Avec l’aide du gouvernement du Québec, Rio Tinto investit 8 millions pour produire du scandium à partir des résidus miniers de son usine de Sorel-Tracy.

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

Les nouvelles installations pourront produire annuellement 3 tonnes de scandium, un minéral critique utilisé par l’industrie aérospatiale et électronique et dont la demande est en forte hausse. Il n’y a actuellement aucune production commerciale de scandium en Amérique du Nord et en Europe et Rio Tinto répondra initialement à 20 % de la demande mondiale à partir de ses installations québécoises.

L’usine aura la capacité d’augmenter sa production si la demande le justifie. La multinationale a mis au point un procédé pour extraire efficacement et économiquement de l’oxyde de scandium à partir de ses résidus miniers. Cette percée technologique permet à Rio Tinto d’envisager d’en produire au Québec pour le marché mondial et de l’utiliser dans la fabrication d’un alliage scandium-aluminium dans ses installations du Saguenay.

Le gouvernement du Québec contribuera pour 850 000 $ à cet investissement, dont 500 000 $ du ministère de l’Énergie et des Ressources et 350 000 $ du ministère de l’Économie et de l’Innovation. Rio Tinto aurait fait cet investissement quand même, sans cette aide financière, a convenu le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon.

« C’est symbolique, a-t-il expliqué lors d’un entretien avec La Presse. On veut donner un signal à Rio Tinto, une entreprise basée à Londres, qu’on va être là pour soutenir le développement des minéraux critiques et stratégiques ».

« C’est l’avenir du secteur minier du Québec », renchérit son collègue Jonatan Julien, le ministre de l’Énergie qui participait lui aussi à l’annonce de Rio Tinto. En plus de donner une valeur à ses résidus miniers, le projet de Rio Tinto rehaussera la valeur des alliages d’aluminium produits au Québec.

« La construction de cette nouvelle usine de démonstration ouvrira la voie à de nouvelles synergies industrielles avec notre filière aluminium au Québec », a fait valoir Stéphane Leblanc, le directeur général de Rio Tinto Fer et Titane.

L’initiative répond aussi aux préoccupations des gouvernements du Canada et des États-Unis, qui se sont entendus plus tôt cette année pour sécuriser l’approvisionnement en minéraux critiques dont leurs industries stratégiques ont besoin et qui proviennent majoritairement d’Asie.

Les installations de Rio Tinto Fer et Titane à Sorel-Tracy produisent du dioxyde de titane, utilisé dans la fabrication de pigments, à partir de l’ilménite extrait de la mine du lac Tio sur la Côte-Nord. Le scandium qui peut être extrait de résidus de cette production est d’une très haute pureté et son coût est très bas, selon Rio Tinto.

Le scandium est le plus rare de ces minéraux dits critiques. Il entre dans la fabrication d’avions, de lasers et de piles à combustible. Il se présente sous la forme d’une poudre blanche dont le prix varie selon la pureté et l’offre et la demande. Il n’y a pas de marché organisé pour le scandium. Selon le US Geological Survey, l’oxyde de scandium de haute pureté se vendait 3,90 $ US le gramme en 2019.