(Séoul) Le géant sud-coréen de l’électronique Samsung Electronics a annoncé jeudi une hausse de près de la moitié de son bénéfice net au troisième trimestre sur un an, ses activités de téléphonie bénéficiant des sanctions américaines contre son rival chinois Huawei.

Agence France-Presse

Le résultat net de juillet à septembre s’est établi à 9360 milliards de won (8,3 milliards US), soit une hausse de 48,8 % dépassant les attentes, selon Bloomberg News.

Ces résultats sont rendus publics au lendemain de l’inhumation de son président Lee Kun-hee, décédé dimanche à l’âge de 78 ans.  

C’est sous sa direction que Samsung Electronics, fleuron du groupe Samsung, est devenue le premier fabricant mondial de téléphones et de puces mémoires.  

Cette principale filiale du conglomérat Samsung, de loin le plus important « chaebol » du pays, est essentielle à la bonne santé économique de la Corée du Sud.  

Le chiffre d’affaires du géant sud-coréen représente environ 20 % du produit intérieur brut du pays.  

La douzième économie mondiale a renoué avec la croissance au troisième trimestre grâce à ses exportations, en dépit des dégâts provoqués par la pandémie de coronavirus sur l’économie mondiale.

En 2020, la Corée du Sud devrait être le pays le moins touché de l’OCDE en termes de performances économiques.  

Les analystes notent que la performance du groupe Samsung au troisième trimestre a bénéficié de la sortie en août de ses derniers modèles de téléphones haut de gamme Galaxy Note 20 et Galaxy Z Fold 2, ainsi que de bonnes ventes de ses téléphones moyenne gamme.

Avenir moins rose

Le groupe a également tiré profit des sanctions infligées par les États-Unis à son rival chinois Huawei, entrées en vigueur le 15 septembre.  

Le géant chinois est dans le collimateur de l’administration du président Donald Trump, qui le soupçonne d’espionnage au profit de Pékin.

« Samsung s’est montré assez agressif en matière de nouveaux lancements […], surfant sur l’actuelle vague de sentiment anti-chinois », a déclaré à l’AFP Prachir Singh, analyste pour la société Counterpoint.

Une réduction des coûts de marketing en raison de la pandémie a « également contribué » à ses performances, a estimé Sujeong Lim, un autre analyste de Counterpoint.

Le fabricant de puces mémoires a également bénéficié du conflit autour de Huawei qui s’est empressé de constituer des stocks de semi-conducteurs fabriqués par Samsung avant l’entrée en vigueur des sanctions américaines.

Cette activité « a enregistré de solides bénéfices, car la forte demande de produits pour les téléphones portables et les ordinateurs a entraîné des livraisons plus importantes que prévu, qui ont permis de compenser l’impact de la baisse des prix des puces », a affirmé Samsung dans un communiqué.

Le bénéfice d’exploitation a augmenté de 58,7 % à 12 350 milliards de won et le chiffre d’affaires est en hausse de 8 % à 66 960 milliards de won.  

Mais les perspectives ne sont pas tout aussi roses.

Sur avril-juin, Samsung était leader du marché des puces mémoires DRAM, utilisées dans les ordinateurs et les serveurs informatiques, avec 43,5 % des parts du marché, selon les chiffres du cabinet spécialisé Trendforce.

La pandémie du coronavirus, qui a entraîné une hausse du télétravail et des cours à distance a dopé la demande en mémoire DrRAM, mais désormais, ce secteur fait face à « une forte surproduction », selon Trendforce.

L’effet de nouveauté va s’estomper

 

« Par conséquent, les prix des produits DRAM continuent de baisser », poursuit ce cabinet spécialisé qui prévoit une chute de 13 à 18 % au quatrième trimestre.  

« La situation du marché des semi-conducteurs, notamment celui des serveurs, n’est probablement pas si bonne, d’où une grande incertitude. La demande de serveurs est également en baisse », selon M. Li.  

« De plus, comme l’approvisionnement de Huawei a été suspendu, il se peut que Samsung mette un certain temps à trouver un autre client pour rattraper le retard pris ».

Par ailleurs, Samsung a prévenu qu’au quatrième trimestre les ventes de téléphones devraient baisser, « l’effet de nouveauté des nouveaux modèles s’estompant » alors que les dépenses en matière de marketing vont augmenter face à l’intensification de la concurrence, ce qui « risque également de peser sur les bénéfices ».

Au début de l’année, Samsung, longtemps leader mondial sur le marché des téléphones, a été détrôné par le géant chinois Huawei.

Le président du groupe sud-coréen, Lee Kun-hee, est décédé dimanche après être resté alité six ans à la suite d’une attaque cardiaque.  

Son fils, Lee Jae-yong, vice-président de Samsung Electronics et leader de facto du groupe depuis plusieurs années, avait pris la relève.

Il est actuellement rejugé dans le cadre du gigantesque scandale de corruption qui avait entraîné la destitution de l’ex-présidente Park Geun-hye.

Jeudi matin, à la Bourse de Séoul, les actions de Samsung Electronics ont baissé de 1,36 %.