Vous rêvez d’avoir un supermarché ? Voici une occasion qui ne se présente pas souvent : Loblaw cherche à vendre tous ses Provigo à des franchisés. Prix affiché : 50 000 $.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

Sur les 84 Provigo du Québec, 22 sont encore exploités par le géant ontarien Loblaw lui-même. Et présentement, ils sont tous à vendre. L’entreprise se donne deux ans pour leur trouver un nouveau propriétaire puisque l’arrivée d’un franchisé procure « un meilleur rendement ».

Celui qui dirige l’enseigne Provigo, Steve Lamontagne, ne veut manifestement pas vendre à n’importe qui, surtout pas au plus offrant. Le prix est le même partout, peu importe qu’il s’agisse d’un petit Provigo en région ou d’un immense ancien Loblaws en zone urbaine.

Et ce prix – 50 000 $ – est étonnamment bas.

C’est qu’avant tout, le dirigeant cherche « la bonne personne », a-t-il insisté au cours d’un entretien avec La Presse. Le franchisé idéal est un « intrapreneur, car il y a un cadre à respecter », qui possède un bagage en commerce de détail, qui sera « proche de la communauté » et qui « va apporter sa touche personnelle » au magasin.

« C’est pour ça qu’on ne demande pas aux gens de mettre une énorme mise de fonds. Ça ne coûte absolument rien, si on peut dire. On ne cherche pas des gens qui veulent investir. On cherche des gens qui veulent s’investir en temps, qui vont s’impliquer dans leur ville, qui seront des opérateurs, pas des investisseurs », explique Steve Lamontagne.

Loblaw parle d’un « retour aux sources » pour Provigo, qui avait été conçue en 1969 pour être une enseigne « de proximité ».

Un partenariat financier différent

Aussi faut-il savoir que « la formule économique » entre Loblaw et ses franchisés n’est pas la même que celle de ses concurrents. « C’est un partenariat d’affaires. On partage le profit entre le franchisé et l’entreprise. […] Ce n’est pas juste un propriétaire qui ramasse tout le cash. Ce n’est pas ça du tout. »

L’épicier signe des ententes de 10 ans au bout desquelles le franchisé peut espérer avoir accumulé, en sus de son salaire annuel, 600 000 $ dans le cas des grandes surfaces, 400 000 $ s’il en a exploité une petite.

« À mes yeux, dit Steve Lamontagne, c’est probablement la meilleure formule de franchise au Québec. »

Trois transactions ont déjà été conclues récemment. À Montréal, le Provigo Angus et celui de la rue Sherbrooke Est, de même que le supermarché de Mont-Royal ont trouvé preneur.

C’est la troisième fois que Loblaw entame un processus pour confier la direction de ses Provigo (acquis en 1998) à des franchisés. Les deux premières ont eu lieu en 2007 et en 2010.

Le fait qu’il reste encore des Provigo corporatifs n’est pas la preuve que ces démarches se sont soldées par des échecs, selon Steve Lamontagne. « Au contraire, ça a tellement bien fonctionné que là, on est capables de dire : on finit l’aventure dans les deux prochaines années. »

Une offre mieux adaptée

D’expérience, Loblaw constate que les supermarchés confiés à des franchisés sont plus performants. Sur le plan des ventes, on parle d’un « écart quand même important entre un corporatif et un franchisé », sans vouloir donner ne serait-ce qu’un ordre de grandeur.

La « différence marquée » s’explique par la plus grande autonomie dont jouissent les propriétaires, notamment dans le choix des produits sur les tablettes. « Dans un corporatif, donne Steve Lamontagne en exemple, un gérant ne peut pas faire un chèque à une dame qui fait de bonnes confitures. »

« Le franchisé, on le voit chez Metro et IGA, est plus proche de la clientèle. Et quand c’est ta business, tu veux que ça fonctionne bien. […] Tu vas peut-être aller voir un vignoble de ta région pour travailler avec », renchérit le porte-parole de l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADAQ), Stéphane Lacasse. Pour lui, c’est « intéressant » que Provigo « soit ouvert à moins de standardisation ».

La nouvelle est accueillie tout aussi favorablement par le syndicat des Travailleurs unis de l’alimentation et du commerce (TUAC), qui représente notamment les employés de Provigo. « Ça va mieux dans les franchises. Le propriétaire est là et la proximité avec les employés est plus grande. Il y a plus de stabilité aussi. Les gérants sont souvent là deux ou trois ans. Avec un propriétaire, tu peux construire une relation à long terme », indique la porte-parole Roxane Larouche. Elle ajoute que c’est « quasiment une incongruité » que cette enseigne de service (par apposition à celles à bas prix comme Maxi et Super C) soit corporative, puisque les concurrents directs ne le sont pas.

Le moment est particulièrement bien choisi pour se tourner vers les franchisés, ajoute l’ADAQ. Car l’achat local est dans l’air du temps. « Le fait qu’il y ait un nom de famille sur le magasin, ça fait en sorte que les consommateurs sentent qu’ils encouragent quelqu’un de la place. »

Quand Loblaw a acquis Provigo en 1998, on en dénombrait 162. Au Québec, le géant ontarien possède aussi les supermarchés Maxi et l’enseigne Pharmaprix. Au pays, 50,6 % des magasins de Loblaw sont franchisés.