(New York) Que faire de plus pour se faire entendre ? General Motors et Ford ne cachent plus leur frustration face à la flambée boursière de Tesla, qui n’a jamais été rentable depuis sa création en 2003 et construit 20 fois moins de voitures qu’eux.

Luc OLINGA
Agence France-Presse

Les dirigeants des deux constructeurs automobiles ont mis à profit la publication de leurs résultats annuels 2019, mardi et mercredi, pour réitérer qu’ils sont les mieux placés, au vu de la transformation qu’ils ont engagée, pour jouer les premiers rôles dans l’avenir de l’automobile, qui sera dicté par les technologies autonome et électrique.

« Ford dispose d’un portefeuille de produits pour tous les consommateurs », a défendu le PDG, Jim Hackett, lors d’une conférence téléphonique mardi avec des analystes.

Ajoutant que l’offre du groupe était « plus large » que celle de Tesla, M. Hackett a répété avoir lancé une vaste restructuration comprenant des fermetures de sites, des suppressions d’emplois et l’abandon de la production de citadines et berlines aux marges faibles.

Il a mis en avant l’offensive dans l’électrique, avec le lancement de la très attendue Mach-E, version électrique de la Mustang. « La société devait changer, elle est en train de le faire », a souligné M. Hackett.

Le vent dans le dos

Le cœur de l’automobile américaine s’est déplacé lors des dernières semaines de Detroit vers la Silicon Valley : la valeur boursière de Tesla, le constructeur californien de véhicules électriques, s’est en effet envolée, atteignant mardi soir les 160 milliards de dollars. C’est plus de quatre fois la capitalisation de Ford et plus de trois fois celle de GM.

Dans le même temps, l’action de GM a pris à peine 5 % comparé à son cours d’introduction de 33 dollars lors du retour du groupe à Wall Street en 2010.

Le titre Tesla a toutefois chuté mercredi, jusqu’à 20 % en séance, tiré vers le bas par des craintes de bulle et l’impact du coronavirus sur sa production en Chine, premier marché automobile mondial.

Les investisseurs estiment de façon générale que Tesla, qui a représenté 78,5 % des 245 000 véhicules électriques vendus en 2019 aux États-Unis, a pris une avance quasi irrattrapable dans l’électrique et le véhicule autonome.

Une conclusion que conteste GM, qui dispose d’un modèle, la Bolt, capable de rivaliser avec le Model 3 de Tesla, le véhicule électrique le plus vendu l’an dernier aux États-Unis.

La PDG, Mary Barra, et ses lieutenants sont passés à l’offensive mercredi, lors d’une journée de présentation de l’entreprise à New York. Ils ont affirmé que la transition de GM vers un « zéro émission de CO2, zéro accident, zéro bouchons » était en bonne voie.

« Étant donné notre taille, nous sommes persuadés que nous allons gagner cette bataille », a asséné Mark Reuss, le numéro 2 de GM. « Nous avons fait d’énormes avancées », avait clamé peu avant lui Mme Barra.

Le géant de Detroit investit des dizaines de milliards de dollars dans le développement des voitures électriques, dont la construction d’une usine de batteries, en partenariat avec le sud-coréen LG Chem, dans l’État de l’Ohio.

Cette usine devrait avoir une capacité de production annuelle de plus de 30 gigawatts par heure (GWh/an) de packs de batterie, ce qui serait davantage que la production de la méga usine 1 de Tesla dans le Nevada (ouest). Cette dernière avait produit 20 GWh/an en 2018, un niveau de production qualifié alors par le groupe d’Elon Musk de « plus gros volume de production d’une usine de batteries dans le monde ».

GM prévoit de commercialiser également prochainement des camionnettes et des VUS électriques. Il est même allé jusqu’à ramener à la vie le 4X4 à tout faire de l’armée américaine Hummer, symbole de tous les excès automobiles américains. Une version civile et électrique du Hummer sera commercialisée à partir de 2021.

En parallèle, la filiale de technologie autonome Cruise est en train de construire le Cruise origin, sa nouvelle navette autonome, sans pédale ni volant.

Le gros des ventes et des bénéfices de GM et Ford repose encore toutefois sur les gros 4X4 de ville et les camionnettes, gros consommateurs de carburant aux émissions polluantes élevées, vendus aux États-Unis. Une situation qui ne devrait pas changer au moins jusqu’en 2030.