Après des mois à se disputer le géant de la sécurité G4S avec une société américaine qui compte la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) parmi ses principaux actionnaires, GardaWorld a décidé que le temps était finalement venu de passer à autre chose.

Julien Arsenault
La Presse Canadienne

L’entreprise québécoise a décidé qu’elle ne bonifierait pas son offre de 6,5 milliards CAN (235 pence par action) pour la multinationale établie à Londres, mettant ainsi fin à un processus d’enchères qui devait en principe s’amorcer lundi.

« GardaWorld demeure sans contredit le meilleur propriétaire qu’il puisse y avoir pour G4S, mais nous sommes des acheteurs disciplinés et nous refusons de surpayer pour une entreprise dont les enjeux systémiques face aux critères ESG (environnement, société et gouvernance) ne cessent de remonter à la surface », a fait valoir son fondateur ainsi que président et chef de la direction, Stéphan Crétier.

Selon l’homme d’affaires québécois, il existe des occasions « plus avantageuses et moins risquées » pour son entreprise.

GardaWorld et Allied Universal devaient en principe présenter aux autorités britanniques leur meilleure offre pour G4S. La proposition de 245 pence par action, évaluée à environ 6,7 milliards CAN, de la compagnie américaine, qui avait été retenue par le conseil d’administration de la firme britannique, est désormais la seule sur la table.

M. Crétier n’était pas disponible pour accorder des entrevues, a fait savoir une porte-parole de l’entreprise, Isabelle Panelli.

Au cours d’un entretien téléphonique, Tyler Tebbs, analyste établi à Londres pour la firme Louis Capital, a expliqué avoir été étonné de la décision de GardaWorld de se retirer de la sorte.

« Je m’attendais à ce que la compagnie fasse grimper les enchères à environ 250 pence, a-t-il dit. À ce stade-ci, cette affaire est terminée. »

GardaWorld avait décidé de présenter une offre hostile pour G4S en septembre dernier, après avoir vu le conseil d’administration de l’entreprise londonienne repousser ses avances à trois reprises au cours de l’été. Allied lui avait coupé l’herbe sous le pied en décembre dernier avec son offre de 6,7 milliards.

Mais puisque les investisseurs tardent à déposer leurs actions en espérant voir les enchères grimper, les autorités réglementaires avaient décidé de superviser le processus.

La CDPQ est le deuxième actionnaire en importance d’Allied avec une participation d’environ 35 %. M. Crétier avait reproché à la Caisse de lui mettre des bâtons dans les roues en étant aux côtés d’une compagnie qui convoitait la même entreprise que lui.

En combinant leurs activités, Allied et G4S compteraient quelque 750 000 employés dans 80 pays en plus de générer des revenus annuels de 18 milliards US. En comparaison, GardaWorld emploie 102 000 salariés en Amérique du Nord, en Afrique, en Asie ainsi qu’au Moyen-Orient.

Pour le professeur de stratégie à HEC Montréal Louis Hébert, tout n’est pas perdu pour l’entreprise de M. Crétier, compte tenu du prix payé par Allied.

« Il faut que Garda profite de la fenêtre qui s’ouvre devant elle dans les 18 à 24 prochains mois, a-t-il estimé en entrevue. Parce que G4S et Allied risquent d’être occupées avec l’intégration. Il y a un redressement à faire. C’est là que Garda peut en profiter pour réaliser des gains en arrachant des clients et même en achetant de plus petits joueurs qui peuvent être intéressants. »

En date du 31 décembre dernier, la CDPQ évaluait son placement dans Allied Universal à plus de 1,5 milliard, selon les informations figurant dans son plus récent rapport annuel.

Depuis 2019, BC Partners, établie à Londres, est le plus important actionnaire de la société québécoise après avoir conclu une entente de 5,2 milliards en échange d’une participation de 51 %. M. Crétier détient une participation de 43 %, alors que le reste appartient à d’autres dirigeants de la société.

À la Bourse de Londres, lundi, le titre de G4S a clôturé à 242 pence, en recul d’environ 9,8 %. L’action avait grimpé jusqu’à environ 270 pence la semaine dernière puisque les investisseurs s’attendaient au dépôt d’offres bonifiées.