Après 23 mois de préparatifs et deux « appels d’intérêt » qui ont attiré 20 entreprises, le projet du gouvernement Legault de confier jusqu’à 80 % de ses données au privé démarrera dans quelques semaines. Et ce ne sera pas qu’avec les Amazon et Microsoft dominant cette industrie, puisque sept fournisseurs ou hébergeurs québécois se sont qualifiés ou le seront bientôt, a confirmé à La Presse Eric Caire, ministre responsable de la Transformation numérique.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

« C’est mission accomplie : le tiers de nos fournisseurs sont québécois, s’est-il réjoui. Nos entreprises vont pouvoir aller chercher leur part de travail à faire, et elles réalisent que de la business, il va y en avoir en masse. »

La dernière en lice, Micro Logic, a obtenu la confirmation de sa qualification en décembre dernier. Elle en a fait l’annonce ce lundi par communiqué. La Presse avait rapporté les déboires de cette entreprise en mai 2019 quand elle avait vu sa candidature rejetée en raison d’un imbroglio administratif.

« Ça nous a permis de devenir meilleurs, ç’a été un coup de pied au cul, dit en entrevue Stéphane Garneau, président et propriétaire de Micro Logic. Pour nous, ça veut dire une centaine d’embauches par année pendant trois ans, c’est gros. Et chaque contrat qu’on va remporter, ça va être contre des firmes américaines. »

Procédure inusitée

En février 2019, Québec a annoncé son intention de faire migrer une part importante des données informatiques stockées dans plus de 457 serveurs gouvernementaux, de qualité très inégale, vers des fournisseurs privés en infonuagique. Aux ministères et organismes visés par cette transformation se sont ajoutés en cours de route les réseaux de la santé et de l’éducation, de sorte qu’il s’agit maintenant de 577 serveurs informatiques.

Québec en conserve trois, qui stockeraient entre 20 et 30 % des données, celles qui sont jugées « ultra-sensibles », comme les dossiers médicaux, fiscaux ou les documents budgétaires. Pour le reste, on a lancé deux appels d’intérêt aux printemps 2019 et 2020 pour inviter les entreprises à se soumettre à une préqualification. Selon cette procédure inusitée, on a établi un catalogue de fournisseurs répondant à un ensemble de critères de qualité et de sécurité, géré par le Courtier en infonuagique et qui permet aux ministères et organismes de conclure des ententes de gré à gré.

Ces ententes, selon cette méthode, pourront commencer à être conclues dans les prochaines semaines, a annoncé le ministre Caire à La Presse.

Devenir ISO 27001

L’exemple de Micro Logic illustre la complexité du processus. Pour obtenir le droit de figurer au catalogue, une des exigences de base consistait à obtenir une accréditation très exigeante et reconnue internationalement, appelée ISO 27001. L’autre voie était de présenter une certification surtout utilisée en Amérique du Nord relativement moins difficile à obtenir, appelée SOC 2 de type 2. L’entreprise de Québec n’avait pu obtenir cette dernière certification à temps pour le premier appel d’intérêt. Pour le deuxième, publié au printemps 2020, elle a choisi de faire le grand saut et d’y aller avec la certification la plus exigeante, ISO 27001, finalement obtenue à la fin de l’année.

« Ce que j’ai appris, c’est que la réticence initiale du gouvernement nous a donné la motivation et l’énergie pour aller jusqu’au bout : sans ça, on ne serait jamais allés chercher notre ISO 27001 », dit Stéphane Garneau, de Micro Logic.

PHOTO FOURNIE PAR MICRO LOGIC

Stéphane Garneau, président et propriétaire de Micro Logic

Il espère obtenir près de 20 % du projet infonuagique du gouvernement Legault, estimé à 300 millions, assurant notamment être le seul à offrir une plateforme « 100 % québécoise » avec son Projet Cirrus. Selon la liste fournie par le Ministère, les autres entreprises québécoises retenues jusqu’à maintenant, excluant celles qui sont en négociations, sont en effet des hébergeurs ou des revendeurs de plateformes essentiellement américaines.

Le ministre Caire explique le délai de 23 mois par le fait qu’il a fallu mettre sur pied une nouvelle façon de faire, avec le Courtier en infonuagique, qui s’éloigne des appels d’offres classiques. « C’était novateur. On a défriché pas mal et, au niveau juridique, il a fallu que les avocats trouvent les bonnes formulations, les bonnes ententes. »

« De la Ferrari à la Yaris »

Il se montre particulièrement satisfait que les réseaux de la santé et de l’éducation fassent partie de cette migration des données. Celles-ci ont par ailleurs été classées en trois catégories, selon leur niveau de confidentialité, qui permet à de plus petits acteurs d’offrir leurs services.

« Tout est disponible, de la Ferrari à la Yaris, chacun y trouve son compte. »

Quant à l’inquiétude exprimée dès l’annonce du projet que des fournisseurs américains retenus par Québec puissent être obligés de dévoiler des données stockées, en vertu du Cloud Act adopté par l’administration Trump en 2018, il la juge infondée. « Aucune demande d’accès à des renseignements n’a été faite en vertu du Cloud Act, ce n’est pas arrivé […]. Même si d’aventure un fournisseur américain veut entreposer nos données aux États-Unis, il aura l’obligation de respecter notre loi sur la protection des renseignements personnels. »

Infonuagique : les entreprises qualifiées

– Amazon Web Services

– Oracle

– Microsoft

– IBM

– ProContact*

– VMware

– Eclipsys

– Linkbynet

– SIA*

– Onix

– SoftChoice

– Micro Logic*

Les entreprises en négociations

– Bell Canada*

– Fortinet

– BriteSky

– CloudOps*

– Compugen

– Edgenda*

– OVH

– InFidem*

* Siège social au Québec