporairement leurs portes en raison de cas de COVID-19, explique M. Lefebvre.

Interrogé la semaine dernière, le nouveau vice-président et chef de l’exploitation des centres de rénovation Patrick Morin, Daniel Lampron, a indiqué lui aussi que l’approvisionnement représentait un défi pour les mois à venir. « La construction est très, très forte, a-t-il dit. On fait notre maximum pour servir le mieux possible l’ensemble de nos clients. Mais c’est sûr que l’approvisionnement est un défi. »

La compétition est plus féroce que jamais entre les différentes marques, selon Richard Darveau, président et chef de la direction de l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction (AQMAT). « La marchandise est plus rare, affirme-t-il. De la surenchère se fait. Ça coûte cher un peu plus pour tout le monde. »

Malgré tout, Alexandre Lefebvre dit avoir bon espoir de pouvoir « trouver du matériel pour que les chantiers continuent d’avancer ».

Embauche d’employés

Et il n’y a pas que le gypse ou le bois qui causent des maux de tête aux quincailliers. Les besoins de main-d’œuvre en magasin sont de plus en plus criants, surtout au printemps, le « Noël » de l’industrie. Alors que les centres de rénovation Patrick Morin cherchent à pourvoir 400 postes, du côté de BMR, on en a 450 à pourvoir. Canac, qui cherchait 1200 personnes en février, évalue avoir encore entre 300 et 400 postes vacants. En janvier, Lowe’s Canada a annoncé le lancement d’une campagne de recrutement visant à embaucher 7000 personnes, dont 2150 au Québec.

« Ça joue du coude, je vous le confirme, dit Richard Darveau. La quincaillerie, ce n’est pas tout à fait comme les autres secteurs. Quand vous entrez dans une pharmacie ou une épicerie, vous ne cherchez pas un employé. »

En quincaillerie, dès qu’on entre, on se dit : “OK, il faut que je trouve quelqu’un.” J’ai mon objet à réparer dans les mains ou j’ai la photo de mon projet. On est à la recherche de personnel qualifié.

Richard Darveau, président et chef de la direction de l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction

Pour donner un coup de main aux marchands, le Collège AQMAT, qui donne normalement des formations de perfectionnement, offrira un cours, dès juin, « pour former des gens dans le secteur de la quincaillerie ».

« [On veut aussi] convaincre le gouvernement de travailler avec nous sur une filière d’immigration, comme en agriculture. Créer un corridor avec certains pays », explique M. Darveau.

Comme dans les fermes, l’Association souhaiterait faire venir des travailleurs étrangers.

« Toutes les entreprises qui essaient d’embaucher présentement vont le confirmer, rappelle Alexandre Lefebvre. C’est plus dur que ça ne l’a jamais été. »