Un retour à la rentabilité du Cirque du Soleil en 2022 est l’objectif que le PDG Daniel Lamarre croit possible d’atteindre avec une relance des activités au cours de l’été ou de l’automne prochain, si tout va bien.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

« L’année 2021 en sera une de relance, mais à partir de 2022 on veut retrouver une rentabilité qui nous permettra de générer une trésorerie intéressante », dit-il.

La clôture de la transaction permettant au Cirque d’émerger du processus organisé plus tôt cette année en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies a été annoncée mardi.

« La survie du Cirque est maintenant assurée, mais je ne serai pleinement satisfait que lorsqu’on ramènera les anciens employés au centre de création à Montréal et sur scène un peu partout dans le monde », ajoute Daniel Lamarre, qui est reconduit dans son poste de PDG par les nouveaux propriétaires.

Le groupe de créanciers mené notamment par la firme Catalyst Capital, de Toronto, injecte 375 millions US dans la relance du Cirque. D’ici la reprise des représentations devant public, les coûts de fonctionnement seront gardés au minimum, de façon à pouvoir utiliser les fonds au moment de reprendre les activités.

« Quand j’entends qu’il y aura peut-être des vaccins disponibles d’ici la fin de l’année, ça me réjouit. Dès qu’un vaccin sera distribué à grande échelle et que les gens vont sortir, ils voudront aller voir des spectacles, et je pense que ça va générer une nouvelle frénésie autour du Cirque du Soleil », dit Daniel Lamarre.

Relancer Las Vegas

Le partenariat avec MGM et le marché de Las Vegas est prioritaire pour la direction parce que près de 50 % des profits du Cirque en dépendent. « Durant la crise, nous avons étendu la durée de nos spectacles à Las Vegas. Nous avons renégocié avec MGM pour y augmenter de neuf années au total la durée de nos spectacles. Et avec Treasure Island, où est présenté Mystère, nous avons rajouté dix années de durée de vie. En termes de création de valeur et de stabilité pour l’entreprise, c’est énorme », commente le PDG.

À Vegas, le Cirque a quatre spectacles chez MGM, un chez Treasure Island et un spectacle de Blue Man Group. Et lorsque tout s’est arrêté en début d’année, le Cirque s’apprêtait à présenter un nouveau spectacle chez Disney à Orlando, un hommage à Disney Animation.

« C’est important pour nous, car si ce spectacle connaît du succès, et on pense que ça sera le cas, ça nous ouvrira la porte pour en faire d’autres dans d’autres parcs de Disney à travers le monde », précise Daniel Lamarre.

Le Cirque espère également pouvoir rouvrir graduellement ses spectacles de tournés, mais avec une stratégie révisée de façon à visiter plus fréquemment les gros marchés de New York, Londres, Los Angeles, Montréal, Toronto et Tokyo. « Ces marchés pourraient nous accueillir plus souvent et plus longtemps. On veut optimiser le retour qu’on peut avoir dans ces marchés », explique Daniel Lamarre.

La perspective du numérique

Le numérique jouera aussi un rôle important dans la nouvelle stratégie. Durant la crise sanitaire, le Cirque a tenté une expérience dans le but de garder la marque active auprès des fans. « On a envoyé beaucoup de contenu sur les réseaux sociaux et sur notre réseau CirqueConnect et on a rejoint 62 millions de personnes. On est très impressionnés par ce résultat. Il y a peut-être une façon de monétiser ces réseaux par des contenus spécifiques pour ce marché », dit le patron.

Un autre jalon de la stratégie consistera à mieux exploiter les acquisitions des dernières années. Avec The Works, une entreprise spécialisée dans la magie, le Cirque croit pouvoir devenir un acteur majeur dans le secteur de la magie en mettant à profit son réseau de distribution.

VStar, spécialisée dans les spectacles pour enfants, a attiré l’attention de grands acteurs dont Universal, Nickelodeon et d’autres, affirme Daniel Lamarre. « Ils nous ont approchés pour faire des spectacles vivants de leur propriété intellectuelle. Il y a encore des axes de croissance très intéressants pour nous. »

Avec ses spectacles résidents, ceux de Blue Man Group et les spectacles de tournées, le Cirque pense avoir une trentaine de spectacles au total après la reprise des activités. Quelques spectacles saisonniers pourraient s’ajouter. « L’univers est toutefois moins clair pour les spectacles saisonniers à ce stade-ci », dit Daniel Lamarre.

L’effectif du Cirque s’élève aujourd’hui à environ 180 employés. Ils étaient quelque 5000 avant la pandémie. Des revenus sont actuellement récoltés avec la relance de spectacles à Hangzhou, en Chine (Un monde fantastique), au Mexique (Joya) et en Floride (Cirque Dreams). Ces trois spectacles sont tous présentés avec des partenaires et ne sont pas des productions de tournée ou en résidence du Cirque. Les représentations de Cirque Dreams ont recommencé la semaine dernière.