Rogers Sugar se dit prête à offrir aux transformateurs alimentaires américains une solution naturelle permettant de réduire jusqu’à 50 % la teneur en sucre dans des produits comme les biscuits, gâteaux, confiseries et chocolats, sans nuire au goût.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Pour y parvenir, l’entreprise propriétaire de la société montréalaise Lantic – l’un des principaux fabricants de sucre en Amérique du Nord – s’est associée avec une entreprise de technologie alimentaire israélienne.

Ça fait deux ans que Lantic travaille avec DouxMatok pour passer du stade d’essai pilote à celui de la fabrication à l’échelle commerciale.

« C’est un procédé unique. Il n’existe rien de similaire dans le monde », affirme John Holliday, PDG de Rogers Sugar.

John Holliday sait très bien que les transformateurs d’aliments se tournent de plus en plus vers des édulcorants naturels de substitution et qu’ils recherchent des solutions nouvelles de réduction du sucre pour répondre aux demandes changeantes du marché.

Si le partenariat exclusif avec DouxMatok est un geste concret visant à rendre l’alimentation plus saine, John Holliday est parfaitement conscient qu’une réduction de sucre dans les aliments peut sembler contradictoire pour un fabricant de sucre.

Force est d’admettre qu’il y a un marché pour ce produit. On avait le choix de regarder ce marché se développer ou de participer activement à son développement. Participer générera plus de ventes que de regarder bien installé sur les lignes de touche.

John Holliday, PDG de Rogers Sugar

John Holliday ajoute que Rogers Sugar n’y perd rien, car elle réalise environ 95 % de son chiffre d’affaires au Canada, et que c’est aux États-Unis que la nouvelle solution est d’abord proposée.

« Le marché américain est 10 fois plus gros que le marché canadien. L’opportunité est plus importante », souligne-t-il. L’entreprise a donc d’abord choisi de concentrer ses efforts sur le marché américain avant de soumettre une demande d’approbation auprès de Santé Canada.

John Holliday explique que la technologie brevetée agit sur la diffusion des saveurs.

Même goût du sucre, avec moins

La solution se base sur du vrai sucre de canne. La direction soutient que la solution a donc le même profil sensoriel, le même goût et les mêmes fonctionnalités que le sucre. John Holliday précise que la technologie maximise l’efficacité de l’acheminement du sucre vers les récepteurs du goût sucré, améliorant ainsi la perception du goût tout en permettant de réduire la teneur en sucre. Un ingrédient naturel est ajouté au sucre durant le procédé de fabrication développé avec la technologie israélienne.

Pour des raisons de concurrence, John Holliday ne veut toutefois pas dévoiler l’ingrédient « secret » utilisé pour créer l’effet recherché. Il ne veut pas non plus quantifier les revenus et bénéfices potentiels ou espérés.

« Il est très difficile pour nous de bien saisir la taille de cette opportunité en termes de quantité ou de revenus. Il ne fait aucun doute qu’il y a un besoin. Beaucoup de gens tentent d’offrir des solutions. La nôtre est novatrice, mais il reste à démontrer à quel point ce segment de marché peut croître », dit-il.

« Ce n’est pas une solution qui réduit les coûts. C’est une solution qui répond à un besoin du consommateur. Tant que nous ne sommes pas dans le marché, il est difficile de savoir ce qu’il peut devenir. On ne veut pas créer d’attentes irréalistes. »

Le produit est fabriqué à l’usine de Montréal. C’est à partir d’ici qu’il sera acheminé aux États-Unis, où la solution devrait être offerte à l’industrie alimentaire à compter de 2021. Dans le cadre du partenariat, DouxMatok s’occupe de démarcher les clients américains.

Cette solution s’ajoute au portefeuille d’édulcorants naturels de Rogers Sugar suivant la percée de l’entreprise, il y a trois ans, dans le marché du sirop d’érable.