Les Québécois se sont réfugiés dans la lecture durant la pandémie de COVID-19. Si bien que les ventes de livres au grand public dans les librairies indépendantes ont augmenté de 18 % en 2020.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

Le grand public représente environ les deux tiers du chiffre d’affaires des librairies indépendantes au Québec. Celles-ci vendent aussi des livres aux centres de services scolaires, aux écoles et aux bibliothèques, qui représentent à eux trois le tiers des ventes des librairies indépendantes. Or, leurs achats chez les librairies indépendantes ont diminué de 12 % en 2020, en raison de la COVID-19.

En combinant ces deux clientèles (grand public et milieu scolaire/bibliothèques), les ventes totales des librairies indépendantes ont augmenté de 5,2 % au Québec en 2020 par rapport à l’année précédente, selon les données de la Banque de titres de langue française (BTLF). Si on inclut les ventes dans les librairies indépendantes et les grandes surfaces (pharmacies, Walmart, Costco), la hausse au Québec a été de 5,8 %. Et ce, même si les librairies ont été fermées environ deux mois en raison des mesures sanitaires liées à la COVID-19.

« On a vraiment senti que les gens avaient plus soif de lecture, et que c’était une préoccupation pour eux d’effectuer des achats locaux, d’acheter des livres québécois », dit Maximilien Bouchard, propriétaire de la Librairie Marie-Laura, à Saguenay.

« Il y avait moins de biens culturels à acheter, et les gens semblent s’être tournés vers le livre », dit Patrick Joly, directeur général de la Société de gestion de la BTLF.

Les éditeurs québécois plus populaires

Les ventes des éditeurs québécois ont augmenté de 6,8 % chez les librairies indépendantes en 2020, comparativement à une hausse de 3,1 % pour les livres des éditeurs étrangers.

Les titres des éditeurs québécois, qui représentent environ 53 % des ventes dans les librairies indépendantes, sont ainsi légèrement plus populaires que ceux des éditeurs étrangers.

Fait intéressant : les éditeurs québécois ont vendu autant de nouveautés (des livres publiés durant l’année 2020) même s’ils ont publié 20 % moins de nouveautés qu’à l’habitude. Normalement, les éditeurs québécois lancent environ 5000 nouveaux livres par an ; ils en ont lancé 4000 en 2020.

Une baisse de 63 % durant le confinement du printemps

Lors du premier confinement, de la fin de mars au début de mai, les ventes des librairies indépendantes ont diminué en moyenne de 63 %.

« En mars, on était inquiets. Mais rapidement, on a vu les commandes postales rentrer, et ces commandes ont comblé nos ventes habituelles, dit Éric Simard, copropriétaire de la Librairie du Square, qui a deux adresses, à Outremont et dans Le Plateau-Mont-Royal à Montréal. Et après, ça n’a fait qu’augmenter. Nos clients réguliers ont tellement voulu nous appuyer. La crise nous a rapprochés de nos clients. »

Les librairies indépendantes ont ainsi rattrapé le retard accumulé durant le confinement de la première vague – pour finalement connaître une meilleure année en 2020 (+ 5,2 %) qu’en 2019. À l’automne 2020 (fin août à fin décembre), les ventes ont augmenté de 31 %. « Les gens ont été fidèles à leurs libraires locaux et aux auteurs québécois. Et les ventes de Noël ont commencé de bonne heure cette année », dit Alexandre Bergeron, propriétaire de la Librairie Larico à Chambly.

En cette année covidienne, deux librairies ont fermé leurs portes, dont Olivieri après 35 ans dans Côte-des-Neiges à Montréal. Par contre, deux librairies ont ouvert leurs portes dans la métropole : la librairie Saga, dans Notre-Dame-de-Grâce, et La Livrerie, dans le Village.

Et 2021 ?

À quoi s’attendent les libraires indépendants québécois pour l’année 2021, qui commence dans un deuxième confinement ? Les avis sont partagés.

« Je ne me leurre pas : quand les gens pourront à nouveau aller au resto et voyager, il y aura une petite baisse », dit Éric Simard, de la Librairie du Square. De son côté, Maximilien Bouchard, propriétaire de la Librairie Marie-Laura, à Saguenay, croit que les ventes seront à la hausse en 2021.

Au Québec, la marge de profit d’un libraire est généralement d’environ 1,5 % sur son chiffre d’affaires.

Au total, il se vend pour environ 600 millions de dollars en livres par année au Québec, dont 400 millions pour les ventes des librairies (grand public, milieu scolaire, bibliothèques) et 200 millions pour les ventes directes des éditeurs (en grande partie au réseau scolaire).

Les données des librairies indépendantes (énumérées dans cet article) et des grandes surfaces ne montrent qu’une partie du portrait des 400 millions de ventes en librairies. Ensemble, les librairies indépendantes et les grandes surfaces représentent environ 58 % de cette somme de 400 millions. Renaud-Bray (aussi propriétaire d’Archambault), qui représente le reste des ventes (environ 42 %), n’a pas souhaité divulguer ses ventes de livres en 2020.