Les employés de la Banque Laurentienne affiliés à la FTQ ont voté à 56,6 % pour la révocation de l’accréditation syndicale, ouvrant ainsi la voie à la fin du seul syndicat au sein d’une banque canadienne, vieux de 54 ans.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Les membres ont pu exercer leur droit de vote de façon électronique (par internet ou par téléphone) au cours des deux dernières semaines. Le vote prenait fin à 17 h vendredi.

Le taux de participation a atteint 90,8 %, avec 514 des 566 personnes habilitées à exercer leur droit de vote qui se sont prononcées.

La présidente du syndicat des employés de la Laurentienne, Julie Tancrède, s’est évidemment dite « déçue » du résultat.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Julie Tancrède, présidente du syndicat des employés de la Banque Laurentienne

On a travaillé fort pour expliquer à nos membres les avantages à demeurer avec le SEPB 434. Après quatre ans de bataille intense, ça réussit à user nos membres.

Julie Tancrède, présidente du syndicat des employés de la Banque Laurentienne

Le syndicat précise cependant que le résultat du vote ne mène pas directement à une révocation. La requête visant à révoquer l’accréditation syndicale avait été déposée juste avant Noël et le syndicat avait déposé une plainte de pratique déloyale.

Le CCRI doit se pencher sur une plainte

Le Conseil canadien des relations industrielles (CCRI) a déclaré que les parties seraient convoquées pour discuter des prochaines étapes du traitement de la plainte à la lumière du résultat du scrutin. Les employés couverts par l’accréditation demeurent donc syndiqués pour le moment.

Si les allégations s’avèrent fondées, elles pourraient avoir pour effet d’invalider la demande de révocation. Le CCRI pourrait alors ordonner un nouveau vote. Le groupe d’employés pourrait aussi être « resyndiqué ». D’autres chemins peuvent mener au maintien de l’accréditation, selon le syndicat.

« Je ne vois donc pas la fin dans un court délai », dit Julie Tancrède.

Cette démarche de désyndicalisation est la quatrième depuis cinq ans. La première tentative, qui n’avait pas abouti en dépôt au CCRI, est survenue à la fin 2016. Deux démarches similaires ont échoué en 2018 (dans le premier cas, plus de 60 % des employés ayant voté s’étaient prononcés pour le syndicat, alors que le CCRI avait écarté la requête subséquente après avoir découvert que les déclarations soumises en preuve au soutien de la demande comportaient des signatures falsifiées).

L’effectif de la Laurentienne est actuellement d’un peu moins de 3000 employés et le nombre de syndiqués est d’environ 600. Le syndicat comptait près de 2000 membres il y a cinq ans. Ce nombre a considérablement diminué après des abolitions de postes.

Le syndicat est présent à la Laurentienne depuis 54 ans, soit depuis 1967.

Le projet de décertification est une initiative menée par Jonathan Leclerc, un conseiller financier syndiqué qui travaille à la banque depuis 2008. Il n’a pas été possible de lui parler vendredi.

Sur une page Facebook, il soutient que c’était l’occasion pour les employés de « prendre leur avenir en main ».

« Si on demeure syndiqué, ça veut dire qu’il faudra vivre une autre période de négociation de convention en 2021 avec tout ce que ça comporte comme incertitude et campagnes de peur auprès des clients », soutenait-il plus tôt ce mois-ci sur cette page Facebook.

Si la Banque veut nous garder, elle n’a pas le choix de continuer à nous offrir des conditions de travail équivalentes à ce que les autres banques offrent. Toutes les banques sont à la recherche de bons employés, et c’est ce qui fait que nos conditions vont toujours être compétitives. Ce n’est pas la présence d’un syndicat qui va nous aider, au contraire.

Jonathan Leclerc, conseiller financier syndiqué qui a initié le projet de décertication, sur Facebook plus tôt ce mois-ci

Seule banque syndiquée

La Laurentienne est la septième banque en importance au pays et la seule syndiquée. Après de longues et difficiles négociations, une nouvelle convention collective avait finalement été signée en 2019.

La Laurentienne est dirigée depuis octobre par Rania Llewellyn, qui travaillait auparavant à la Scotia. Elle a pris la relève de François Desjardins qui a quitté son poste en milieu d’année l’an passé après avoir lancé un ambitieux plan de transformation il y a six ans. Ce plan oriente la Laurentienne vers le conseil financier et les services numériques. Le nombre de succursales est passé de 150 il y a six ans à une soixantaine aujourd’hui.

Rania Llewellyn a déjà annoncé plusieurs changements organisationnels, mais n’a toujours pas précisé l’orientation stratégique qu’elle souhaite donner à l’institution financière.

L’action de la Banque Laurentienne a terminé la séance de vendredi en hausse de 1 % à 40,52 $ à Toronto, tout près de son sommet des 52 dernières semaines.