Les deux grands projets portuaires sur le Saint-Laurent ont reçu leur bulletin environnemental provisoire cette semaine et un des deux élèves accuse du retard. Mais le PDG du Port de Québec, Mario Girard, entend profiter du prochain mois pour redorer l’image du projet Laurentia.

Jean-François Codère
Jean-François Codère La Presse

L’Agence d’évaluation d’impact du Canada (AEIC) a livré coup sur coup, lundi et mercredi, sa première évaluation des projets de terminal de conteneurs du Port de Québec (Laurentia) et du Port de Montréal (Contrecœur).

Le verdict, indiquant que le projet était « susceptible d’entraîner des effets environnementaux négatifs importants », était plutôt mauvais pour l’administration portuaire de Québec, qui a pris quelques jours de lecture et de réflexion avant d’y réagir officiellement, vendredi matin.

« Ça reste un rapport provisoire, ce qui veut dire qu’il reste de la place pour tenir compte de nos commentaires », a d’abord rappelé M. Girard, en entrevue avec La Presse.

Beaucoup des récriminations de l’AEIC ont trait à la destruction ou la modification importante de l’habitat de certains poissons, dont le bar rayé du Saint-Laurent.

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada a dit en décembre 2019 que cette espèce-là n’existe plus depuis 1964, je crois. Or, il figure toujours officiellement à la liste des espèces en voie de disparition.

Mario Girard, PDG du Port de Québec

« Pêches et Océans Canada n’a pas le choix de travailler avec les statuts officiels, reconnaît M. Girard. Il y a un rétablissement à faire de ce côté-là. »

Une autre forme de bar rayé a été réintroduite dans le fleuve au début des années 2000 et sa population a progressé au point que l’ensemencement a cessé et qu’on songe à en autoriser la pêche sportive, fait-on valoir. Il existe aussi au moins une autre aire de reproduction que la zone ciblée.

Contribution « négligeable »

L’autre grand champ d’inquiétude de l’AEIC est l’impact potentiel sur la santé des résidants du quartier voisin de Limoilou. On craint notamment que le passage de camions additionnels n’ajoute davantage de particules fines dans l’air, dans un quartier déjà mal en point à ce chapitre.

« On a une grande préoccupation pour la santé humaine, c’est incontournable, répond M. Girard. On comprend les gens. Mais [le projet] ne constitue pas une menace pour la santé humaine. »

« C’est comme s’il y avait un bouchon de circulation avec 15 voitures, qu’on se préoccupait des émissions, qu’il y avait une voiture électrique qui se pointait et on la refusait parce qu’on ne peut pas avoir une voiture de plus, illustre-t-il. Il faudrait prendre la Tesla et régler le problème des 15 pick-up. La contribution du Port est négligeable. »

En hiver, environ 60 % des particules fines sont causées par le bois de chauffage, note le Port. Les industries avoisinantes et le transport, avec notamment la présence de deux autoroutes, représentent la grande majorité du reste.

L’AEIC a ouvert lundi une période de 30 jours au cours de laquelle elle acceptera des réponses à son rapport provisoire. Le Port de Québec entend bien en profiter pour faire valoir ces arguments, et d’autres.

Joie à Montréal

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Le Port de Montréal a reçu un bulletin environnemental positif de la part de l'Agence d’évaluation d’impact du Canada

Pendant ce temps, à Montréal, on se réjouissait de l’évaluation faite par l’AEIC du projet de terminal de conteneurs de Contrecœur. Celui-ci n’aura que des effets environnementaux « résiduels », estime-t-on.

« C’est un bon signal, mais le processus n’est pas terminé », dit Sophie Roux, vice-présidente aux affaires publiques du Port de Montréal. Là aussi, l’AEIC a ouvert une période de réponses de 30 jours, après quoi un rapport final sera envoyé au ministre. Un verdict gouvernemental final est attendu pour le premier trimestre de 2021.

Même si les deux projets pourraient éventuellement se livrer concurrence, on évitait soigneusement d’un côté comme de l’autre d’attiser les flammes à la suite de ces rapports.

Est-ce qu’on surveille le projet Laurentia ? La réponse, c’est oui.

Sophie Roux, vice-présidente aux affaires publiques du Port de Montréal

Le Port de Montréal a déjà fait valoir que « la création de surcapacité en manutention de conteneurs sur le Saint-Laurent nous préoccupe. » Une étude commandée par le Port de Québec estimait que Laurentia ravirait environ 10 % du volume de conteneurs à Montréal, mais que la majorité serait plutôt dérobée à des ports américains.

« Mais on se concentre sur notre projet et le terminal de Contrecœur, c’est ce que nos clients nous demandent en raison de notre croissance organique depuis 50 ans. »

« Ce sont deux projets qui sont bénéfiques pour l’ensemble du Québec et du Canada et il faut que les deux projets se fassent », a pour sa part réagi M. Girard.