Une filiale de Power Corporation se prépare à lancer un fonds de quelque 400 millions pour investir dans des PME canadiennes, et les entreprises québécoises sont positionnées pour en bénéficier largement.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

C’est une plateforme de placements privés sous l’égide de Sagard Holdings – une filiale de Power Corporation – qui s’apprête à être mise sur pied. Le nom de cette plateforme sera dévoilé plus tard cette année. Le tout premier investissement devrait se faire dans les prochains mois.

L’objectif est de déployer entre 20 et 50 millions en équité par entreprise vers des entreprises qui génèrent au moins 10 millions en profits par année, et qui ont un plan de croissance attrayant, soit par acquisitions ou avec un plan de développement qui requiert un nouveau partenaire ou de nouveaux capitaux.

Pour diriger cette nouvelle plateforme, Sagard a débauché Marie-Claude Boisvert.

Avant de se joindre à Sagard, Marie-Claude Boisvert a notamment été associée chez Clearspring Capital Partners et associée directrice chez Kilmer Capital Partners. Elle a aussi déjà été chef de la direction financière de Greiche & Scaff et a dans le passé travaillé en services bancaires d’investissement chez Goldman Sachs, à Londres.

Pas d’intérêt pour les mines et ressources

La nouvelle plateforme d’investissement de Sagard sera un fonds généraliste, c’est-à-dire qu’elle ne visera pas d’industrie spécifique. « On exclut cependant certains secteurs. On ne fera pas du super-cyclique [mines et ressources] ni d’entreprises en restructuration », dit Marie-Claude Boisvert.

Les secteurs des services, manufacturier, industriel et des transports apparaissent davantage être dans sa ligne de mire.

Elle pense devenir « très active » dès le mois prochain. Elle explique qu’il faut compter entre 8 et 15 semaines pour parvenir à annoncer un premier investissement.

Puisque Sagard est établie à Montréal, on peut s’attendre à ce que les entreprises québécoises reçoivent beaucoup d’attention.

C’est un marché très porteur au Québec. C’est très probable qu’on ait une bonne portion de notre portefeuille au Québec. On pourrait déployer de 150 à 200 millions au Québec. C’est faisable. Ça dépend des opportunités.

Marie-Claude Boisvert, dirigeante du nouveau fonds d’investissement

L’argent de la plateforme proviendra surtout de tiers, c’est-à-dire d’investisseurs institutionnels. À titre d’exemple, Sagard a déjà des relations établies avec de grands investisseurs comme la Caisse de dépôt et placement du Québec, PSP, l’Industrielle Alliance, la Banque Nationale, la Banque de développement du Canada, etc.

« On a regardé les opportunités dans le marché et on pense qu’il y a un segment pour un fonds de cette taille-là [400 millions] », dit Jonathan Tétrault, associé directeur du bureau montréalais de Sagard Holdings.

« On croit que le segment est un peu moins occupé qu’il y a quelques années. Nous avons aussi déjà eu des discussions informelles avec certains investisseurs qui semblent prêts à nous appuyer dans ces activités-là », ajoute l’ancien numéro deux du Cirque du Soleil.

« On réalise qu’il y a un besoin de capital pour appuyer les entreprises dans leur croissance. Ça peut être pour développer le marché américain ou lancer de nouveaux produits. On pense que la pandémie peut amener des opportunités, mais ce n’est pas une réponse à la COVID-19. C’est vraiment un play stratégique qu’on aurait fait de toute façon. »

Sagard est un gestionnaire montréalais d’actifs alternatifs, dont l’actif sous gestion dépasse les 6 milliards de dollars. Ses activités sont notamment dans le crédit, le capital de risque, le placement privé en France et les royautés pharmaceutiques. Sagard ajoute donc maintenant des activités de placements privés au Canada. Sagard Holdings compte une centaine d’employés, et le nouveau fonds entraîne l’ajout d’une dizaine d’employés.