Malgré la tourmente dans laquelle l’entreprise est plongée depuis un peu plus d’une semaine, Québec n’exclut pas de financer à nouveau Loop Industries, cherchant même à la convaincre de choisir la région de Montréal pour implanter sa toute première usine.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

La jeune entreprise établie à Terrebonne travaille au développement d’une technologie permettant de recycler un plastique très utilisé notamment pour des bouteilles, connu sous l’acronyme « PET », en le purifiant suffisamment pour en tirer des emballages alimentaires, ce qui n’est pas possible aujourd’hui.

« C’est un projet qui est tellement transformateur pour l’environnement québécois », a relevé mercredi le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, qui est aussi le député de Terrebonne.

Les bouteilles de plastique, tout le monde est rendu paranoïaque avec les bouteilles de plastique. Cette technologie-là, si elle fonctionne, ça va être incroyable. C’est la seule technologie au monde qui peut prendre les polymères et refaire des bouteilles de plastique. Alors c’est sûr que je suis ce dossier.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et de l’Innovation

Selon nos informations, Québec et Loop étaient déjà en discussions au moment où la firme américaine Hindenburg Research a publié, la semaine dernière, un rapport très critique sur l’entreprise. Cette firme avait au préalable vendu à découvert des actions de Loop, se plaçant en position de profiter de l’impact négatif de son rapport sur le cours de l’action. Cette dernière a effectivement perdu près de 45 % de sa valeur depuis ce moment.

Hindenburg met notamment en doute la valeur de la technologie développée par Loop.

« Avec ce qu’on a vu récemment, on va faire des vérifications, engager des experts », a indiqué M. Fitzgibbon.

Celui-ci affirme connaître le président de Loop, Daniel Solomita, et discuter avec un de ses importants actionnaires, le Canadien John Risley, du fonds Northern Private Capital.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Daniel Solomita, président de Loop Industries

« Il faut enlever le bruit sur la ligne avec le rapport qui est sorti. On est en discussion. Il n’y a rien à annoncer présentement. Mais je serais content qu’on ait la première usine ici. »

Investissement important

La construction d’une usine employant la technologie de Loop est une histoire de gros sous. L’entreprise est déjà engagée dans deux projets, aux États-Unis et en France. Sans en dévoiler l’ampleur précise, son chef de la direction financière, Nelson Gentiletti, convient que « ce ne sont pas des projets de 20 millions, ce sont de gros projets de pétrochimie ».

Investissement Québec a déjà accepté en septembre 2019 de prêter jusqu’à 4,6 millions de dollars à Loop Industries. Un premier versement de 2 209 234 $ a été fait en février 2020. Si Québec souhaitait s’engager à nouveau, les sommes seraient vraisemblablement beaucoup plus importantes. M. Fitzgibbon a d’ailleurs semblé donner un indice de l’échelle de grandeur utilisée lors des discussions.

« Je ne vais pas prendre l’argent du public, mettre 100 millions là-dedans, si on pense que ça ne marche pas. C’est sûr qu’on va faire notre travail. »

Une porte-parole de Loop, Stéphanie Corrente, a expliqué mercredi que bien que l’entreprise souhaite « développer des usines partout dans le monde » et que « le Québec nous intéresse, c’est certain », rien n’était encore confirmé à cet égard.