(Washington) ExxonMobil a enregistré en 2020 la première perte annuelle de son histoire récente dans le sillage de la chute des prix du pétrole, poussant le groupe à réduire ses dépenses et à accélérer sur les énergies moins polluantes.

Publié le 2 févr. 2021
Virginie MONTET avec Juliette MICHEL à New York Agence France-Presse

La société, née en 1999 de la fusion d’Exxon et de Mobil, a perdu 22,4 milliards de dollars US pour l’ensemble de l’année alors qu’elle avait engrangé 14,3 milliards de dollars en 2019.

Le secteur a été touché de plein fouet par l’effondrement de la consommation de brut au début de la pandémie, quand les mesures de restriction ont paralysé temporairement l’activité de nombreuses entreprises et réduit drastiquement les déplacements en voiture et en avion.  

Chevron avait indiqué vendredi avoir perdu 5,5 milliards de dollars en 2020, tandis que le géant britannique des hydrocarbures BP a annoncé mardi avoir perdu 20,3 milliards de dollars.

Selon le Wall Street Journal, ExxonMobil et Chevron ont même brièvement évoqué l’an passé la possibilité de fusionner.

Le PDG d’ExxonMobil, Darren Woods, n’a pas souhaité mardi commenter « des spéculations de presse », mais a souligné lors d’une conférence téléphonique que le groupe était toujours à la recherche « d’opportunités pour faire grimper sa valeur ».  

Le chiffre d’affaires d’ExxonMobil a diminué de 31 % en 2020 à 181,5 milliards de dollars.  

L’entreprise a du coup cherché à couper dans ses dépenses, en abandonnant notamment des projets jugés moins stratégiques comme des programmes d’exploitation de gaz aux États-Unis, au Canada et en Argentine.  

Cette décision s’est traduite par une charge de 19,3 milliards de dollars dans les comptes du quatrième trimestre.  

Le groupe a aussi prévenu que le nombre de ses employés dans le monde allait reculer de 15 % d’ici fin 2022 comparé à fin 2019.  

Résultat : sur le seul quatrième trimestre, sa perte nette s’élève à 20,1 milliards de dollars.

Une fois exclus ces différents éléments exceptionnels, ExxonMobil a été rentable sur la période : le bénéfice par action ressort à 0,03 dollar, soit mieux que prévu. À Wall Street, l’action montait de 3,8 % à la mi-séance.  

« L’année qui vient de s’écouler a présenté les conditions de marché les plus difficiles qu’ExxonMobil ait jamais connues », a remarqué M. Woods.

Mais grâce aux économies structurelles que l’entreprise entend mener, le groupe « en ressortira plus fort », a-t-il assuré.  

ExxonMobil, qui a déjà réduit ses coûts structurels de 3 milliards de dollars en 2020, prévoit d’en économiser 3 milliards supplémentaires d’ici 2023.  

Impact du changement climatique

Sous la pression d’actionnaires inquiets de l’impact du changement climatique sur la rentabilité de l’entreprise, ExxonMobil a fait savoir lundi qu’il créait un pôle d’activités consacré aux énergies moins polluantes, ExxonMobil Low Carbon Solutions.  

Il compte investir au total 3 milliards de dollars d’ici 2025 dans des solutions énergétiques émettant moins d’émissions.

La nouvelle filiale sera dans un premier temps principalement dédiée à des projets de capture et de séquestration de carbone.  

Le groupe travaille sur cette technologie depuis longtemps, mais a observé récemment que les gouvernements y étaient plus réceptifs, que les investisseurs étaient plus intéressés par ce type de projets et que le marché pour les crédits carbone grandissait, a souligné M. Woods. « Nous pensons que le moment est bien choisi » pour cette nouvelle filiale, a-t-il dit.

Négociant le tournant des impératifs du changement climatique, ExxonMobil avait déjà annoncé au quatrième trimestre son intention de diminuer de 15 % à 20 % les émissions de ses activités d’exploration et d’exploitation du pétrole d’ici 2025 par rapport à 2016.

La majore pétrolière est notamment mise au défi par la société d’investissement Engine No.1 d’envisager plus sérieusement les énergies alternatives aux hydrocarbures.  

ExxonMobil a bien engagé des discussions avec Engine No.1 sur la nomination de nouveaux membres au conseil d’administration, mais elles n’ont visiblement pas abouti pour l’instant.  

Le groupe a seulement annoncé mardi l’ajout à cette instance de direction de Tan Sri Wan Zulkiflee Wan Ariffin, ancien directeur général de la compagnie publique malaisienne d’hydrocarbures Petronas.

La société a par ailleurs annoncé avoir interrompu son programme de rachat d’actions au premier trimestre en raison de l’incertitude actuelle du marché, mais prévoit bien de continuer à verser des dividendes à ses actionnaires, même si le baril de Brent devait descendre sous les 45 dollars d’ici 2025.