De l’hybride à l’entièrement électrique. L’entreprise montréalaise Effenco, spécialisée dans l’électrification de véhicules lourds industriels, annoncera ce lundi une stratégie de croissance « agressive », a appris La Presse. Au menu : la commercialisation d’une solution 100 % électrique qui sera offerte au même prix que celles fonctionnant au diesel.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« On sent que le marché est prêt. La pandémie a joué un rôle important au niveau de la conscientisation des gens aux changements climatiques. Le secteur du camionnage est relativement conservateur, mais là, tout le monde a vu l’impact du virus sur sa vie. Si, avant, on croyait en l’électrification, maintenant, on est vraiment dans l’action. Le marché est prêt pour une adoption massive de nos technologies », explique le président et directeur général de l’organisation, David Arsenault.

D’ici 2025, son groupe vise à produire jusqu’à 20 000 systèmes électrifiés pour des camions lourds, sur une base annuelle. Le tout, incluant le camion, coûtera entre 150 000 $ et 200 000 $ l’unité, ce qui équivaut grosso modo au même prix qu’un camion au diesel, dans l’objectif d’atteindre le fameux seuil de « zéro émission » de gaz à effet de serre (GES).

On est les premiers à arriver avec une parité au niveau du prix. On supprime ainsi la barrière à l’entrée qu’est le coût. C’est donc assez exceptionnel. Les gens vont vraiment faire le saut.

David Arsenault, président et directeur général d’Effenco

Technologie de « supercondensateurs »

Jusqu’ici, l’entreprise a déployé un peu plus de 400 camions avec sa technologie hybride électrique, pour un total de 5 millions de kilomètres parcourus. Essentiellement, le cœur de l’offre d’Effenco repose sur sa technologie de « supercondensateurs » intelligents, qui stockent des charges électriques. Ainsi, le camion se recharge « au fur et à mesure qu’il circule », et ce, jusqu’à 10 fois plus rapidement qu’une batterie au lithium traditionnelle, tout en réduisant les impacts de la pollution sonore.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Essentiellement, le cœur de l’offre d’Effenco repose sur sa technologie de « supercondensateurs » intelligents, qui stockent des charges électriques.

Le tout est combiné à un algorithme qui prédit la route que le véhicule prendra, permettant de positionner des points de recharge sans fil tout au long de son parcours. L’ensemble de sa technologie « s’installe facilement », affirme l’organisation.

« L’exemple des transits dans un port, où les véhicules font essentiellement toujours la même route, est le meilleur. La nature utilitaire de nos camions fait en sorte qu’on peut appliquer cette méthode. Évidemment, ce ne serait pas possible partout », illustre M. Arsenault à ce sujet. « Au final, on s’adaptera en fonction de la réponse de nos clients. Mais dans le marché, on s’attend à ce que la demande excède l’offre pour ce genre de produit », ajoute-t-il.

Du recrutement massif en vue

Qui dit phase de croissance dit recherche de nouveaux talents. Ainsi, Effenco prévoit d’augmenter son bassin d’employés au cours des prochains mois pour prévoir la production de ses nouveaux camions. L’effectif sera ainsi doublé, triplé, quadruplé ? « Peut-être même plus », répond le PDG en riant. Pour l’instant, son entreprise compte 80 salariés, mais elle prévoit atteindre la barre des 800 employés d’ici un peu moins de trois ans.

Ingénieurs, techniciens, préposés au marketing, vendeurs ; les besoins seront grands et dans tous les domaines, promet l’entreprise, en invitant les personnes intéressées à lui envoyer leur candidature. « On parle d’un plan de croissance assez majeur, donc on cherche beaucoup de candidats », résume David Arsenault.

Les véhicules produits par Effenco sont ce qu’on appelle des camions lourds vocationnels, soit des camions de collecte ou encore des camions-bennes, voire des tracteurs portuaires servant à déplacer de la marchandise d’un lieu fixe à un autre. On compte environ 10 millions de ces camions commerciaux dans le monde.

« On ne les voit pas toujours. C’est vraiment du B2B [business-to-business], donc ces camions-là travaillent souvent pour des entreprises dans l’ombre. Mais il y en a beaucoup plus que des bus scolaires ou des bus urbains au final », poursuit M. Arsenault.

Contexte facilitant

Fondée en 2006, Effenco est établie rue Saint-Patrick, dans le sud-ouest de Montréal, non loin de l’usine de traitement de l’eau Atwater. Elle a déjà des activités dans plus d’une dizaine de pays, et a notamment un bureau à Kongsberg, en Norvège.

En octobre, la PDG de la grappe de transports Propulsion Québec, Sarah Houde, affirmait que l’objectif est de faire du Québec un « leader mondial » en matière d’électrification. « Le gouvernement s’intéresse beaucoup à notre industrie, a-t-elle expliqué. Et l’électrification des transports fait partie de sa stratégie pour relancer l’économie. Ce que nous proposons, c’est que le gouvernement donne l’exemple en remplaçant ses différentes flottes de véhicules par du matériel électrique fabriqué au Québec. »

Québec a annoncé en novembre que son Plan pour une économie verte 2030 (PEV) consacrera 3,6 milliards au secteur des transports, qui est responsable de 43 % des émissions de GES du Québec, sur une enveloppe totale de 6,7 milliards de dollars.