Le premier trimestre complet d’opérations depuis la pandémie a été catastrophique pour Transat, qui y a laissé 238 millions de dollars et admet maintenant l’existence d’une « incertitude significative » sur sa survie, advenant l’échec de sa vente à Air Canada.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

La reprise des vols le 23 juillet après 112 jours de pause forcée n’aura pas été salutaire pour Transat. Ses revenus ont fondu de 96 % par rapport à la même période l’année précédente pour atteindre 28,4 millions, plutôt que 693 millions l’automne dernier.

Sa perte trimestrielle correspond à environ 6,31 $ par action. Avant l’annonce de ces résultats, son action avait terminé la journée à 5,80 $, à la Bourse de Toronto.

Pour l’ensemble de l’exercice terminé le 31 octobre dernier, la perte nette de Transat s’élève à tout près d’un demi-milliard de dollars (496,8 millions), ou 13,15 $ par action. C’est beaucoup plus que les prévisions des analystes financiers compilées par la firme Refinitiv, qui estimaient la perte à 7,58 $ par action.

« Incertitude significative »

« Au 31 octobre 2020, il existe une incertitude significative susceptible de jeter un doute important sur la capacité de la Société à poursuivre son exploitation, écrit l’entreprise dans un communiqué. Si la transaction avec Air Canada n’est pas conclue, la Société devra mettre en place un financement global totalisant environ 500 millions en 2021 afin d’assurer la poursuite de son exploitation. »

Si la transaction ne devait pas se conclure, la capacité de la Société à poursuivre son exploitation pour les 12 prochains mois exige qu’elle exerce une part importante de jugement et dépend de sa capacité à obtenir du financement additionnel avant [le 31 mars 2021].

Extrait du rapport annuel

Dans l’état actuel des choses, les dépenses engagées pour l’exercice financier 2021 dépassent de 163 millions les actifs disponibles sur la même période. La situation est vraisemblablement appelée à se dégrader davantage tant que les voyages ne reprendront pas normalement.

« Même si la probabilité de disponibilité prochaine d’un vaccin permet d’espérer un certain niveau de reprise de ses activités dans le courant de l’année 2021, la Société ne s’attend pas à ce que celles-ci retrouvent un niveau similaire à celui d’avant la pandémie avant 2023 », prévient-on d’ailleurs.

Aide fédérale

L’entreprise a annoncé il y a quelques semaines l’obtention d’un prêt de 250 millions provenant de la Banque Nationale et garanti en grande partie par Exportation et Développement Canada (EDC). Si la transaction avec Air Canada échoue, ce prêt prend fin le 31 mars.

La direction de Transat affirme être déjà en discussions pour obtenir les 500 millions dont elle aurait besoin pour traverser 2021. Elle évoque trois possibilités : le Crédit d’urgence pour les grands employeurs (CUGE) mis sur pied par Ottawa, la prolongation du prêt de la Banque Nationale ou une aide gouvernementale directe. Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a annoncé le 8 novembre dernier le début de discussions à cet égard avec les transporteurs aériens.

Une entente sera conditionnelle au remboursement des voyageurs qui ont jusqu’ici dû se contenter de crédits, a toutefois prévenu M. Garneau. Ces crédits comptent pour 531,7 millions dans les livres de Transat. Environ 43 % de cette somme, soit quelque 228 millions, est placée en fiducie. Le reste, plus de 300 millions, fait partie des 426,4 millions encore disponibles dans les coffres.

L’annonce de discussions en vue d’une aide fédérale au secteur aérien avait par ailleurs galvanisé les investisseurs et fait remonter, dès le lendemain, l’action de Transat au-dessus des 5 $ promis par Air Canada.

Ce genre de situation laisse normalement présager une surenchère, mais celle-ci paraît improbable à l’heure actuelle, alors que les actionnaires de Transat devront se prononcer sur l’offre d’Air Canada dès mardi prochain.

Cette fois, l’écart est plutôt attribuable au fait que les actionnaires de Transat ont le choix de recevoir leur contrepartie au comptant (5 $ par action) ou en actions d’Air Canada. Dans cette deuxième option, le nombre d’actions est basé sur un prix de 17,47 $ pour les actions d’Air Canada. Celles-ci ont terminé la journée de vendredi à 26,16 $ à Toronto, elles aussi portées par l’annonce du ministre Garneau.

Les gouvernements du Canada et de l’Union européenne n’ont toujours pas donné leur bénédiction à la transaction, évaluée à environ 190 millions. Celle de l’Europe est attendue pour le 9 février. Il n’y a pas d’échéancier au Canada.

Transat devait publier ses résultats financiers jeudi matin, mais a reporté cette annonce à vendredi soir, après la clôture des marchés. La direction ne répondra aux analystes financiers que lundi matin. Selon un porte-parole, la raison de ce report est purement technique, la préparation des résultats ayant été plus complexe qu’à l’habitude.

« Plus rien n’est comparable à rien », a-t-il indiqué.