Le conseil d’administration de l’énorme société Berkshire Hathaway, qui est contrôlée par le multimilliardaire Warren Buffett, a rejeté la demande d’un rapport annuel d’impact climatique qui avait été faite par de grands investisseurs, dont la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), en prévision de sa prochaine assemblée annuelle d’actionnaires.

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

Cette proposition d’actionnaires appuyée par la CDPQ, le fonds CALPERS de Californie et la société d’investissement Federated Hermes, de Pittsburgh, demande au conseil de Berkshire d’instaurer un « rapport annuel d’évaluation sur les moyens déployés par l’entreprise et ses filiales pour la gestion des risques et des opportunités liés aux changements climatiques ».

Or, dans la circulaire de direction et de procuration de vote distribuée aux actionnaires de Berkshire en prévision de l’assemblée du 1er mai prochain, encore en mode virtuel, le conseil d’administration présidé par Warren Buffett, dont la part de 38,8 % des actions (cat. A) vaut 95,7 milliards US, déclare son opposition unanime à la proposition d’un rapport annuel sur sa gestion d’impact des changements climatiques.

Dans les explications inscrites dans la circulaire, le conseil de Berkshire indique qu’il « reconnaît l’importance de gérer de manière responsable les risques liés au climat ».

Toutefois, il ajoute que l’entreprise gère ses activités opérationnelles sur une « base inhabituellement décentralisée » entre ses filiales et ses principaux placements.

« Chaque filiale est indépendamment responsable de l’identification et de la gestion des risques et opportunités associés à son activité, y compris ceux liés au changement climatique », soutient le conseil d’administration de Berkshire.

Évaluée à 580 milliards US en Bourse, la société Berkshire Hathaway est investie dans une soixantaine d’entreprises réparties principalement dans les secteurs de l’assurance (Geico et General RE), du transport ferroviaire (Burlington Northern Santa Fe), de l’énergie électrique et gazière, ainsi que la fabrication et la distribution d’une grande variété de produits industriels et de consommation (Coca Cola, Kraft Heinz, Gillette, Fruit of the Loom, Clayton Homes, etc).

Quant à l’investissement de la CDPQ au capital-actions de Berkshire Hathaway, il se situait en fin d’exercice 2020 à 4,5 millions d’actions (cat. B), selon le registre des autorités boursières américaines disponible sur l’agence d’information financière Refinitiv/Reuters.

À 251 $ US par action (cat. B), en date de jeudi 18 mars, ce placement de la CDPQ vaut environ 1,12 milliard US, ou 1,4 milliard en dollars canadiens.

À la haute direction de la CDPQ, c’est le premier vice-président et chef de la division CDPQ mondial, Marc-André Blanchard, qui a commenté hier la situation avec Berkshire Hathaway, en marge d’une visioconférence organisée par le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM).

« La Caisse fait partie de plusieurs groupes qui font la promotion des bonnes méthodes de gouvernance et nous sommes vraiment vus comme un leader sur ces questions-là », a indiqué M. Blanchard.

« On l’a vu cette semaine avec Berkshire Hathaway. On a été avec Calpers et Federated Hermes pour poser des questions et demander des choses à la direction de Berkshire Hathaway. Elle a répondu ce qu’elle avait à répondre dans son prospectus, a relaté le haut dirigeant de CDPQ.

« C’est ce genre d’initiative qui nous permet d’avancer et de créer des changements ultimement. Ça va prendre un certain temps. Tout va se faire avec le temps. »

— Avec la collaboration d’André Dubuc, La Presse