La décision met de la pression sur Air Canada

Jean-François Codère
Jean-François Codère La Presse

Déjà très élevée, la pression qui pèse sur Air Canada afin qu’elle rembourse les clients dont un vol a été annulé à cause de la pandémie vient de monter d’un coup. Son principal rival canadien, WestJet, a annoncé mercredi soir qu’il entendait rembourser la plupart de ses clients au cours des prochains mois.

Selon WestJet, cette annonce en fait « la première compagnie aérienne nationale à volontairement rembourser » ses clients, « dans la forme originale de paiement », plutôt que sous la forme d’un crédit voyage.

Air Canada a rapidement réagi en accusant son rival d’avoir diffusé une déclaration trompeuse. Les premières explications publiées par WestJet semblaient en effet indiquer que seuls les billets qui étaient déjà considérés comme remboursables seraient effectivement remboursés. Air Canada a déjà procédé à une telle annonce et dit avoir déboursé 1,2 milliard de dollars pour s’y conformer.

WestJet a toutefois corrigé le tir par la suite – notamment en répondant directement à Air Canada sur Twitter – pour préciser que tous les billets seraient remboursés, même ceux de catégories inférieures normalement considérés comme non remboursables.

Au moment d’écrire ces lignes, toutefois, l’information officiellement disponible sur le site de WestJet faisait toujours état d’une volonté « de réinstaurer des pratiques de remboursement conformes à nos conditions en place avant la COVID », ce qui semblait exclure la possibilité d’un remboursement en argent pour les billets de classe « Basic » ou « Econo ». L’entreprise promettait la publication imminente d’un nouveau communiqué qui clarifierait la situation.

WestJet entend amorcer les remboursements le 2 novembre prochain et estime qu’il lui faudra de six à neuf mois pour traiter l’ensemble des demandes. Elle entend procéder par ordre chronologique, en débutant par les premiers vols annulés, en mars.

La politique ne s’appliquera qu’aux clients dont le vol a été annulé, et non à ceux qui ont eux-mêmes annulé leur billet. De même, elle exclut les clients ayant réservé leurs billets par l’entremise de WestJet Vacations.

L’entreprise n’a pas voulu préciser quel pourcentage des billets pour des vols sur les ailes de sa ligne principale ou de sa filiale au rabais Swoop serait ainsi exclu.

Pression sur Air Canada

« Si Air Canada a réagi si vite en tentant de nuancer l’annonce de WestJet, et que WestJet a répondu, la position d’Air Canada [de ne pas offrir de remboursement] va être difficile à supporter », analysait mercredi soir le directeur de l’Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation civile, Mehran Ebrahimi.

Cela dit, le volume et les sommes en jeu sont beaucoup plus élevés pour Air Canada. On parle de 2,4 milliards de dollars. Mais ils vont peut-être faire une analyse entre les coûts et les bénéfices. Ne pas rembourser affecterait leur image de marque, c’est sûr, mais c’est une immense perte de trésorerie.

Mehran Ebrahimi, directeur de l’Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation civile

Quant à Air Transat, ses derniers résultats financiers faisaient état de dépôts de clients totalisant 638 millions, comparativement à des liquidités de 856 millions. Ces liquidités ont depuis diminué et pourraient actuellement se situer sous le niveau d’éventuels remboursements. L’entreprise a tout récemment obtenu un prêt pouvant aller jusqu’à 250 millions pour l’aider à poursuivre ses activités.

Avant une aide gouvernementale

La décision de WestJet survient quelques jours à peine après que le gouvernement fédéral eut commencé à donner des signes clairs indiquant qu’il travaillait à la mise sur pied d’un plan d’aide pour le transport aérien, ce que réclame l’industrie à grands cris depuis maintenant des mois.

On se dirige de plus en plus vers une aide gouvernementale et il va certainement y avoir une exigence de rembourser les billets. Ce serait suicidaire pour le gouvernement de ne pas l’exiger.

Mehran Ebrahimi

WestJet pourrait donc avoir simplement choisi de prendre les devants, juge M. Ebrahimi.

Les états financiers de WestJet ne sont plus rendus publics depuis que l’entreprise a été rachetée par le conglomérat torontois Onex, en décembre 2019. Il est donc impossible de savoir à combien pourraient s’élever les remboursements et si l’entreprise dispose des liquidités nécessaires.

« Au cours des huit derniers mois, nous avons travaillé avec assiduité afin de nous placer en position d’offrir des remboursements, ce qui nous a menés à cette annonce », a indiqué par courriel une porte-parole.